Edito: Histoire et géographie

Marie-Noëlle AubergerLa Belgique inscrit dans sa constitution le développement durable sur ses trois piliers; la Chine connaît la croissance, sans doute le développement et guère le développement durable. La demande de matières premières fait flamber les prix mondiaux, les accidents du travail, fréquents et meurtriers, et les maladies professionnelles sévissent, une ville nouvelle est en projet, totalement écologique, les écarts de revenus se creusent, le "bol de riz en fer" a disparu pour une bonne partie de la population, le dynamisme des villes nouvelles et de l'industrie permet à une classe de nouveaux riches de prospérer. La Chine ne s'intéresse guère pour le moment à la RSE, elle le fera sans nul doute mais à sa manière, riche d'une civilisation très ancienne.

 

La corruption est-elle inversement proportionnelle à la RSE? On peut le penser. La RSE s'appuyant sur le socle de la Loi, la corruption, qui va contre la loi, est contre la RSE. Encore faut-il que la loi soit appliquée et que les électeurs punissent dans les urnes les hommes politiques corrompus, alors qu'en France, les sondés se disent à la quasi unanimité résolus à ne jamais voter pour un corrompu mais réélisent majoritairement les élus pris la main dans le sac. La lutte contre la corruption ne saurait se suffire de déclarations générales et d'un système de dénonciation interne. Une entreprise responsable, non seulement ne corrompt pas mais met en place les conditions pour que l'argent illégal n'ait pas de place dans son environnement social. Ce qui n'est pas une mince affaire. En cette matière et dans d'autres, l'engagement des entreprises dans la RSE ne suffit pas, les autres acteurs doivent aussi agir pour une responsabilité sociétale et environnementale.

 

La RSE a pour origine revendiquée la pratique d'investissement des Quakers boycottant les "actions du péché" mais elle a aussi une solide ascendance dans le paternalisme du XIXe siècle européen. Elle ne peut croître qu'en poussant sur le sol de chaque culture. L'Histoire n'est pas finie et la géographie est bien présente; il convient donc de renoncer à une conception impérialiste de la RSE. La fabrication des normes mondiales en la matière ne devrait pas être la création d'un petit groupe mais bien le travail de représentants des différentes parties prenantes des différentes aires culturelles de la planète. L'irruption dans les travaux de ISO 26 000 d'un GRI qui est très loin de refléter la diversité culturelle du monde ne manque pas de présenter à cet égard un aspect inquiétant. Nous pensons que la RSE ne sera porteuse de sens et ne se diffusera mondialement que si on cesse de croire que l'éthique des Puritains doit être LA référence mondiale au XXIe siècle.

 

Marie-Noëlle Auberger