Les territoires au cœur de la responsabilité sociétale des entreprises?

IMS-Entreprendre pour la Cité et l'ORSE ont organisé une conférence de restitution des travaux d'un groupe d'experts (entreprises, ONG, institutionnels) réunis pendant plus d'un an pour travailler sur les pratiques des entreprises en matière de pilotage et de reporting international sur l'ancrage territorial. Un guide détaillant les travaux effectués a été présenté et diffusé lors de cette conférence. Eric Saint-Alary y participait et nous fait part de ses travaux.

 

Henri de Reboul, délégué général de l'IMS-Entreprendre pour la Cité, définit le terme "ancrage territorial" comme étant tout initiative d'entreprise contribuant au développement local qu'il s'agisse de la prise en compte des Droits de l'Homme et de la lutte contre la corruption, du dialogue avec les communautés locales, de programmes créateurs de revenus et d'emplois locaux des territoires, de la gestion des mutations économiques sans parler de "démarches intégrées" combinant plusieurs de ces thèmes.

 

Quelque peu gêné par le terme qu'il estime trop fort d'"ancrage" dans ce sens qu'il pourrait impliquer qu'une entreprise ne puisse jamais quitter un territoire, Bernard Giraud, directeur du département du développement durable et de la RSE chez Danone, indique dans quel cadre les opérations de développement local y prennent place. Chaque site doit déterminer ses modes d'action en cohérence avec la politique du groupe ce qui veut dire que les managers locaux doivent résoudre la tension entre les sollicitations des parties prenantes du territoire et les enjeux "business" du groupe.

 

Pour autant, Jean-Pierre Labbé, directeur adjoint des relations institutionnelles de Total, indique la nécessité opérationnelle d'un ancrage territorial pour la transnationale compte-tenu des enjeux liés à l'acceptation locale des activités (permis d'entreprendre), ce qui passe aussi par la réduction de certains impacts socio-économiques générés par la "malédiction du pétrole".

 

Cet exemple a permis de soulever la question de savoir jusqu'au fallait-il aller en matière d'ancrage territorial. Guy Reynaud, Président de l'ONG Pro-Natura International, a ainsi expliqué que son organisation participe à une opération de développement local intégrée touchant déjà 140 000 personnes dans le Delta du Niger (Nigéria) avec le soutien de Total. Cette opération va jusqu'à créer des instances démocratiques de base, palliant les carences de l'Etat sur ce plan.

 

Marc Deluzet, responsable confédéral à la CFDT, met en lumière le paradoxe que syndicats de salariés et représentants du patronat sont plus à l'aise pour traiter des impacts sociaux de l'activité des entreprises sur leurs différents sites à l'échelle mondiale, voire européenne, qu'au niveau français du fait des tensions nées des délocalisations.

 

Francois Fatoux, délégué général de l'ORSE, rappelle l'un des débats du groupe de travail, celui sur les indicateurs. Le groupe a distingué indicateurs de moyens (pilotage et déploiement de la démarche d'ancrage) et indicateurs de résultats (mesure des impacts sur des cas concrets). Même s'il reste beaucoup à faire, ce travail serait susceptible d'enrichir les indicateurs sociétaux de référents comme la GRI. Sur un tel sujet, Pascal Bello, PDG de BMJ Ratings, estime que les indicateurs ne font pas tout et qu'il faut s'attacher sur les conditions de réalisation et d'évaluation des politiques d'ancrage en y associant les parties prenantes locales.
Claire Isnard, Présidente de l'ORSE, clôt les débats en expliquant en quoi cette question de l'ancrage territorial est au cœur du développement durable puisqu'elle articule local et global, elle s'inscrit dans une logique d'expression, de connaissance mutuelle et de responsabilisation des parties prenantes qui comprennent mieux leur intérêt à recevoir et à donner.

 

Eric Saint-Alary