Le mécénat de compétences

"Entreprises, salariés et associations pour un partenariat de compétences", c'est assez symboliquement au siège du Medef que ce colloque organisé par deux associations d'entreprises mécènes, Admical et IMS-Entreprendre pour la Cité, sous l'égide du Ministère de la jeunesse, des sports et de la vie associative, faisait se rencontrer le 13 septembre deux mondes qui s'ignorent de moins en moins.

 

Le mécénat sportif, c'est bien, le mécénat humanitaire, c'est encore mieux, disait en substance le président d'IMS-Entreprendre, Claude Bébéar, qui ajoutait que le fin du fin n'était pas d' envoyer un chèque mais d'impliquer les salariés de l'entreprise, en les engageant à mettre leurs compétences au service d'associations partenaires. Les entreprises françaises sont plutôt en retard dans ce domaine, affirmait le bâtisseur de l'association AXA Atout cœur, également promoteur de la charte de la diversité, mais elles font du mécénat dans un esprit de modestie et de discrétion, contrairement aux entreprises américaines qui en font un outil de marketing.

 

Jacques Rigaud, président d'Admical, qui a consacré vingt-cinq ans à la reconnaissance du mécénat d'entreprise, considère que celui-ci n'est ni un caprice du patron, ni un moyen de racheter ses turpitudes par des indulgences, mais une des expressions de la liberté d'entreprendre: choix souverain du partenaire, du secteur, des méthodes, liberté de l'engagement, liberté d'arrêter, de changer les termes du mécénat. "Fil tissé entre l'entreprise et la société civile" selon l'expression de Marianne Eshet, déléguée générale d'Admical, le mécénat d'entreprise est passé de la logique de guichet à un partenariat gagnant gagnant. Les salariés, d'observateurs, sont devenus acteurs, dans la droite ligne de la RSE.

 

Le mécénat d'entreprise peut prendre différentes formes: en numéraire ou en nature, celui-ci se divisant en mécénat en produits et mécénat de compétences. L'apport de compétences peut lui-même prendre deux formes, la prestation de services et le prêt de main d'œuvre. La prestation de service, c'est la réalisation d'une tâche déterminée au profit d'un tiers, par exemple la restauration par Vinci de la Galerie des glaces ou la fabrication à l'identique du billard de Louis XVI par une PME. Le prêt de main d'œuvre, c'est Véolia qui envoie des experts en assainissement d'eau dans les régions touchées par le tsunami.

 

Il ne fait pas confondre le bénévolat des salariés organisé au sein de l'entreprise mais effectué hors du temps de travail et le mécénat de compétences dans le cas duquel les salariés apportent leur aide à l'association sur leur temps de travail. Néanmoins, les frontières entre les deux sont parfois floues et certaines entreprises prévoient un système mixte.

 

Depuis la loi du 1er août 2003, le mécénat de compétences vers des associations d'intérêt général rend, comme les autres formes de mécénat, l'entreprise éligible à des avantages fiscaux. La réduction d'impôt est à hauteur de 60% des versements (prix de revient pour la prestation de service, salaire chargé pro rata temporis pour le prêt de main d'œuvre), sous plafond de 5% du chiffre d'affaires. Si Deloitte, chez qui la déduction fiscale est "génétique", tient le compte des heures données par le salarié, les entreprises industrielles présentes ne font pas toujours jouer l'avantage fiscal. Cependant, certaines sociétés "se précipitent sur le mécénat de compétences" pour réduire leur impôt. On en a même vu demander un dégrèvement fiscal alors que les salariés aidaient une association sur leur temps de loisirs. La loi reconnaît le droit à l'entreprise de communiquer sur son mécénat mais pas de s'en servir dans un message publicitaire. Souvent, les salariés sont d'autant plus favorables au mécénat que l'entreprise ne communique pas sur lui.

 

Le mécénat de compétences peut se situer dans le cœur de métier, tel celui de Sodexho avec Les Restos du cœur (fourniture de repas chauds à des SDF et formation à la nutrition des bénévoles), celui de Deloitte avec Solidarités Nouvelles contre le Chômage (mise à disposition des équipements de e-learning, coaching de chômeurs bac+5) ou être plus général: aide dans le domaine commercial, dans la constitution d'une base de données… Chez Eau de Paris, la société d'économie mixte qui produit l'eau de la capitale, les actions de solidarité - essentiellement des missions de longue durée en Afrique ou en Asie du sud-est en coopération avec des ONG - sont considérées de la même façon que les autres missions, y compris dans l'entretien annuel d'activité; le processus de sélection pour partir en mission est transparent et le remplacement est organisé avec la hiérarchie.

 

Le mécénat de compétences dans le cœur de métier peut vite glisser vers l'action commerciale ou être ressenti comme tel. Ainsi a-t-on reproché à la Fondation France Telecom qui apportait Internet en banlieue de "préparer l'avenir".

 

Qu'apporte le mécénat de compétences aux trois protagonistes : entreprise, salarié, association?

 

Les entreprises insistent sur la fonction intégratrice et fidélisante du mécénat de compétences ainsi que sur l'amélioration des ressources humaines qui en découle, notamment par le décloisonnement des équipes. Les missions apportent un esprit d'ouverture et d'adaptabilité mais dans les périodes difficiles les managers sont souvent trop sous tension pour s'impliquer à l'extérieur. De grandes entreprises (Sanofi Aventis, EDF GDF) mettent à disposition du secteur associatif leurs quinquas surnuméraires. De plus, le mécénat permet un ancrage dans les territoires par la création d'un réseau de correspondants.

 

Les salariés en tirent un épanouissement personnel et une activation de réseaux professionnels, une connivence comme les membres d'un même club. Dans les cabinets de consultants - Deloitte, Algoé - la participation à une opération de mécénat de compétences permet aux administratifs d'aller sur le terrain. Un sondage réalisé auprès des salariés de Deloitte &Touche aux Etats-Unis montre que 80% d'entre eux sont persuadés que le volontariat a un effet bénéfique sur leur carrière.

 

Les organisations syndicales ont des attitudes diverses envers le mécénat de compétences: indifférence, soutien poli ou affirmé, hostilité car le salarié s'implique pour d'autres que ses collègues.

 

Les associations y trouvent une amélioration de leur fonctionnement et/ou une meilleure professionnalisation de leurs membres. Il arrive aussi que des salariés s'engagent dans un projet au point d'adhérer à l'association, voire d'en devenir membre du conseil d'administration. Mais, comme le note Philippe Chabasse, administrateur de Handicap International, le don endette celui qui le reçoit. Les associations qui ont l'habitude de gérer le don, tant vis-à-vis de leur bénéficiaires que vis-à-vis de leurs donateurs individuels sont confrontées avec le mécénat d'entreprise à une problématique complexe, particulièrement quand il s'agit d'une aide en compétences. Il est important que l'association demande à l'entreprise ce dont elle a le plus besoin et non ce qu'elle pense que l'entreprise est prête à lui donner.

 

Pour Jean-François Lamour, ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, venu clore l'après-midi, le développement de la RSE est un élément moteur de la stratégie de l'entreprise qui s'ouvre sur la société civile. Le couple association - entreprise est en plein développement.

 

MNA