La réunion d’experts de Marcq en Baroeul

A l’initiative du département Partenariats et services locaux de la Caisse des dépôts, la Cité des échanges de Marcq-en-Baroeul, près de Lille, accueillait le 23 juin un Séminaire national d’experts sur le thème de la responsabilité sociale des TPE-PME.

 

Les PME qui s’engagent sur le terrain de la RSE le font de façon volontaire et le rôle joué par le dirigeant est essentiel, rappelait Hugues Sibille, directeur du partenariat et des services locaux à la Caisse des dépôts. Des outils de diagnostic et d’autodiagnostic existent – ceux de CSR Europ, du CJDES, du CJD, SD 21000 -, diversifiés et à géométrie variable, il ne faut pas chercher trop vite à arriver à un seul modèle. D’autre part, les banques et les capital-risqueurs se mettrent à prendre en compte la RSE dans leur analyse du risque, les Caisses d’Epargne expérimentent. Le tissu entrepreneurial régional ne peut que s’améliorer avec la progression des PME dans la responsabilité sociale.

 

La PME s’insère difficilement dans le cadre de l’investissement socialement responsable qui est un levier pour l’introduction de la RSE, explique Blaise Desbordes, responsable des études à Novethic. Il existe une quinzaine d’outils destinés -spécifiquement ou non- aux PME, ce différentes catégories: questionnaire, démarche pédagogique avec aspect interactif, mise en commun avec accompagnement, démarche normative, démarche d’évaluation avec un tiers.

 

Des chefs d’entreprise apportent leur témoignage: CVP ne met pas un emballage sur le marché tant qu’il ne sait pas en assurer la récupération et refuse d’utiliser du polyéthylène fluoré, chaque membre du personnel bénéficie d’un parcours de formation individualisé, les trois cadres participent aux décisions ; Aquassys préfère être précautionneux dans ses forages d’eau pour ne pas détruire l’environnement dans lequel nous vivons ; lors d’une crise, la SCOP Imprimerie Artésienne a autrefois préféré une baisse temporaire des salaires à des licenciements, aujourd’hui le Bilan sociétal lui a servi pour le plan stratégique. Au représentant de la CFDT qui regrette la moins bonne prise en compte du pilier social que du pilier environnemental, il est répondu que les syndicats sont peu attractifs et que le dialogue social existe de manière informelle dans les PME. Les fédérations syndicales peuvent être un lieu de rencontre entre l’équipe syndicale d’un sous-traitant et ses homologues des grands donneurs d’ordre.

 

Pourquoi s’engager dans la RSE?

 

L’origine de l’engagement dans la RSE peut être des actions de collaborateurs sur le terrain, comme chez Decathlon, qui a ensuite explicité cette démarche et mis en place charte et procédures. Les propriétaires de Monnalisa sont attachés au respect de certaines valeurs, qui sont communiquées aux salariés et aux sous-traitants mais pas aux clients qui ne sont pas mûrs pour comprendre la démarche. Avec la délocalisation de la production, il est difficile de remonter toute la chaîne de sous-traitance, constatent aussi bien le distributeur d’articles de sport que l’importateur d’objets promotionnels, et imposer des normes est une source de coût supplémentaire. Et quelle capacité avons-nous à imposer nos propres normes à une culture différente de la notre? Il peut aussi être mal vécu de participer indirectement à récompenser des visiteurs médicaux qui n’œuvrent pas dans l’intérêt général. Et on peut voir des grandes entreprises exclure des PME très responsables qui ne savent pas le prouver. L’entreprise est sélectionnée pour sa solidité financière ou sa qualité de produit, jamais pour sa responsabilité sociale, tempère l’Artésienne. Au contraire de ce qui se passe en l’Allemagne, le produit recyclé n’est pas en France un argument marketing.

