Théorie économique et management responsable

Bien des économistes considèrent que la RSE n’est pas un objet scientifique. Christian Le Bas, directeur du Groupe de recherche en économie et management des organisations (ESDES, Université catholique de Lyon) salue les discours hétérodoxes des économistes qui ont théorisé que l’homo oeconomicus n’était pas une machine à optimiser faisant toujours preuve d’opportunisme.

 

La théorie économique standard –néo-classique et walrasienne- ne connaît pas des êtres de chair et de sang mais uniquement des agents rationnels, ni des entreprises collectivités humaines mais des firmes maximisant leur profit, ni même les managers mais des robots maximisateurs. Comme le définit Gustave Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues, l’économie politique est une science sans entrailles. La théorie économique connaît cependant parfois un entrepreneur, celui qui va combiner les inputs, voire l’innovateur, cher à Schumpeter et à l’école autrichienne, qui va mettre en place une nouvelle organisation. Chandler et Galbraith vont ensuite inventer le management: la "main visible" du manager va alors plutôt chercher à maximiser la croissance plutôt que le profit, ce qui conduira le dit manager à un conflit potentiel avec les actionnaires. Par la suite, la théorie des coûts de transaction considère que la firme se construit en évitant de faire appel au marché afin d’économiser les dits coûts de transaction. La théorie économique aujourd’hui considère l’entreprise comme un nœud de contrats. La théorie des coûts de transaction et celle du nœud de contrats ne sont pas réellement des théories du management: elles se rapportent à un manager qui est plus souvent chez son avocat que dans son entreprise.

 

Mais il existe des discours hétérodoxes. Pour Herbert Simon, par ailleurs un des pères de l’intelligence artificielle, les agents ne cherchent pas systématiquement à maximiser leur profit mais font aussi preuve de loyauté envers l’organisation à laquelle ils appartiennent. Simon considère que les entreprises dont les personnels sont loyaux se révèlent à moyen terme plus efficaces que les autres. Revenant à Adam Smith et à sa "théorie des sentiments moraux", Amartya Sen introduit la dimension éthique en économie. On peut donc se fonder sur ces deux auteurs pour construire une théorie économique de la RSE.

 

Et les travaux d’Albert Hirschman, politologue et sociologue plus qu’économiste, sur les deux formes de mécontentement que sont la défection (le départ) et la prise de parole permettent de fonder une théorie du management responsable.

 

Aujourd’hui, nous rentrons dans une économie où la connaissance est le moteur de l’innovation et donc de la croissance. Or on ne peut faire de la transaction sur la connaissance comme on en fait sur la viande ou le blé. Parallèlement, a lieu une mutation de l’organisation industrielle, caractérisée par le développement des systèmes modulaires (ordinateurs achetés en kit par exemple). Dans l’après-fordisme, le management responsable impose une remise en question de certaines méthodes d’organisation du travail. On assiste aujourd’hui à une montée de l’accountability, la société demande à l’entreprise de rendre des comptes, elle exige d’elle une certain traçabilité.

 

Le management responsable est une réponse institutionnelle qui s’adapte bien au capitalisme actuel. Et le véritable enjeu du management responsable réside en la création de nouvelles institutions qui prépareraient un développement durable.

 

MNA