Le laboratoire, le lanceur d'alerte et la cour d'appel

Du nouveau: l'audience s’est bien tenue le 17 novembre. L’avocat de Jacques Poirier a montré les liens existant entre une banale affaire de harcèlement au travail et le scandale de santé publique sous-jacent. Le jugement sera rendu le 28 janvier 2015.

Nous avons parlé brièvement dans la Missive 49 consacrée aux lanceurs d'alerte (http://gestion-attentive.fr/pdf/Missive49.pdf)de l'affaire qui oppose un ancien cadre dirigeant de l'industrie pharmaceutique, Jacques Poirier, et son ex-employeur, devenu Sanofi. La Cour d'appel de Versailles statuant en matière prud’homale tranchera l'affaire le 17 novembre 2014 (un pourvoi en cassation de Sanofi n'étant toutefois pas à exclure).

""Le lundi 17 novembre 2014 à 10 heures, se tiendra à la Cour d’Appel de Versailles, un procès prud'homal opposant le lanceur d'alerte Jacques Poirier à la société Sanofi. L'ancien cadre dirigeant avait été licencié en 2003 pour avoir alerté son employeur des risques sanitaires liés à la fabrication d'un médicament anticoagulant, l'énoxaparine ("Lovenox"), une héparine dont plus de la moitié des matières premières (des intestins de porcs) proviennent de Chine, un pays aux normes sanitaires douteuses. Ce sera le premier procès prud'homal portant sur un scandale sanitaire de cette importance depuis l'adoption par l'Assemblée Nationale des nouvelles lois destinées à protéger les lanceurs d'alerte.
Derrière ce procès peu banal - un lanceur d'alerte isolé défiant un géant de l'industrie pharmaceutique - se cachent des réalités troublantes, telles les collusions liant certains hauts responsables de l'Administration française à l’Industrie Pharmaceutique ou, encore, les "aménagements" réglementaires que l'Agence française de Sécurité du Médicament (ANSM) accordent à Sanofi pour s'approvisionner en boyaux de ruminants (des matières premières prohibées par toutes les réglementations internationales, car susceptibles de transmettre la maladie de Creutzfeldt-Jacob) pour fabriquer l'énoxaparine... Et tout ceci, alors que les victimes du Mediator sont toujours en procès avec les laboratoires Servier... Décidément, un procès peut en cacher un autre!
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On trouvera ci-dessous le texte de la lettre qu'il a envoyé à ses amis et à la presse, ainsi qu'en bas de page les liens donnant sur son témoignage, d'une part en 2011 devant la commission d'enquête du Sénat concernant les médicaments (video) et d'autre part en 2013 chez un blogueur cubain vivant en France (texte écrit). 

Chers Confrères,
Chers anciens collègues,
Chers amis,
Mesdames et Messieurs les journalistes,

C'est donc le lundi 17 novembre prochain à 10 heures, à la Cour d'appel de Versailles (5, rue Carnot) que se tiendra mon procès prud'homal en appel. En effet, prévu pour le 5 mai dernier, il a - un fois de plus ! - été repoussé de 6 mois, au motif que la magistrate chargée de l'affaire n'aurait pas reçu à temps une information communiquée 8 mois auparavant... Du coup, estimant que le différend qui m'oppose depuis bientôt 12 ans à mon ancien employeur (AVENTIS, aujourd'hui SANOFI) représente des enjeux qui dépassent ma simple personne, cette même magistrate a demandé que ce soit, non pas un, mais trois juges qui siègent à mon procès ("Juridiction collégiale").

Depuis des années mon ancien employeur essaie et, jusqu'à ce jour, a réussi à repousser l'échéance du procès... Il vient de tirer sa dernière cartouche : le 17 novembre, ce sera le premier procès prud'homal portant sur un scandale sanitaire de cette importance depuis l'adoption par l'Assemblée Nationale des nouvelles lois destinées à protéger les lanceurs d'alerte.

Depuis des années, beaucoup d'entre vous m'ont soutenu dans ce combat totalement déséquilibré entre un simple citoyen qui n'a fait que son devoir et une multinationale poussée par l'appât du gain... Qu'ils en soient chaudement remerciés !

En quoi a consisté mon combat contre bien plus fort que moi ?

