Forum mondial du développement durable

Le deuxième "Forum Mondial du Développement Durable", organisé par la revue Passages et l’ADAPes s’est tenu du 12 au 14 novembre au Sénat.


Reconnaissant " l’urgence absolue d‘une action globale pour limiter le changement climatique d’origine anthropique", le forum a émis des propositions portant sur l’accès aux biens essentiels -soins, eau potable et assainissement, éducation primaire, énergie de base, alimentation suffisante mais aussi accès aux savoirs-, et sur la gouvernance.

 

La gouvernance doit être renforcée aux différents niveaux: celui des Etats –mise en place dans tous de structures comme l’état civil, le cadastre, l’inventaire des ressources, un système judiciaire indépendant, des infrastructures de communication; celui des ensembles régionaux comme l’Europe dans le respect des diversités et au niveau mondial en intégrant les normes sanitaires et environnementales comme supérieures à celles du marché, en luttant contre la corruption, en aidant les Etats faillis et en faisant des flux migratoires des vecteurs de développement.

 

Qui est concerné par les questions de gouvernance? a demandé Emile Mallet, l’organisateur du forum qui en tirait les conclusions le dimanche devant environ deux cents personnes. Et il répondait "tous les acteurs: entreprises, pouvoirs publics, société civile." L’originalité de ce forum, ajoutait-il, est que "pour la première fois dans un débat sur le développement durable nous avons associé les syndicats à part entière, à coté de la société civile", ce dont faisait foi la présence la veille de Joël Decaillon, secrétaire général de la confédération européenne des syndicats, Bernard Thibault de la CGT, François Chérèque de la CFDT. Les leaders syndicaux ont proposé que les syndicats, comme les autres organisations, soient insérés comme parties prenantes dans les différentes institutions.

 

Les débats ont montré que les acteurs d’Afrique et d’Amérique latine sont favorables à la triangulation entreprises pouvoirs publics société civile. Mais les acteurs du Sud n’ont pas les moyens d’avoir des représentants dans les débats internationaux : une ONG du Nord comme Oxfam peut à lui seul avoir plus de représentants à une conférence internationale que l’ensemble des pays africains francophones.

 

Au Nord, le discours sur le développement durable peut transcender la fragmentation croissante des sociétés européennes et la Commission européenne est un endroit privilégié pour "booster" le développement durable. Dans son intervention lue par Serge Pelletier, le président de la république a affirmé que l’Europe doit s’engager pour résoudre les questions de développement. Mais le ministre algérien des finances n’est pas optimiste sur le Nepad, la collaboration entre l’Europe et l’Afrique. Les normes en matière se santé et d’environnement doivent être supérieures à celles du marché. Le D2 offre une opportunité de pacifier les conflits, il soit avoir un code et une morale, ne pas être un simple outil social dépouillé d’éléments spirituels et philosophiques, même si c’est ainsi qu’il est compris sur la plus grande partie de la Planète.

 

Emile Mallet remercie l’hospitalité du Sénat et tous ceux qui ont apporté leur concours mais tout cela n’assure pas la pérennité de l’action.

 

"Beaucoup en parlaient, nous l’avons fait" conclut-il, affirmant qu’il n‘y a pas de raison de laisser les Anglo-saxons dominer le domaine de la parole. Il faut renforcer l’Europe sociale et l’Euromed et renouer avec une histoire qui a commencé à Cordoue: laïciser les religions sur la base de la philosophie grecque.

 

---

 

Nathalie Kosciusko-Moriset, députée de l’Essonne, ancien membre du cabinet de JP Raffarin chargée de l’écologie et du D2, regrette que l’Etat en France ne se soit pas organisé en matière de D2. Les différentes institutions dédiées au D2 sont faibles, leurs missions se recoupent, les buts qu’elles poursuivent sont ambigus, ce qui conduit à un gigantesque gâchis. Le D2 pourrait être un concept fédérateur, l’horizon visible des négociations, un objectif commun; il n‘est souvent qu’un cache-sexe. De la salle, Bettina Laville, Conseiller d’Etat, rappelle qu’elle a écrit que le D2 ne devait pas être l’opium du peuple. Sans être du même bord politiques, elles sont d’accord sur ce point. La députée affirme croire beaucoup à la charte de l’environnement, qui a vocation à devenir le 3e pilier du préambule de la Constitution de 1958, avec la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 et la déclaration des Droits économiques et sociaux de 1946. C’est un texte très important pour changer les vices de la culture française car c’est un instrument de transversalité.

 

A l’échelle des Nations Unies, certains ont tenté d’intégrer l’environnement dans les instances existantes, de faire entrer le principe de précaution dans l’OMC, cela s’est traduit par un échec retentissant, note Nathalie Kosciusko-Moriset. Pour sa part, James Warren Evans, directeur du département Environnement et développement durable à la Banque Mondiale, pense que le PNUE n’a pas la force de lutter contre l’OMC. L’année 2005 devrait voir la transformation du PNUE - Programme des Nations Unies pour l’environnement - en ONUE - Organisation des Nations Unies pour l’environnement. La différence principale entre les deux est que les contributions des Etats sont volontaires pour les programmes, obligatoires pour les organisations. Mais le point principal est celui de la volonté politique. Même s’il existe une ONUE demain, James Warren Evans doute de la volonté politique des Etats pour lui donner de la puissance. Pour sa part, la Banque Mondiale cherche à inclure l’environnement dans les politiques générales, l’important n’étant pas des projets environnementaux mais de l’environnement dans les projets. La réussite ou l’échec des projets dépend de la force des institutions nationales et de la gouvernance. Ce ne sont pas les règles formelles qui sont les plus difficiles à changer mais les règles informelles: comment une société devient-elle consciente d’un problème d’environnement? Quel compromis passer entre l’emploi et l’environnement? On peut dire qu’il existe une gouvernance quand les intérêts des groupes vulnérables sont pris en compte dans le processus de prise de décision et que celui-ci est transparent ; elle ne peut exister sans un gouvernement légitime, la paix et la sécurité.

 

MNA