 

Les marchés publics peuvent-ils inciter les entreprises à la RSE? En Toscane, le gouvernement local prend en compte des critères RSE dans ses achats, ce qui conduit 80% des entreprises à être certifiées SA 8000. Mais le code français des marchés publics ne permet guère d’échapper au moins-disant. Les acheteurs de la mairie de Lille reçoivent une formation à l’achat responsable, la région Nord Pas-de-Calais a la volonté de construire en Haute qualité environnementale mais encore faut-il que tous les acteurs soient sensibles au problème… alors même que les matériaux doivent parcourir 800 kilomètres en camion!  Peu d’avancées sont à attendre de l’Europe, le forum plurilatéral n’ayant pu parvenir à un accord sur ce point.

 

Il n’y a pas d‘avis commun pour dire si le ratio McDonough joue pour ou contre la RSE mais la banque peut tenir compte du fait que les entreprises socialement responsables présentent un moindre risque opérationnel. Des banques coopératives accepteraient de baisser les taux en leur faveur.

 

Beaucoup sont entrés dans la RSE par le biais des rapports Nord-Sud mais il ne faut pas pour autant confondre éthique et protectionnisme.


Les outils de l’engagement RSE sont divers.

 

Le guide SD 21000 permet aux entreprises d’identifier leurs parties intéressées et de dresser un état des lieux, il reste à prendre en compte la vision stratégique de l’entreprise, à valoriser une organisation interne, à mobiliser du temps du dirigeant et à sensibiliser les parties intéressées aux valeurs du développement durable. Devarem, une plate-forme de recyclage des inertes de BTP, a été certifiée ISO 14000, ce qui lui est utile pour mesurer les performances internes mais elle n’a pas encore travaillé sur les parties sociales et sociétales de SD 21000.

 

L’association Alliances créée dans la région Nord Pas-de-Calais promeut SME Key à la demande de CSR Europ. Elle réalise la phase de diagnostic de l’entreprise mais c’est un prestataire interne ou externe qui produit le rapport sociétal. Une entreprise de la région a déjà franchi les deux stades et se sert du rapport sociétal comme facteur de valorisation. En Rhône-Alpes, un partenariat pour développer le guide SME Key regroupe CSR Europ, Alliances, l’IMS, la Caisse des Dépôts, la CGPME et le Medef ainsi que des banques qui proposent SME Kay à leurs clients et une grande entreprise qui le propose à ses fournisseurs. Les dirigeants manquant de temps, le programme propose de les sensibiliser en 2004/2005, puis de les accompagner l’année d’après avant de poursuivre l’action.

 

Le système Performance globale du CJD est présenté comme un outil militant accompagné d’une charte, les deux ayant été élaborés par des dirigeants de PME à usage de leurs pairs. Il questionne sur les principes de gouvernance, les valeurs, la stratégie, la concertation et le dialogue, la performance économique, les parties prenantes; il identifie les enjeux importants et les points à améliorer; il prévoit l’établissement d’un plan d’amélioration. Une commission miroir permet aux chefs d’entreprise de se confronter à leurs pairs. L’année 2004/2004 devrait voir un travail sur trois axes : implication des parties prenantes, plan d’amélioration, travail au niveau des territoires.

 

Le Bilan sociétal du CJDES se veut un outil d’évaluation globale. Il est basé sur un questionnaire testé en France sur une soixantaine d’entreprises avec l’aide d’un tiers extérieur et intègre une démarche d’évaluation croisée impliquant les diverses parties prenantes. C’est un outil évolutif utilisé par deux grandes entreprises et une dizaine de PME qui ne porte pas de jugement et ne va pas vers la notation. Le Bilan sociétal de l’Imprimerie Artésienne a été financé par la DRIRE, des batteries de questions ont été posées à des clients et fournisseurs, à des salariés, aux services administratifs et financiers, au comité stratégique.

 

Ethicom distribue des trophées qui sont basés sur des notes et des coefficients, à partir d’un questionnaire d’autoévaluation de quatre-vingt questions et a mis au point un questionnaire plus court pour les entreprises de moins de dix salariés, expérimenté en PACA.

