Monsanto, entreprise citoyenne…

"Monsanto s’enorgueillit depuis longtemps de son engagement indéfectible par rapport à l’intégrité dans toutes ses activités commerciales. De notre vision de "une nourriture abondante et un environnement sain" jusqu’à nos efforts quotidiens pour fournir des solutions pour les producteurs agricoles du monde entier et notre Engagement Monsanto, la confiance et l’intégrité sont au coeur de notre identité d’entreprise", déclare fièrement Hugh Grant, directeur général de Monsanto sur le site de la société. Regardons cela de plus près.

 

 

Cette entreprise est reconnue socialement responsable par le Magazine Corporate Responsability Officer, qui a inclus Monsanto dans la liste des cent meilleures entreprises citoyennes pour 2008 (à la 88e place). Cette liste, dont l’univers de départ est l’indice Russell 1000 (les plus grandes capitalisations étatsuniennes), est établie à partir de renseignements publiquement accessibles concernant huit catégories: changements climatiques, relations avec les salariés, environnement, finance, gouvernance, droits de
l’homme, lobbying et philanthropie.

 

D’après sa filiale française, conjuguant "les métiers de la Protection des Plantes, de la Semence et des Biotechnologies", Monsanto propose des solutions "à la mesure d’un grand groupe international à l’écoute des spécificités locales, notamment des
attentes du consommateur et de la société civile
".

 

Un changement de spécialisation


Sur le site de Monsanto Etats-Unis, la première ligne de la page d’accueil est "Monsanto is an agricultural company" et toute la communication est "verte". "Avec le développement de produits qui nécessitent moins de main d’oeuvre et qui permettent de produire davantage avec moins d’intrants, Monsanto aide tant les petits que les grands producteurs agricoles à travers le monde à aller dans une voie plus durable (sustainable) et à atteindre une meilleure qualité de vie."

 

La référence à l’agriculture peut faire oublier qu’avant de devenir le leader des plantes transgéniques et des herbicides, Monsanto était une entreprise de la chimie. Produire des produits chimiques n’est certes pas une honte (et produire des OGM ne l’est peut-être pas en soi) mais les produits-phares de Monsanto étaient les PCB et l’agent orange. C'est-à-dire des polychlorobiphényles, utilisés pendant des décennies dans les transformateurs électriques et les condensateurs, qui furent, après que les scientifiques se soient aperçus qu’ils se dégradaient en produits hautement toxiques et particulièrement stables, interdits dans le monde entier malgré la guérilla juridique et médiatique menée par des compagnies dont Monsanto pour nier la dangerosité de la molécule; et d’autre part le défoliant utilisé par l’armée américaine au Vietnam, qui a causé et cause encore des malformations congénitales dans les populations exposées.

 

Attaquée par des Vietnamiens pour crime contre l’humanité devant les tribunaux étatsuniens, la firme a bénéficié d’un non-lieu; attaquée auparavant par d’anciens combattants de son propre pays qui avaient développé des cancers et autres maladies après avoir été exposés aux défoliants, elle leur avait versé quelques milliers de dollars chacun pour solde de tout compte.

 

Une société totalitaire

 

Aujourd’hui, cette multinationale étatsunienne est essentiellement le producteur de l’herbicide total RoundUp et de la quasi-totalité des semences OGM dans le monde, les deux types de produits étant, comme le soja, le colza et le maïs Roundup Ready, prévus pour être utilisés conjointement. Elle se présente comme une amie de la nature, allant même jusqu’à prétendre que le RoundUp était biodégradable jusqu’à sa condamnation pour publicité mensongère aux Etats-Unis et en France.

 

Si les autorités publiques des Etats-Unis et d’un certain nombre de pays d’Asie sont acquises à Monsanto, si bien des Etats d’Amérique Latine sont impuissants devant la puissance venue du nord, l’Europe est encore assez réfractaire aux OGM que la firme a inventés et qu’elle commercialise. L’Espagne produit des quantités non négligeables de maïs transgénique – pardon, "biotechnologique" dit la firme – mais la France, où les cultures étaient marginales, a pris en janvier 2008 la décision de les suspendre.

 

Monsanto "réfute" les "allégations" contenues dans l’Avis du Comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM car, "depuis 2005, les agriculteurs français ont pu apprécier les bénéfices économiques, agronomiques, qualitatifs et environnementaux de la culture des différentes variétés de MON 810", et ce projet est "dénué de tout fondement" et "totalement illégal en droit".

 

Le documentaire Le monde selon Monsanto présente la stratégie de la firme à travers le monde. Sous-titré De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, le film décortique les faits. A partir de documents d’archives éclairants et d’interviews - agriculteurs utilisant les produits Monsanto, riverains des usines, journalistes scientifiques, responsables de l’administration étatsunienne dont certains reconnaissent avoir cédé aux pressions de la firme – il donne une vision assez différente de l’entreprise que celle qu’elle présente elle-même.

 

Les affaires sont les affaires et rien d’autre ne compte, les précautions sont coûteuses, il ne s’agit pas de perdre un seul dollar de chiffre d’affaires, les ravages sur la santé publique seront rachetés par quelques chèques, le pouvoir politique est fait pour aider les affaires et pas pour suivre les recommandations précautionneuses de scientifiques méfiants. Produits toxiques, pollution pathogène à côté des usines de production, brevets ligotant les agriculteurs et en amenant bon nombre au suicide, contamination des champs voisins, contrebande de semences dans les pays interdisant les OGM jusqu’à ce que le gouvernement cède… La liste des méfaits de la firme est longue et le reportage de Marie-Monique Robin fait froid dans le dos.

 

Le pire est que Monsanto lutte contre l’emploi de plantes "naturelles" et qu’elle essaie d’empêcher les paysans de semer les produits de leur récolte OGM. Comme elle achète toutes les entreprises de semence qu’elle trouve à vendre, elle cherche à contrôler une des sources principales de nourriture dans le monde.

 

Une question

 

Firme qui se place dans une position souveraine, Monsanto représente pour le monde des ONG et du citoyen averti de ce début de siècle ce qu’était ITT pour ceux qui avaient vingt ans en 1968*. Comment peut-elle être placé 88ème meilleure entreprise sur mille grandes capitalisations étasuniennes?

 

A moins que les noteurs ne considèrent que la politique impériale de Monsanto est justifiée, la réponse tient dans une alternative cruelle: ou les méthodes de classement sont basées uniquement sur la communication des entreprises sans la moindre vérification, ou bien 912 firmes font encore pire. Dans tous les cas, ce n’est pas enthousiasmant. Cela pose en tout état de cause la question des critères de notation.

 

MNA

 

* Rappelons pour la jeune génération qu’International Telephone and Telegraph, qui avait le monopole des télécommunications dans certains pays et entendait le garder, soutint notamment en 1973 au Chili le renversement du gouvernement légal du président Allende par le général Pinochet, un mardi 11 septembre.

 

Le monde selon Monsanto, De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, documentaire de
Marie-Monique Robin, 2007, 1h48m, disponible en téléchargement et DVD en vente chez Nature et découvertes. Livre du même titre aux Editions La Découverte.

Le site de Monsanto groupe, la page "Corporate responsability" et le site de Monsanto France plus deux sites à la gloire du RoundUp, l’un pour les agriculteurs, l’autre pour les jardiniers, sur lequel la firme vous propose notamment de "démêler le vrai du faux concernant le désherbant le plus réputé du monde".
Le site de The Corporate Responsability Officer