Pétrole de schiste en Seine-et-Marne

 

Samedi 2 avril 2011, réunion anti pétrole de schiste à Donnemarie-Dontilly (Seine-et-Marne), la salle polyvalente est pleine à craquer. Le maire du bourg et les environnementalistes locaux ont convoqué une réunion sur le thème « Halte au pétrole de schiste ! ».

         On extrait du pétrole de la région depuis cinquante ans mais là, les compagnies pétrolières veulent utiliser la technique de fragmentation hydraulique pour aller chercher les hydrocarbures qui sont dans les roches profondes. La Seine-et-Marne est concernée par le pétrole de schiste, alors que le Midi, dont on parle beaucoup plus, l’est par le gaz. « Nous savons que quelque chose se prépare mais les élus ne savent pas quoi, ce qui engendre de l’inquiétude » expliquent les orateurs. Les élus ne sont pas contents d’avoir été mis devant le fait accompli et prévenus très tardivement par le préfet, quand ils se sont inquiétés.

         La technique de la fragmentation hydraulique consiste en injecter horizontalement sous très forte pression (plusieurs centaines de bars) de l’eau accompagnée d’adjuvants dont les pétroliers n’entendent pas donner la composition. Cette eau sous pression va fracturer la roche, elle sera ensuite aspirée avec les hydrocarbures libérés par un puits extracteur.

         L’exploration se fait sans enquête publique mais celle-ci est obligatoire lors de la demande d’exploitation. A Doue, dans le nord du département, un permis d’exploration a été bloqué jusqu'au 15 avril par la ministre de l’environnement Nathalie Koscuisko-Morizet –les permis ont été donnés par son prédécesseur Jean-Louis Borloo - le temps que quatre experts rendent leur rapport (alors que les gens du BRGM disent qu'il faudrait travailler à vingt pendant dans deux ans pour faire véritablement le point). La quantité d’eau autorisée pour l’exploration à partir des deux plateformes de Champotran (commune de Doue) est de 200 000 mètres cubes d’eau, soit la consommation annuelle de Dommemarie. Cette eau sera pompée en grande partie dans la nappe de Champigny, ce qui est apprécié par les habitants du coin qui n’ont pas le droit de laver leur voiture, ni d’arroser leur jardin pendant la journée. Cette nappe, une des principales d’Ile-de-France, est utilisée jusqu’à Paris, et les « soupes » remontant des couches profondes seront très polluées, aucune station d’épuration ne pourra y remédier.

         Un extrait du film documentaire Gasland de Josh Fox est projeté, ce film, qui tourne sur Internet et sort officiellement le 6 avril en salles, a été projeté en avant-première au conseil général de Seine-et-Marne et pour quatre séances au cinéma de Mons-en-Montois, dans la zone concernée. Aux États-Unis et au Canada, l’eau des zones concernées est imbuvable, les paysages sont ravagés et les habitants malades. La technique de fracturation hydraulique est aussi utilisée en Suède mais Marie-Paule Duflot ignore si les ravages écologiques et sanitaires sont les mêmes ou bien si les environnementalistes locaux ont réussi à domestiquer quelque peu les pétroliers. Mais elle est prête à faire profiter les Polonais de l’expérience française.

         Lors de sa séance du 4 mars 2011, le conseil général de Seine-et-Marne a voté à l’unanimité, toutes nuances politiques confondues, un vœu « contre la recherche en Seine-et-Marne d’huiles, de pétroles et de gaz de schiste ». Les maires prennent des arrêtés interdisant le passage des camions mais les pétroliers s’en moquent… Une proposition de loi a été déposée au Sénat, une autre à l’Assemblée nationale, pas par les parlementaires de la même couleur ; mais dans l’inquiétude, tout le monde invoque le principe de précaution.

         Mais dans la région de Dommemarie, les permis ont été donnés pour cinquante ans il y a deux décennies et les puits existent déjà, il suffit aux exploitants de changer de technique...

         Un ancien élu local qui invoque l’indépendance énergétique de la France pour accepter la fragmentation hydraulique se fait répondre que la production passerait de un pour cent à quatre pour cent de la consommation française, ce qui n’est pas très significatif. Il vaudrait mieux développer les énergies renouvelables…

         La région se mobilise, mais c’est l’État que devra agir. Et peut-être revoir le code minier, qui date de 1810 et a simplement a été toiletté dans les années cinquante, et ne prévoyait pas la fragmentation hydraulique. L’arme qu’il a est simple mais dissuasive : refuser aux pétroliers de puiser dans les nappes souterraines.