 

Une étude réalisée par Business in the community montre que les entreprises au Royaume-Uni s’intéressent d’abord à la formation des salariés, puis à leur santé et leur bien-être. Les PME, sans théoriser la RSE, sont impliquées dans des initiatives locales, reconnues par Community mark, un standard dont la vérification, payée par le ministère de l’intérieur, est effectuée par Arthur D. Little.

 

Comment s’engager dans la RSE? La question de l’audit est un point crucial, affirme Michel Capron, professeur des universités. Il en est de trois sortes: l’audit façon "loi NRE" qui peut faire l’objet d’une démarche volontaire des PME; les audits de certification qui sont des dispositifs de prévention et de reconnaissance, des audits de conformité; les analyses ou diagnostics. D’autre part il existe deux types de référentiels, les référentiels substantiels et les audits procéduraux. Normalisateurs et accréditeurs doivent être strictement séparés. Quant à savoir si la méthodologie de l’audit comptable peut ou non être transposée en RSE, la réponse dépendra du rapport de forces entre les trois corps de métier en débat : les comptables, les ingénieurs qualité, les spécialistes de l’audit social et de la GRH.

 

Les recommandations du Forum européen multipartiesprenantes suivront trois axes: d’abord sensibiliser à la RSE en simplifiant et adaptant le langage, d’autre part produire des recherches et des statistiques sur les arguments économiques qui poussent les PME à faire de la RSE (business case), enfin mener des campagnes de diffusion et d’échange de bonnes pratiques. Une grande opération aura lieu de septembre 2004 à juin 2005, avec soixante opérations dans trente pays, pour renforcer la capacité des PME par le biais des réseaux de pairs. Le message de la RSE devrait être intégré dans l’aide générale apportée aux PME et non traitée à part.

 

Le développement durable, la RSE et la performance globale figurent dans les priorités de la DRIRE Nord Pas-de-Calais, sous les quatre dimensions économique, sociale, sociétale et environnementale. La DRIRE apporte des aides individuelles ou collectives, avec une préférence pour ces dernières qui font tomber les barrières entre entreprises. Le message aux PME est clair: la RSE et le D2 sont une priorité, utilisez les moyens à votre disposition. L ‘ADEME Nord Pas-de-Calais développe la partie environnementale du D2 mais n’a pas le temps de s’intéresser aux autres piliers.

 

Le Conseil régional Nord Pas-de-Calais s’est doté d’outils financiers pour faire du développement durable. Il dispose d’un site conseil, celui de l’agenda 21 régional et a mené diverses actions collectives avec Alliances. Il s’agit d’accompagner les entreprises sur l’immatériel –la veille, l’échange, la coopération- et d’encourager les partenariats.

 

Le patron banal est rempli de crainte devant le développement durable, synthétise Marc Honoré, PDG de Coramy, mais cette démarche se révèle rentable en améliorant le management et des aides financières existent. La démarche de D2 va à moyen et long termes assainir la concurrence, même s’il ne faut pas l’appuyer sur du protectionnisme. Le patron de PME, aujourd’hui réactif, doit devenir pro-actif, avec la volonté de créée le mouvement. Le consommateur est le véritable enjeu car c’est lui qui fait le marché, il faut encourager les marques éthiques. Mais le salarié commet souvent un contre-sens dramatique en croyant que développement durable signifie emploi durable; il faut mettre l’accent sur l’employabilité. La diversité des outils est à la fois bonne et mauvaise, un référentiel commun existe, il conviendrait de bâtir une architecture commune avec des parties spécifiques. Le travail de fourmi qu’est la diffusion de la RSE dans les PME se fera à travers les réseaux de proximité. 

 

En conclusion, Hugues Sibille appelle à des "entretiens de Bichat" de la RSE des PME, avec des rencontres régulières, dont la prochaine pourrait se tenir en 2005 à Lyon. La Caisse, opérateur du développement local, y participera.

 

MNA