Édito: Les PME boudent-elles la RSE?

Une enquête que nous avons conduite avec Françoise Quairel en mai-juin 2004 et que nous avons présentée au colloque de Lyon tentait de répondre à cette question. Quelques jours plus tard, le colloque de Marcq-en-Baroeul sur "Responsabilité sociale des TPE-PME" exposait des analyses assez proches.

 

 

Les grandes entreprises cotées en Bourse s’intéressent, bon gré mal gré, à leur responsabilité sociétale, sous la pression des investisseurs socialement responsables et des agences de notation; les médias donnent une visibilité à leur action, elles jouent la communication face au risque de réputation. Les PME, nombreuses et fondamentales dans le tissu économique européen, sont restées jusqu’à présent largement à l’écart de ce mouvement de RSE.

 

A lire certaines enquête on pourrait cependant croire le contraire. L’Observatoire des PME européennes, dans une enquête de 2002, trouvait 49% des entreprises de l’échantillon engagées dans des "actions socialement responsables externes". En 2003, dans une enquête sur "les PME franciliennes et le Développement durable" près de 70% des dirigeants déclaraient "faire du développement durable sans le savoir". Mais à l’examen des "bonnes pratiques", on voit qu’il s’agit d’actions philanthropiques en direction de la communauté locale, sans lien avec la stratégie, ou dans le meilleur des cas du premier degré d’une saine gestion. En cela les PME ne font pas autrement que les grandes entreprises toujours prêtes à baptiser "socialement responsable" le B.A.BA de la gestion des RH ou de la chasse au gaspi. Nous faisons du développement durable sans le savoir, dit-on volontiers mais ce "syndrome de Monsieur Jourdain" correspond à une vision superficielle du D2 et de la RSE dans laquelle munir les manutentionnaires d’outils adéquats, payer les maillots du club de football local ou diminuer ses consommations d’énergie suffit à se faire décerner un brevet d’entrepreneur responsable.

 

Pourtant des entreprises françaises ne respectent même pas les fondamentales de l’OIT. Celles-ci ne concernent pas seulement le travail des enfants ou celui des prisonniers mais incluent la liberté d’association et la négociation collective ainsi que la non discrimination entre les personnes alors que de nombreuses PME françaises n’ont pas la représentation du personnel prévue par la loi et que les discriminations envers les femmes et les jeunes issus de l’immigration sont avérées. Certes, il existe des entrepreneurs militants qui placent l’humain au cœur de l’entreprise mais ils se comptent en centaines parmi les quelques cent mille entreprises de dix à cinq cents salariés.

 

Les principes de la RSE vont-ils se répandre dans les PME par l’exemple des grandes entreprises? Certes, le décret d’application de l’article 116 de la loi NRE demande aux sociétés cotées de rendre compte de la façon dont elles promeuvent le respect des conventions fondamentales de l’OIT auprès de leurs sous-traitants. La grande entreprise cherche alors à protéger sa bonne réputation en établissant des codes de conduite qu’elle impose aux fournisseurs et sous-traitants. Mais la pression « éthique » de la grande entreprise qui se dit responsable sur la petite qu’elle somme de l’être ne fait que s’ajouter à la pression sur les prix et sur la qualité. Le donneur d’ordre demande à la fois des investissements responsables et des prix en baisse, c’est  une injonction paradoxale. Seul un partenariat qui inclurait des prix et des coûts globaux sur l’ensemble de la chaîne de valeur permettrait aux PME d’intégrer la pratique de RSE.

 

La PME ne reçoit pas non plus d’impulsion de ses pairs en matière de RSE. Courtermiste et ancrée dans son territoire, elle ne s’approprie pas les outils existants, non faute de moyens financiers mais faute de ressources en temps et surtout par manque d’appétence.

 

La prise en compte d’une RSE intégrée dans le management des PME ne sera sans doute crédible qu’en venant de réseaux dans lesquels ces entreprises seraient intégrées. Les chambres syndicales professionnelles et les chambres de commerce ne peuvent actuellement remplir pleinement ce rôle. L’importance de la proximité dans le management de la petite entreprise laisse à penser que les « réseaux régionaux » peuvent jouer un rôle important. La RSE ne pourra s’épanouir dans les PME que sur le terreau des territoires.

 

Marie-Noëlle Auberger