- entre 1991 et 2003 (date de mon licenciement) : ce fut celui de refuser de couvrir des pratiques frauduleuses de fabrication de médicaments. Ces pratiques consistent à utiliser des matières premières prohibées (car susceptibles de transmettre la maladie de Creutzfeldt-Jacob) pour fabriquer des anticoagulants (héparines biologiques). Cela m'a valu un licenciement qui, non seulement a brisé ma carrière professionnelle, mais m'a empêché à jamais de retrouver un emploi stable ;

- depuis 2003 : c'est celui qui consiste à dénoncer les conflits d'intérêts et les complicités au sein-même de l'Agence française de Sécurité du Médicament (ANSM) qui, depuis 2009 et contre toutes les réglementations internationales, autorise le recours à des matières premières prohibées (des boyaux de ruminants) pour fabriquer son "blockbuster", l'anticoagulant LOVENOX. Comble du scandale : les matières premières douteuses proviennent en majorité de Chine !... Déjà 2 associations de consommateurs - et non des moindres ! - ont clairement dénoncé le scandale des héparines frelatées. Il s'agit de "Familles de France" (la deuxième plus importante association familiale française) et de l'association "UFC- Que Choisir ?" (la plus importante association européenne de consommateurs).

A votre niveau, comment pouvez-vous agir ? - Tout simplement, en faisant circuler l'information indiquant la tenue de mon procès le 17 novembre prochain, notamment auprès des journalistes qui pourront ainsi couvrir l'événement ou, au minimum, signaler la date du procès.

Sachez également que je serais heureux si vous pouviez vous rendre à Versailles pour me soutenir.

Un événement, aussi important soit-il, tombe dans l'indifférence générale s'il n'est pas précédé d'un buzz médiatique coordonné... Or, pour des raisons de sécurité, je ne peux disposer de l'appui des réseaux sociaux. Ainsi, s'il vous prend l'envie de consulter quelques moteurs de recherche, plusieurs articles me concernant, soit ont été supprimés, soit sont très difficiles d'accès. Ceux qui demeurent sont devenus pour la plupart obsolètes.

Pour cette raison, je me mets à votre disposition - que vous soyez journaliste ou non - pour, si vous le souhaitez, vous faire parvenir (sous forme pdf) tous les éléments de preuve des accusations que je porte, à savoir :

- le mémoire de mon procès établi par maître François HONNORAT (100 pages) ;

- mon journal de 1991 à 2003, écrit lorsque j'étais en poste chez RHONE-POULENC RORER / AVENTIS (120 pages) ;

- copie de mes nombreux courriers recommandés adressés au Ministère de la Santé ;

- l'ensemble des nombreux articles de journalistes traitant de cette affaire. En effet, alors que bon nombre de journalistes se sont vu contraints de renoncer au dernier moment à publier leur article, certains ont toutefois pu s'exprimer, soit dans la presse écrite (La Recherche, le Canard Enchaîné, Soixante Millions de Consommateurs, Libération, Golias, les Inrocks, Ca m'intéresse, l'Humanité, Que Choisir, Enquêtes de Santé, Liaisons Sociales,...) ou la télévision (FR 3, nov. 2012)... Aucun de ces journalistes courageux n'a d'ailleurs été inquiété par la Justice après divulgation de ces vérités.

Plus que quelques jours, donc, avant l'échéance ultime... Le 17 novembre, SANOFI devra, non seulement répondre des mauvais traitements que j'ai subis depuis 1991 et qui ont abouti à mon licenciement en 2003, mais il devra également - autant que cela est possible - réparer les conséquences que j'endure aujourd'hui encore. Il ne s'agit certes que d'une banale affaire de harcèlement dans le travail. Toutefois, ainsi que vous l'avez compris, le procès du 17 novembre à Versailles sera surtout l'occasion de mettre en pleine lumière un scandale de Santé Publique qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux.

Avec encore tous mes remerciements pour votre aide dans cette dernière ligne droite,

Très cordialement.

Jacques POIRIER


http://www.netsolutionusa.com/marcelo/TESTING/mirar.asp?TITULO=1528&ID=1528

http://videos.senat.fr/video/videos/2011/video9249.html