Quelques nouvelles de la RSE en Chine

L’Observatoire social international, avec Sciences-Po Chine, l’Institut international d’audit social et Lan Bao Yang Investment Management, a monté une plateforme RSE en Chine avec les filiales locales de GDF Suez et d’Orange. Marc Deluzet, le délégué général de l’OSI, trace à grand traits le contexte. 
 
Les nouveaux dirigeants chinois arrivés au pouvoir à la fin 2012 héritent d’une situation complexe et semblent décidés à infléchir le modèle de développement du pays. La croissance se réduit chaque année, mettant en danger le contrat passé entre les gouvernants et leur peuple : statu quo sur le plan des libertés démocratiques en échange d’une amélioration régulière des conditions de vie. Les pouvoirs publics vont devoir miser davantage sur la consommation interne pour assurer un minimum de croissance. Progressivement, le caractère quantitatif de la croissance laisse la place à une vision plus qualitative. De quoi donner du poids à ceux qui cherchent à élaborer une conception chinoise de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) distincte du modèle philanthropique américain, et qui se tournent pour cela vers la vision européenne davantage intégrée au modèle d’affaires et de performance de l’entreprise. Toutefois, la prise en compte des trois piliers du développement durable reste inégale.
 La protection de l’environnement et notamment la lutte contre la pollution sont aujourd’hui au centre des débats qui agitent les élites dirigeantes, entre ceux qui considèrent qu’il n’y a pas lieu de s’interroger sur les conséquences environnementales de la croissance économique et ceux qui comprennent que l’énormité des coûts engendrés par la pollution doit être réduite. Ces derniers cherchent à promouvoir un autre modèle de développement plus responsable.
  Dans ce contexte, la lutte contre la pollution apparaît comme une orientation de plus en plus incontournable. La ville de Pékin est en train de conclure avec plusieurs entreprises internationales des contrats considérables portant sur la production d’énergie et le développement des énergies renouvelables (pour réduire l’utilisation du charbon), ainsi que sur la gestion des déchets et les services à l’énergie. Cependant, si les besoins en énergie sont énormes, des gains potentiels gigantesques attendent des politiques incitatives en direction des entreprises et de la population pour mieux utiliser l’énergie et réduire les gaspillages. Ces politiques sont encore embryonnaires, mais elles devraient se développer.
Dans le domaine social, les choses semblent plus immobiles. L’organisation des entreprises chinoises reste très taylorienne et très hiérarchique. L’initiative des salariés est peu développée. Dans les pays de la région, au Cambodge notamment, la responsabilité sociale des entreprises chinoises n’existe pas. Elles profitent sans vergogne de la faiblesse de l’Etat de droit pour maximiser leur rentabilité.
Cependant, des évolutions se font jour. La montée en gamme du système productif, l’ouverture économique et l’implantation locale de grandes entreprises internationales étrangères dans un secteur privé qui s’étend, nécessitent de mettre en œuvre de nouvelles pratiques managériales. La gouvernance des entreprises et le management des salariés mobilisent donc fortement les responsables d’entreprise et les dirigeants politiques, surtout si le lien est fait avec la performance économique. Tel est le sens de la déclaration "pour une responsabilité sociale au service de la performance" rendue publique par la plateforme de l’OSI Chine en mai dernier.
  Le domaine des chaînes de sous-traitance est aussi en évolution. Des opérateurs d’un même secteur se coordonnent pour organiser des audits auprès de leurs fournisseurs communs, pour partager les coûts et les meilleures pratiques. La plateforme mise en place par Orange réunit une dizaine d’opérateurs des télécoms et réalise des audits dans les villes usines qui produisent ordinateurs, smartphones et tablettes.
 Enfin, il est un domaine dans lequel les Chinois ont totalement intégré la vision européenne de la RSE : celui des investissements financiers qu’ils réalisent à l’étranger, notamment en Europe. En effet, les excédents considérables que connaît la balance des paiements chinoise se traduisent par des investissements directs à l’étranger, à travers des entrées au capital, des prises de participation ou des rachats d’entreprises occidentales. Et le choix de ces investissements s’appuie sur les critères ESG (environnemental, social et de gouvernance) comme le ferait une entreprise américaine ou japonaise. Les Chinois considèrent que la responsabilité sociale d’une entreprise est plutôt favorable à la rentabilité à long terme des fonds qu’ils y investissent.
Marc Deluzet