La Poste: management décentralisé et souci des charges de retraite

Jean-François Bailly, président de La Poste, premier employeur de France après l'Etat, avait rendez-vous le 01 février avec l'Association des Journalistes de l'Information Sociale. Apôtre de la modernisation sociale en interne, il aimerait reporter les problèmes de financement des retraites postales sur la collectivité.

 

Convaincu de "l'urgence à faire de La Poste une entreprise publique performante", le président a insisté sur le fait que la modernisation était un acte global: elle est économique avec les nouveaux équipements, les nouveaux produits et les innovations managériales mais aussi sociale avec la qualité de l'emploi et l'évolution des compétences, enfin sociétale en nouant des relations de confiance avec les parties prenantes.

 

Il n'y a pas de modernisation sans projet, affirme Jean-François Bailly, et celui de La Poste serait d'être à la fois un service public et une grande entreprise de logistique, leader en Europe. Il convient d'évaluer et de financer les exigences de service public, La Poste doit être un réseau de proximité, ce qui ne signifie pas le statu quo. Face à la mondialisation, les Français éprouvent le besoin d'un ancrage territorial; pour y répondre, La Poste engage une concertation permanente avec les élus, concrétisé dans la charte du dialogue territorial avec les grandes associations d'élus locaux.

 

Jean-François Bailly entend atteindre la performance économique et sociale par la proximité, s'appuyant sur un management décentralisé et responsable qui mène des négociations locales. Chaque établissement de plus de cent personnes négocie en interne, une expérimentation est tentée pour les établissements de cinquante à cent. La conflictualité en 2004 a été la plus basse depuis 1996 alors même que cette année 2004 a connu de multiples changements.

 

En ce qui concerne les questions d'égalité professionnelle, la parité hommes femmes est de mise dans l'ensemble des effectifs mais les choses se gâtent quand on monte dans la hiérarchie: 39% des cadres sont des femmes (35% chez les cadres supérieurs et 21% chez les cadres stratégiques).

 

Le problème fondamental pour La Poste est celui du financement des pensions de retraites et de son traitement comptable. Tant que la poste était une administration d'Etat, la pension versée aux retraités était une charge du budget national. Désormais, La Poste doit assumer la charge des pensions des fonctionnaires, qui représentent encore 70% de ses effectifs, et dont les retraités seront vers 2010 plus nombreux que les actifs. Cette charge, d'un montant de 57 milliards d'euros aujourd'hui, est comptabilisée dans les engagements hors bilan. L'application des normes IFRS exige sa réintégration dans le bilan alors que les fonds propres sont inférieurs à trois milliards. Des "discussions techniques" sont en cours avec l'Etat, pour savoir qui payera quoi, un objectif étant de mettre à contribution dès maintenant le régime général. Celui-ci reçoit les cotisations des jeunes postiers de statut privé, il lui serait demandé de prendre en charge dès maintenant les fonctionnaires partant en retraite. On nous permettra de faire remarquer qu'ainsi la caisse du secteur privé aurait à payer deux fois.

 

Ajoutons que La Poste a publié son premier rapport de développement durable, même si elle n'est pas soumise à l'article 116 de la loi NRE.

 

MNA