Edito: La décence et la mobilisation

Marie-Noëlle AubergerLa rémunération globale des dirigeants des grandes sociétés – des centaines de SMIC – fait scandale, en France comme aux Etats-Unis, surtout lorsque ces entreprises connaissent des difficultés et sont renflouées par le contribuable. On est aussi choqué, au moins en Europe, par les distributions de dividendes aux actionnaires des entreprises qui ont fait des profits mais s’apprêtent à réduire l’emploi – ou bien l’ont déjà fait. Et les distributions de stocks options à une partie du personnel quand on s’apprête à licencier une autre partie ne sont pas beaucoup plus respectables… Il faudra sans doute, sinon moraliser le capitalisme, au moins introduire plus de décence dans l’économie de marché.

 

Nous racontons trois histoires de capital et d’emploi, loin des marchés financiers internationaux, où l’on voit que les salariés actionnaires peuvent avoir une mentalité de petits boursicoteurs, que le patron propriétaire peut choisir une fondation comme héritier et que les représentants du personnel peuvent se saisir de l’actionnariat salarié pour renforcer les institutions représentatives.

 

Les entreprises veulent mobiliser leurs salariés, dans la guerre économique depuis des années, dans la mise en oeuvre du développement durable aujourd’hui, du moins certaines l’affirment-elles. L’initiative doit venir de la base, être respectueuse des différences et des cultures. On peut penser aussi que les sociétés ne seront crédibles en la matière que si leurs dirigeants ont eu une attitude décente par rapport à leurs propres rémunérations.

 

Et puis on pourra voir que le mode de gestion des entreprises a une influence sur la santé des salariés; que les clients pauvres, qui sont nombreux, offrent des débouchés intéressants aux entreprises, dans le simple respect des lois du marché ou avec un coup de pouce des pouvoirs publics, dans un but lucratif ou "sans pertes ni profit"; qu’il convient de s’interroger sur les fondements même de l’économie et peut-être revenir à la notion d’oeconomie. Et qu’un roman à lire dans le train peut améliorer votre connaissance de la finance internationale.

 

Marie-Noëlle Auberger