Grands groupes et territoires

 « Dix expériences inspirantes » sur le thème « Grands groupes et territoires », le 24 octobre à l’association Tedis - Territoire et dialogue social -. « Nous nous sommes intéressés au non mesurable, car dire que X euros ont permis de créer Y emplois ne rend pas compte de la richesse de ce qui se passe sur les territoires », expose en introduction Romain Demissy, chercheur chez Atemis, il faut identifier ce qui se crée du fait des interventions sur le terrain, les ressources immatérielles et généralement potentielles, et réutiliser les ressources locales plutôt qu’en inventer de nouvelles.

Puis les acteurs de terrain, issus de filiales spécialisées de grands groupes –Air France-Sodesi, Sanofi Développement, SNCF Développement, Thalès-Géris, Vivendi - parlent de leurs expériences d’actions territoriales, dans le cadre de conventions de revitalisation, d’accords d’entreprise ou de volontariat, sur divers territoires de France métropolitaine.

Des offres d’emploi ne sont pas pourvues ? On accompagne les candidats potentiels, y compris pendant la période d’essaie et on essaie d’expliquer aux chefs d’entreprise qu’il faut cesser de chercher le mouton à cinq pattes.
Un atelier de maintenance ferroviaire est voué à disparaître dans une ville cheminote où les élus locaux sont des salariés ou des retraités de la SNCF ? On attire des PME et surtout on met en place un atelier de désamiantage des trains. Les cheminots élus locaux acceptent que la société les envoie ailleurs mais demandent la revitalisation du territoire pour leurs enfants ou leurs voisins.
 
Des reconversions inattendues
 
Dans le Calaisis, qui a le plus fort taux de chômage de France, la liquidation de Sea France, drame national, a créé un électrochoc. Cette contrée n’est pas un territoire ferroviaire mais la SNCF, maison mère de la compagnie maritime de transport, espère, avec le soutien de Vivendi, de l’Université du littoral et de la Chambre de commerce et d’industrie, créer cent cinquante emplois dans le numérique, changeant radicalement l’esprit local.
Sanofi a un ancrage territorial fort en France et par son accord de développement de l’emploi et des compétences, cherche à transformer les métiers en tension (autrement dit, voués à disparaître) en métiers d’avenir.
Quand Thalès recrute un salarié, le territoire recrute aussi le conjoint. Les syndicats ont leurs propres réseaux territoriaux et ils ont amené les territoires dans la GPEC.
 
Une méthodologie en trois principes
 
Vivendi est depuis 2004 dans le développement local, en échange d’un accord fiscal avec Bercy. Il réindustrialise des bassins d’emploi choisis par le ministère de l’industrie, non via un outil interne mais en procédant à des appels d’offre. La méthodologie appliquée au cours d’une vingtaine de missions repose sur trois principes : Premièrement, autour d’un projet qui existe et est financé par le secteur privé, faire travailler ensemble tous les acteurs - le préfet ou le sous-préfet, un partenaire bancaire local (toujours une banque mutualiste car les centres de décisions y sont plus proches du territoire), divers services sociaux – afin d’accompagner des entreprises industrielles qui veulent se développer ou se créer. Deuxièmement, maximiser l’efficacité financière, avec un bon tour de table et un bon business plan, ce qui donne un effet de levier de vingt à trente. Troisièmement, accompagner les territoires et pas seulement les entreprises du territoire.
 
Réconcilier les logiques
 
Après avoir souligné « la résilience des territoires », Jean-Marie Bergère évoque les trois logiques à l’œuvre dans notre société : celle de l’entreprise, aider les meilleurs, celle de l’État, aider les plus fragiles, celle des organisations syndicales, aider ceux qui sont directement touchés. Il lui parait nécessaire de trouver des dispositifs qui permettent de trouver des solutions, par un compromis positif entre les trois logiques.
L’État est le coordinateur naturel sur le territoire, souligne le préfet, il fédère les divers acteurs qui ont des stratégies différentes. La revitalisation des territoires est une obligation légale, pour l’État c’est un instrument pour casser la tendance à la baisse de l’emploi. Il existe plusieurs lectures de la revitalisation. Les priorités de l’État, dans une lecture stratégique, sont les pôles de compétitivité et les investissements d’avenir. Il peut être utile de concentrer l’argent là où il existe déjà un tissu d’entreprise, comme dans les Hauts-de-Seine.
 
Le tiers capacitant
 
De la salle, Jean-Pierre Aubert parle de la logique du « tiers capacitant », qui accroit la capacité collective des autres. Il arrive que l’on crée des objets sans sujets, que l’on parachute des dispositifs dont on ne sait pas qui les ferra vivre. Les exemples présentés aujourd’hui sont différents, les actions ont été co-construites, on a cherché le sujet et on a construit l’objet. Il a fallu trente ans pour construire une culture de la coopération entre Nantes et Saint-Nazaire, qui permet aujourd’hui de surmonter les crises. Et beaucoup de ces actions furent antérieures aux dispositifs législatifs d’État.