Édito: Pour la richesse ou pour la gloire?

Marie-Noëlle AubergerUn des leviers, et sans doute le principal, de la diffusion massive de la responsabilité sociale dans les entreprises sera l'intérêt économique. Les grandes entreprises sont tenues d'afficher leur souci de RSE mais seule une minorité de dirigeants d'entreprise petite ou moyenne, citoyens conscients de leurs devoirs, s'intéressent à la RSE pour des raisons de principe. La mise en conformité absolue avec les principes fondamentaux de l'Organisation internationale du Travail et la Déclaration universelle des droits de l'Homme, d'une façon générale la prise en compte des externalités - sans parler même de démocratie industrielle! - est une démarche exigeante, donc dispendieuse et chronophage, qui ne s'impose pas spontanément aux dirigeants qui ne sont soumis ni à la loi NRE ni à la pression de l'opinion. Le risque est alors que la RSE - réelle ou apparente, ceci est un autre débat - reste cantonnée aux très grandes entreprises médiatisées et aux militants d'une économie humaniste.

 

"Les valeurs créent de la valeur" répètent les uns, notamment certains financiers qui affichent volontiers leurs valeurs d'entreprise, gage de prospérité accrue. Ces valeurs d'entreprise affichées sont généralement la considération portée au client et les bonnes conditions de travail des salariés, c'est à dire le respect des parties prenantes économiques. Qui nierait aujourd'hui que des clients satisfaits sont la condition même de la pérennité d'une entreprise placée dans un contexte concurrentiel? Et qui n'est pas conscient que les ressources humaines rares que sont les salariés particulièrement qualifiés méritent quelque considération si on souhaite se les attacher? Au delà de ce premier degré de la bonne gestion, il devient intéressant d'un point de vue "éthique" ou "socialement responsable" de voir comment l'entreprise s'intéresse aux autres apporteurs de travail à qui elle fait appel directement ou indirectement: salariés "tout venant", intérimaires, vrais ou faux indépendants, employés des sous-traitants.

 

L'entreprise socialement responsable, au sens plein du terme, doit dépasser la vigilance vis à vis de ses parties prenantes ressources économiques pour être aussi attentive aux parties prenantes avec lesquelles les relations ne sont pas synallagmatiques, c'est à dire tous ceux qui sont impactés par les décisions prises par l'entreprise sans pouvoir forcément influencer pareillement cette dernière: sous-traitants, travailleurs et système de formation du bassin d'emploi, riverains et élus locaux, etc. Or il n'est nullement évident que la prise en compte des externalités soit source de profit, surtout à court terme.

 

 

La masse des dirigeants -et cela vaut aussi pour les responsables de niveau n-1 et en deçà, directeurs de centre de profit voire cadres décisionnels- n'intégrera la RSE dans la stratégie que si elle y trouve un intérêt économique prouvé. Pour un salarié, fut-il de haut niveau, cela sera si le mode de rémunération incite au respect des principes de la RSE et cela ne sera pas si ces valeurs ne sont qu'un supplément d'âme autorisé voire recommandé une fois que tous les objectifs quantitatifs et qualitatifs sont atteints. Pour un dirigeant à visée patrimoniale, la RSE sera intégrée dans la stratégie si elle présente un intérêt économique à long terme, qui se confond pas avec le rendement financier immédiat.

 

 

L'intérêt économique, qui n'est pas réductible au retour financier immédiat, outre l'amélioration de l'accès aux ressources rares, passe par une meilleure prévention des risques. Il reste néanmoins dans le choix stratégique de la RSE une part irréductible de valeurs propres, d'idéologie au sens premier du terme, qu'il est loyal et nécessaire d'expliciter.

 

Marie-Noëlle Auberger