La prime Covid

Soumis par mna le 11/03/2021 - 19:06

 

La prime Covid

Le 14 avril, un communiqué de presse du ministre de la Santé Olivier Véran exposait « La mobilisation et l’engagement des professionnels hospitaliers ont permis à notre système de santé de prendre en charge un afflux majeur de patients COVID+, notamment en réanimation. Afin de reconnaître pleinement cette mobilisation, une prime exceptionnelle sera attribuée aux professionnels hospitaliers dès le mois de mai. »

Le décret du même jour explicitait « Afin de reconnaître pleinement la mobilisation des agents du système de santé publique pour faire face à l'épidémie de covid-19, une prime exceptionnelle est attribuée à l'ensemble des professionnels des établissements publics de santé, des hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du code de la défense et de l'Institution nationale des invalides quelle que soit leur filière professionnelle et quel que soit leur statut. Le montant de la prime s'élève à 1 500 euros pour les professionnels des établissements situés dans les départements les plus touchés par l'épidémie (premier groupe de départements), ceux impliqués dans un certain nombre d'établissements du reste du territoire et ceux relevant du ministère des armées et de l'Institution nationale des invalides ou à 500 euros pour ceux des établissements des autres départements (second groupe de départements). Cette prime est désocialisée et défiscalisée. » Dans les départements peu touchés ou les établissements ne faisant pas partie de la liste des établissements Covid +, la prime sera de 500 euros, montant qui pourra être porté à 1500 par le responsable de l’établissement, c’est-à-dire de façon discrétionnaire. « le chef d'établissement peut relever le montant de la prime exceptionnelle à mille cinq cents euros pour les services ou agents impliqués dans la prise en charge de patients contaminés par le virus covid-19 ou mobilisés par les circonstances exceptionnelles d'exercice, induites par la gestion sanitaire de la pandémie ».

« Enfin, le Gouvernement souhaite également qu’une prime exceptionnelle soit versée aux professionnels du médico-social, et notamment des EHPAD, qui prennent en charge avec un dévouement et un courage admirable les populations parmi les plus vulnérables face à cette épidémie. Il échangera dans les jours qui viennent avec les collectivités locales sur ce sujet » dit le ministre, ce avec quoi les différents acteurs sont d’accord, y compris le secteur privé, même si tous les représentants de celui-ci ne sont pas disposés à desserrer les cordons de la bourse et attendent que ce soit l’État qui paye.

Égalité et équité

Les organisations syndicales sont critiques. Elles regrettent que le mode d’affectation soit trop compliqué (la CGT et la CFDT parlent d’"usine à gaz") et ont tendance à demander que tous les agents hospitaliers touchent les 1500 euros (voir Paroles syndicales). Et elles ne sont pas les seules ; « la reconnaissance de la nation va être essentielle. Il faudra que les primes promises soient universelles, pour les soignants, mais aussi les cadres, les administratifs, les techniciens… car tout le monde est allé au front, sans oublier les établissements médico-sociaux », déclarait par exemple Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France, dans un entretien aux Échos le 8 avril.

Ceci n’est pas sans poser quelques problèmes de fond : l’égalité est-elle juste ? On lira avec intérêt la réaction d’un intéressé (voir Une prime sans discernement).

Les salaires

Mais une prime n’est pas une revalorisation salariale, laquelle va être âprement débattue lors du « Ségur » de la Santé, concertation nationale sur l’avenir de l’hôpital public, annoncée par le ministre de la Santé Olivier Véran qui prévoit une revalorisation des salaires des soignants et notamment des infirmiers mais aussi un assouplissement du temps de travail. « Conscient des attentes légitimes des soignants sur les conditions de travail à l’hôpital, le ministre des Solidarités et de la Santé a tenu à rappeler qu’à cette prime exceptionnelle succèdera, après la crise, la réflexion indispensable et concertée sur la revalorisation des métiers et des rémunérations. »

Les infirmiers hospitaliers en France reçoivent 94% du salaire moyen national (c’est 86% pour la Suisse, 91% pour la Finlande, 100% pour le Royaume-Uni, 105% pour l’Italie, 111% pour la Belgique, 113% pour l’Allemagne, 129% pour l’Espagne) d’après les chiffres de l’OCDE cités par France Inter. Il serait fort intéressant de savoir si la faiblesse relative des rémunérations infirmières en France est liée à la féminisation de la profession (87% tous secteurs confondus pour la catégorie infirmiers, sages-femmes pour la période 2012-2014 selon la DARES) mais la proportion d’hommes et de femmes pour chaque pays ne figure pas dans les statistiques.

À ce propos aussi, il faudra s’interroger sur les rapports entre égalité et équité. Une augmentation du point d’indice de l’ensemble des fonctions publiques ne changerait pas le rapport des salaires entre infirmiers et médecins hospitaliers, par exemple.

Le nombre

Il ne faudra pas oublier que les soignants, et particulièrement les infirmiers français ne sont pas seulement relativement moins bien payés que la plupart de leurs homologues européens, ils sont surtout moins nombreux, les deux phénomènes n’étant pas sans rapport. Si on compare avec l’Allemagne, on peut noter que le personnel infirmier en hôpital était (en 2014) rémunéré 26% de plus outre-Rhin mais surtout que le nombre de personnel infirmier professionnellement actif pour mille habitants était de 18,7 en Allemagne pour 10,5 en France (chiffres 2017). Il y a donc urgence d’une part à former massivement infirmiers et aides-soignants et d’autre part à les rémunérer correctement afin que cesse le phénomène coûteux d’abandon de la profession au bout de quelques années.

Et ceci bien entendu dans le cadre d’une remise à plat de l’organisation de la Santé dans notre pays.

Marie-Noëlle Auberger mna@gestion-attentive.com