Édito: Syndicats et ONG

Marie-Noëlle AubergerLes organisations syndicales ont pour objet l’étude et la défense des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu’individuels, de leurs membres. Il en est de même de nombreuses associations. Les organisations non gouvernementales qui se réclament de la défense des droits de l’homme, de la sauvegarde de la nature ou de la solidarité internationale ont un but extérieur. Les syndicats n’ont pas toujours la même attitude concernant l’intérêt général, ils peuvent se limiter à la feuille de paye de leurs mandants ou porter un projet de société. Les ONG parlent et agissent au nom de ceux qui n’ont pas la parole ni les moyens d’agir, ce qui peut les conduire à imposer leur propre conception du bonheur des autres. Il peut y avoir des contradictions entre l’action des unes et des autres mais aussi à l’intérieur de chaque catégorie.

 

Le chantage à l’emploi a été utilisé pendant des lustres pour tenter, parfois avec succès, d’enrôler les salariés du côté des dirigeants contre les riverains ou les environnementalistes sur les problèmes de pollution. Et les associatifs de volontiers pourfendre le patriotisme d’entreprise des salariés, qu’il soit avéré ou leur soit imputé.

 

L’irruption du concept de RSE a conduit dans certains cas à un renversement d’alliances, avec les tentatives de la part de certains milieux patronaux de jouer les parties prenantes externes contre les salariés, les ONG contre les syndicats. Le dialogue sociétal s’oppose alors au dialogue social et le mouvement syndical n’est pas considéré comme faisant partie de la société civile. Il n‘est donc pas étonnant que la RSE soit considérée avec une certaine méfiance par nombre de salariés : introduite par le patron, elle lui permet de donner à des étrangers à l’entreprise la parole qu’il n’accepte qu’avec réticence de son personnel.

 

Cependant le jeu à plusieurs offre bien des subtilités. Lors du forum européen multi-parties prenantes institué par la Commission, l’attitude rigide du patronat européen a eu pour effet de réconcilier organisations salariales et ONG contre l’UNICE. Et a conduit en France à la création d’un forum citoyen pour la RSE dans lequel se retrouvent des confédérations syndicales et des grandes associations de solidarité internationale.

 

Marie-Noëlle Auberger