Les administrateurs salariés dans l'encyclopédie de la stratégie

L'encyclopédie de la stratégie est une énorme somme due à cent vingt auteurs, coordonnée par Franck Tannery, Jean-Philippe Denis, Taieb Hafsi, Alain Charles Martinet. Elle se veut un état complet de la connaissance dans le champ de la stratégie des organisations et pas seulement des entreprises commerciales.  
Ordre alphabétique oblige, le premier auteur présenté est Pierre Alanche et le premier article "Administrateurs salariés (acteurs de la stratégie)". C'est cet article dont nous parlerons. 

Pierre Alanche présente donc "le point de vue d'un salarié administrateur", issu du militantisme syndical. Après avoir passé en revue l'histoire de la participation des salariés à la gestion des entreprises et singulièrement au conseil d'administration, avec  de nombreuses références à l'ouvrage de la Documantation française "les administrateurs salariés et la gouvernance d'entreprise", et tiré les leçons de son expérience d'administrateur salarié au C.A. de Renault, il présente des pistes de réflexion pour une amélioration de la gouvernance d'entreprise. 

Les rôles respectifs du CA et de la direction

Pierre Alanche note que la financiarisation de l’économie a entraîné la polarisation du CA sur les questions financières et le respect des normes de gouvernance, les questions de relations sociales et sociétales étant traitées comme des contraintes déléguées à la direction générale. D’après son analyse, les administrateurs ont pris pour rôle la sauvegarde du système de la libre entreprise en général, laissant à la direction générale les choix industriels et commerciaux qui engagent l’avenir de l’entreprise en particulier. Lorsque la situation se dégrade ou ne correspond pas à leurs desiderata, les actionnaires qui dominent le CA changent sans état d’âme le dirigeant exécutif, c'est l’ère des managers éphémères. Cette pression des actionnaires qui réclament des résultats financiers à court terme, au détriment parfois de la pérennité de l’entreprise, conduit certains dirigeants à appeller discrètement les syndicalistes à intervenir sur les questions de régulation du pouvoir financier, faute de pouvoir le faire eux-mêmes. 

Une chambre d'enregistrement? 

Qu’est ce que la stratégie ? Quels sont les rôles respectifs du CA et de la direction ? Pour Pierre Alanche, l’un doit être maitre d’ouvrage et l’autre maître d’œuvre. Le scénario que suivent de nombreuses entreprises, à savoir CA le matin, CCE l’après-midi, conférence de presse le soir prouve que le rôle du CA n’est pas respecté. Le Conseil est alors réduit à une chambre d’enregistrement, sans pouvoir de modification. Pour contrôler la direction opérationnelle via le CA, les actionnaires (entendez les actionnaires puissants) indexent la rémunération de celle-ci sur les résultats qu’ils souhaitent obtenir, la rentabilité à court terme. C’est là où les administrateurs salariés dont les attentes sont plus diversifiées (emploi, rémunération) s’efforcent de proposer un volet extra-financier dans la rémunération de la direction. Mais ces tentatives ont rencontré un certain succès surtout dans les cas où des dérives managériales ont provoqué une émotion dans l'opinion.
 
Deux axes de transformation
 
Constatant que « le niveau d’intervention des CA sur la stratégie des entreprises est encore trop limité, et ne répond pas aux attentes des salariés », Pierre Alanche conclut en exposant deux axes de transformation.
 
D’une part l’amélioration du fonctionnement du conseil, afin de rendre celui-ci plus transparent, plus proactif, plus ouvert à la diversité des intérêts. Le CA expliciterait des métarègles (normes, codes de bonne conduite, critères d’évaluation) auxquelles il se réfère, les valeurs mises en avant par l’entreprise dans une perspective de long terme puis les axes stratégiques d’action à court et moyen terme, ce dernier point en étroite relation avec la direction opérationnelle, dont la rémunération devrait dépendre de la performance externe et interne.

D’autre part, « la refondation de l’entreprise est nécessaire pour faire contrepoids au modèle actionnarial » et « pour que les administrateurs salariés puissent jouer pleinement leur rôle, il faut que collectivement, au sein des organisations, ils puissent élaborer leur propre modèle de l’entreprise, leurs propres références de gouvernance. ». Cependant, nous prévient l’auteur, il ne faut pas surestimer l’importance des administrateurs salariés ni confondre leur rôle avec celui des organisations syndicales et des élus du travail. L’administrateur salarié peut s’assurer qu’une question a été débattue au CA, il ne peut pas garantir la réponse. En tout état de cause, l’administrateur salarié ne peut avoir d’influence sur les débats en CA que s’il s’appuie sur les échanges avec les salariés. « Pour être un bon administrateur salarié, il faut garder les habits de syndicaliste ». 

 
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L'encyclopédie de la stratégie: 
 
L'expérience de Pierre Alanche au conseil d'administration, Renault côté cour":
 
Les administrateurs salariés et la gouvernance d'entreprise