Édito: politique et mesure

Marie-Noëlle AubergerEn cette mi-février, le protocole de Kyoto devient opérationnel, même si le principal pollueur mondial continue à refuser d'y souscrire, comme il s'oppose sur un autre terrain au tribunal pénal international. En France, le président fait de la surenchère en prévoyant de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, souhaitons que cet engagement soit suivi de plus d'effets que sa promesse de se baigner dans les eaux de la Seine…

 

Lors des journées associant les technologies de l'information et de la communication d'une part et le développement durable de l'autre, organisées en début de mois à Valenciennes, un intervenant estimait à une vingtaine sur neuf cents les parlementaires français conscients des enjeux climatiques, énergétiques et démographiques. Il est vrai que le temps de la politique n'est pas celui du développement durable: les échéances électorales rythment l'une alors que la définition que la commission Brundtland donnait de l'autre se réfère explicitement aux générations futures. Pourtant, les hommes politiques qui sont entrés dans l'Histoire, quelle que soit l'appréciation qu'on porte sur leur œuvre, ne sont-ils pas ceux qui se sont projetés dans le long terme?

 

Si l'on sait à peu près mesurer les émissions de gaz à effet de serre, il parait bien présomptueux de vouloir mesurer le développement durable. C'est pourtant ce que tente de faire la statistique publique en France, en publiant des indicateurs de développement durable. Ces instruments de mesure gardent un aspect qualitatif, on ne cherche pas à les agréger dans un chiffre unique comme le PNB par tête. Cela parait sage, car on pourrait légitimement dire "chiffre unique, chiffre inique".

 

D'une façon générale, les instruments de mesure ne sont pas neutres, ils sont même un enjeu d'importance. On le voit notamment lors de l'application des normes comptables internationales, qui peut avoir des effets cruels en mettant en lumière des engagements sur l'avenir.

 

L'Association internationale de normalisation commence ses travaux sur la responsabilité sociale des entreprises, elle a prévu d'ériger des lignes directrices mais pas une norme certifiable. Néanmoins, les résultats de ses travaux auront indiscutablement un effet structurant sur les politiques de management des entreprises.

 

Marie-Noëlle Auberger