L'investissement responsable: les Principes et le marché français

Les acteurs de l'investissement socialement responsable - investisseurs, gestionnaires de fonds et prestataires de services - ont signé les Principes de l'ISR, établis sous l'égide des Nations Unies et présentés à New York et à Paris. Le marché français de l'ISR progresse, comme le fait apparaître une étude de Novethic, mais au même rythme que l'investissement financier total dont il ne représente encore qu'une très faible proportion.

 

Les Principes pour l'Investissement Responsable ont été adoptés par un certain nombre d'investisseurs et de gestionnaires de fonds. Cette initiative, placée sous l'égide du PNUE et du Pacte Mondial a fait l'objet en mai d'un lancement médiatique quasi simultané à New-York au siège de l'ONU et à Paris. Dans cette déclaration, les investisseurs institutionnels reconnaissent que leur rôle fiduciaire - agir au mieux des intérêts à long terme de leurs bénéficiaires - les conduit à prendre en compte les questions environnementales, sociales et de gouvernance d'entreprise (ESG) car celles-ci peuvent influer sur la performance des portefeuilles d'investissement. Ils se déclarent en outre convaincus que l'application de ces Principes pourra mettre les investisseurs mieux en phase avec les grands objectifs de la société. De ce fait, ils prennent "dans la mesure où cela est compatible avec (leurs) responsabilités fiduciaires" six engagements: prendre en compte les questions ESG dans les processus d'analyse et de décision en matière d'investissements, être des actionnaires actifs et prendre en compte les questions ESG dans les politiques et pratiques de placement, demander aux entités dans lesquels ils investiront de publier des informations ESG, favoriser l'acceptation et l'application des Principes dans l'industrie des investissements, s'efforcer d'accroître ensemble leur efficacité dans l'application des Principes, rendre compte individuellement de leurs activités et de leurs progrès dans l'application des Principes.

 

Les signataires sont des investisseurs institutionnels, des gérants de fonds et des prestataires de service dans le domaine de l'ISR. Pour la France, on y trouve respectivement la Caisse des dépôts et consignations - CDC et le Fonds de réserve pour les retraites - FRR pour les investisseurs institutionnels, BNP Paribas Asset Management, Crédit Agricole Asset Management Group, Groupama Asset Management et Macif Gestion pour les gérants de fonds et Vigeo pour les prestataires de services.
Novethic, la filiale de la Caisse des Dépôts centre de ressources sur l'ISR et la RSE, a réalisé une étude sur le marché français de l'ISR en 2005. Il s'agit plus d'une enquête que de statistiques exhaustives, puisque les résultats proviennent d'un questionnaire détaillé envoyé à quarante six sociétés de gestion dont trente ont répondu. Ces sociétés, exerçant leur activité en France, représentent néanmoins 90% du marché des encours de gestion collective ISR offerts. Les enseignements? Le marché français - le total des encours ISR détenus par les résidents français - est estimé à 8.8 milliards d'euros, en augmentation de 27% entre la fin 2004 et la fin 2005. Bel accroissement mais semblable à celui qu'a connu l'ensemble de la Bourse. Le marché ISR ne représente guère que zéro virgule quatre pour cent du marché total et ne progresse donc pas en termes relatifs.

 

Qui sont les épargnants responsables?

 

Les investisseurs institutionnels possèdent 5.2 Md d'encours, ayant dépassé les ménages (3.6 Md se répartissant entre 2.4 Md d'encours directs des particuliers et 1.3 Md d'épargne salariale) qui étaient majoritaires en 2003. Cette proportion peut augmenter encore car les institutionnels se mettent et se mettront de plus en plus à l'ISR au cours des années 2006 et 2007, c'est notamment le cas du Fonds de Réserve des Retraites, de l'Etablissement pour la Retraite Additionnelle de la Fonction Publique, de l'AGIRC-ARRCO, bref, des acteurs relevant grosso modo du paritarisme dans le domaine des pensions vieillesse. Le FRR, qui a dès son origine demandé aux gérants d'intégrer des critères extra financiers de façon transversale, va s'impliquer sur une approche "pure" de l'ISR, les deux démarches pourront être appelées à converger.
S'il existe des particuliers qui ont des convictions fortes et de l'épargne disponible, il n'y a que peu d'offre qui leur soit adressée. Les réseaux bancaires et autres ne font pas grand effort pour proposer des produits ISR, qui de ce fait se diffusent assez peu.

 

L'épargne salariale responsable, lancée en 2002 avec la création du Comité Intersyndical de l'Epargne Salariale, représente en 2005 un peu moins de 2% de l'ensemble de l'épargne salariale gérée. La proportion n'est pas massive mais elle est plus importante que dans les autres secteurs.

 

Les actifs confiés aux sociétés de gestion sont en majorité gérés via des instruments standardisés, la gestion collective - via des distributeurs - représentant 6.3 Md et la gestion dédiée - sans intermédiaire - 2.5 Md.

 

Le marché français des actifs ISR (Md euros)

  Institutionnels Ménages Total
    Epargne salariale Epargne directe "retail"  
Gestion collective 3,47 0,48 2,36 6.31
Gestion dédiée 1,69 0,81 - 2,49
Sous-total   (1,29) (2,36)  
Total général 5,15
3,64
8,80

 

MNA