Pour la CGT, participer à la gestion sans s’associer au capital

Comme le rappelle Pierre-Yves Chanu, conseiller fédéral à la CGT, au début du XXe siècle un débat opposa Aristide Briand qui défendait l’association capital travail et Pierre Monatte et d’autres, qui prônaient l’idée d’un syndicalisme révolutionnaire. Après la deuxième guerre mondiale, au cours de trois moments importants, la CGT a adopté une attitude très offensive vis-à-vis de la gestion, ces courtes périodes ont été à chaque fois suivies d’un retour de bâton extrêmement violent.

 

        En premier lieu, la CGT, comme la CFTC, était membre du Conseil national de la Résistance, dont le programme fut adopté à l’unanimité. Un décret et des ordonnances furent pris en 1945 sur les comités d’entreprise ; Henri Jourdain, résistant, déporté, communiste, dirigeant fédéral de la Métallurgie CGT, affirma lors du congrès confédéral de 1946 que l’intervention des CE ne devait pas se limiter aux œuvres sociales. Un premier retour de manivelle eu lieu en 1948.         Le quarantième congrès de la CGT eu lieu en 1979 à Grenoble. Dans la période d’épuisement de la dynamique de l’après 68, le débat sur l’autogestion après Lip, la crise et la défaite de la gauche en 1978 et la crise de la sidérurgie. Philippe Zarifian a écrit un mémorandum de la fédération de la Métallurgie et en a débattu avec le ministre de l’industrie ; il fut écarté brutalement ainsi que les dirigeants de la CGT portant ses positions, tels Jean-Louis Moynot et René Buhl.         A son congrès de 1982, la CGT accorda une très grande importance aux lois Auroux sur les conseils d’ateliers, le comité d’entreprise, la loi de démocratisation du secteur public. Mais cette fois il n’y aura pas de retour de manivelle et la question de l’intervention dans la gestion et celle des nouveaux critères de gestion restera posée pendant les années quatre-vingt. La CGT, avec le soutien du PCF, cherchera à construire des nouveaux ratios « alternatifs ». Depuis le congrès de Strasbourg (janvier 1999), l’intervention dans la gestion est un axe revendicatif à part entière. La participation au conseil d’administration n’est pas la seule voie préconisée, elle est considérée comme un outil de mobilisation mais pas comme le seul. Par exemple, lors du changement de statut de La Poste, la CGT a produit un mémorandum parlant des différents métiers de cette entreprise et de leur évolution ; cela conduit à une certaine vision de l’entreprise et de sa gouvernance. La CGT n’est pas favorable à la théorie des parties prenantes car elle considère que celle-ci réduit l’entreprise à être un noeud de contrats.

         La confédération de Montreuil revendique que dans toutes des grandes entreprises, les administrateurs salariés représentent le tiers des postes du conseil d’administration. Elle a rédigé une « charte des administrateurs salariés », qui définit ceux-ci comme indépendants et administrateurs à part entière.
       La CGT « aime bien » l’économie sociale, il y eu à cet égard des mouvements de flux et de reflux dans l’histoire de la confédération. Elle souhaite, en cas de restructuration ou de transmission d’entreprise, étudier les solutions de reprise par les salariés. Mais elle demeure hostile à l’idée d’association du capital et du travail. « Cela, c’est l’approche confédérale », précise Pierre-Yves Chanu, « entre celle-ci et la pratique sur le terrain, il existe des différences importantes. »

MNA