Dans la bibliothèque: "Et surtout, n'en parlez à personne..."

Dans la bibliothèqueLes auteurs, journalistes économiques au Point, racontent le roman de l’escroquerie Madoff, révélée le 12 décembre 2008, le plus bel exemple qui soit de "pyramide de Ponzi".

 

Un gestionnaire de fonds qui fait son travail correctement place les sommes qui lui ont été remises en valeurs mobilières ou immobilières et rémunère ses clients avec le rendement des placements (dividendes des actions, intérêts des obligations, loyers des immeubles) et les plus-values constatées (quand il achète et vend de façon habile). Dans le cas d’une "pyramide de Ponzi" (du nom d’un escroc qui utilisa la technique à New York en 1920), la rémunération de l’épargne est donnée avec l’argent des déposants suivants. Tant que le flux ne se tarit pas et que peu de gens demandent à retirer leurs fonds, cela fonctionne. Les intérêts versés peuvent être exorbitants. Plus ils sont élevés, plus ils attirent le gogo mais plus vite s’écroulera la pyramide, à la moindre demande de retrait de fonds.

 Le système de Bernard Madoff a duré des décennies, son coup de génie est d’avoir affiché des résultats "de bon père de famille", relativement modestes mais d’une grande régularité, et d’avoir principalement commercialisé par le bouche à oreille, pendant très longtemps dans la communauté juive américaine, y compris les fondations charitables qui avaient toute confiance en lui.

 Puis les produits se sont répandus en Europe, noyés dans la masse des produits commercialisés par la finance américaine, de grandes banques françaises ont investi chez Madoff et certains de leurs clients se sont trouvés piégés alors qu’ils ignoraient jusqu’au nom de l’escroc et avaient acheté des parts de SICAV logée au Luxembourg.

 En conclusion, les auteurs citent Jean-François Hénin, un financier dont la vie professionnelle est un roman, et pour qui l’affaire Madoff n’est pas un simple fait divers mais l’illustration des maux du système financier mondial: "Ne cherchez pas comment Madoff a réussi à berner tout le monde. Il s’est contenté de laisser venir à lui des gens qui cherchaient le nombre d’or et la martingale imparable et qui avaient oublié que sur le marché, il n’y a jamais de déjeuner gratuit. Que tout se paye, toujours. Si personne ne fait le ménage, cela continuera. De plus belle."

 Et les riches pays occidentaux ne sont pas les seuls à connaître ce type d’incident. En septembre 2009, la faillite de l’homme d’affaires chiite libanais Salah Ezzedine, très pieux et proche du Hezbollah, a réduit à néant le patrimoine de nombreux Libanais et de résidents dans les pays du Golfe qui avaient cru que des intérêts de 50% par an étaient possibles.

 MNA

 "Et surtout, n’en parlez à personne…", de Romain Gubert et Emmanuel Saint-Martin, Albin Michel, mai 2009, 340p.