Dans la bibliothèque: Responsabilité sociale et environnementale

Pour les auteurs de cet ouvrage dont Vincent Commenne, ancien banquier éthique en Belgique et animateur du réseau ECOSOL, a été le principal, la RSAE, la "responsabilité sociétale des acteurs économiques", au cœur de laquelle est la RSE, ne se confond pas avec cette dernière. C'est par la RSAE que la société pourra amener les entreprises à adopter des comportements plus "éthiques".

 

Les "bonnes pratiques" de RSE se situent dans différents domaines: la collaboration avec les parties prenantes (par exemple Wal Mart et son récent souci de l'écologie), la rencontre des besoins locaux (le comité de liaison citoyens police à Karachi), les entreprises spécialement créées pour exercer une responsabilité sociétale (une entreprise californienne de vêtements de sport de haute qualité qui utilise du coton biologique et soutient les ONG environnementales), les organisations de promotion de la RSE (Nippon Keidanren, l'organisation patronale japonaise qui promeut la transparence vis-à-vis des parties prenantes et la promotion des activités philanthropiques).

 

La responsabilité sociétale des autres acteurs économiques passe en premier lieu par la consommation responsable mais aussi par les achats des acteurs publics. Les ONG, voire même les syndicats et plus que ceux-ci les ordres religieux ou les Eglises ont un rôle à jouer. La consommation responsable est surtout européenne mais les consommateurs du Nord ne sont pas pour autant disposés à payer suffisamment cher pour assurer un salaire correct aux travailleurs du Sud alors même qu'une étude par continent fait apparaître que ce sont les acteurs du Nord, et singulièrement les grandes entreprises transnationales et les ONG, qui introduisent la question de la RSE dans les pays du Sud.

 

Les constats que tirent les auteurs de l'état des lieux effectué sur les cinq continents sont les suivants: la base historique de la RSE est philanthropique et caritative, sa nouvelle forme née aux Etats-Unis s'est étendue aux autres continents via les entreprises multinationales; bien établie en Amérique du Nord et en Europe, elle est naissante ailleurs et même inexistante en Afrique. Chaque continent accueille une grande diversité dans la manière de comprendre et de mettre en pratique la RSE. Le contexte institutionnel joue un rôle non négligeable, chaque pays a ses propres priorités en matière de RSE. Les normes qui émergent sont peu nombreuses, peu standardisées et peu utilisées, elles sont surtout conçues pour les grandes entreprises alors que le terreau économique est constitué de PME. Les grandes entreprises transnationales qui pratiquent la RSE transposent leur modèle au Sud d'une façon qui ne correspond pas vraiment aux besoins locaux. Les entreprises peuvent faire de la RSE seules ou en partenariat avec les parties prenantes. Partout, la RSE pâtit de certaines pratiques d'image ou de stratégie commerciale. Dans les pays les moins développés, la carence des autorités publiques conduit la RSE à être la seule possibilité d'aider les populations. Les entreprises souhaitent que la RSE soit strictement volontaire, les parties prenantes souhaitent plus d'uniformisation des standards de réglementation. La mise en place d'une démarche de RSE demande l'engagement ferme de la direction de l'entreprise, l'inclusion de la politique dans la stratégie à long terme et la collaboration avec les parties prenantes.

 

En Amérique du Nord et en Europe Occidentale, certaines parties prenantes rentrent dans une démarche proactive et visent à rendre les entreprises éthiques. Ailleurs et surtout en Afrique, les acteurs de la société civile sont peu présents, peu organisés et n'ont pas de pratiques tournées vers la RSAE. Néanmoins dans certains espaces une réflexion commence à naître.

 

MNA

 

Responsabilité sociale et environnementale: l'engagement des acteurs économiques, coordonné par Vincent Commenne, Ecosol, éditions Charles Léopold Mayer.