L'université d'automne du CFIE

La rencontre organisée le 20 septembre 2004 à Paris par le Centre Français d'Information sur les Entreprises sur "le rôle des parties prenantes dans la promotion de la RSE" a rassemblé beaucoup d'acteurs du secteur et a donné lieu à de multiples échanges. On trouvera ci-dessous l'essentiel de la table ronde et la présentation du groupe CFIE.

 

Le thème de la RSE a émergé en France depuis cinq ans et une multitude d'initiatives ont vu le jour, tant dans le domaine de l'observation, comme le CFIE, que de la notation, fait observer Michel Capron, professeur des universités. Mais aujourd'hui vient l'heure du scepticisme et du découragement devant l'irresponsabilité sociale. Le texte final du Forum plurilatéral européen sur la RSE est particulièrement décevant, déconnecté des grands enjeux sociaux et environnementaux de la planète, l'UNICE ayant totalement bloqué les propositions des organisations syndicales et des ONG. Il ne reste plus qu'à espérer une initiative de la Commission sur le reporting social et environnemental. Cela nous amène, poursuit l'universitaire, à nous poser une question: la société civile n'a -t-elle pas trop laissé le champ libre aux entreprises? N'est-il pas temps de reprendre l'initiative pour contraindre les entreprises à mettre en œuvre leurs déclarations, pour que la RSE ne soit plus seulement cosmétique?

 

La demande professionnelle sur la RSE est relativement récente, expose Martine Léonard du Crédit mutuel. On en est en matière de RSE là où on en était il y a trente ans en matière d'analyse financière, sans pouvoir procéder à des comparaisons sur la durée. Les entreprises ont "survendu" ce qu'elles faisaient en matière de RSE: elles annoncent avoir fait ce qu'en réalité elles testent. En tant que financier, poursuit-elle, il nous appartient de demander aux entreprises quels choix elles ont fait et à partir de quels arguments. A partir de cela, nous nous forgeons un diagnostic et nous aidons l'entreprise à comprendre ce que nous accepterons ou non en tant qu'investisseur. Nous vérifions auprès des entreprises que leur démarche RSE n'est pas simplement de la communication mais bien de la stratégie.

 

Jean-François Dupont de la CFDT Ile-de-France suit les affaires d'épargne salariale depuis le rapport Balligand. Pour lui, des contradictions s'aiguisent, des goulots d'étranglement se créent mais il porte cependant, un jugement d'ensemble plutôt positif. Les organisations syndicales ont cherché à reprendre pied dans le domaine de l'épargne salariale, la connexion entre l'épargne salariale et l'ISR a donné naissance au Comité Intersyndical de l'Epargne Salariale, auprès duquel la quasi totalité des sociétés de gestion ont déposé des demandes de labellisation. Les sociétés de gestion et les organisations syndicales ont dialogué. Et la CFDT a été à la base de la création de Vigeo. L'augmentation du nombre de salariés qui bénéficient d'une épargne salariale est due à la loi Fabius et au CIES mais l'existence même du label peut inciter les salariés à ne pas aller au-delà. Le risque présenté par le CIES et Vigeo est que le mouvement syndical externalise la réflexion sur l'ISR. Le mouvement syndical a besoin de se réapproprier la réflexion sur l'ISR, la RSE et la gouvernance et de clarifier l'articulation de son action avec les ONG.

 

Les ONG sont aussi légitimes que les entreprises à parler de citoyenneté, affirme Patrick Teil, président des Amis de la Terre France. Pour lui, la RSE est un concept global qui comprend le social, le sociétal et l'environnemental. Les Amis de la Terre oeuvrent sur ce dernier terrain, d'abord en direction des institutions, françaises, européennes et internationales. Ils mènent aussi des actions judiciaires, par exemple en matière d'exploitation de la forêt en Afrique australe ou de la pollution au plomb dans l'est de la France. L'association s'adresse aussi à l'opinion publique. Ayant participé au rapport développement durable d'EDF, sollicitée par un autre électricien à propos de "l'électricité verte", elle se demande si le partenariat avec les entreprises est positif ou contre-productif.

 

ONG, syndicats et démocratie

 

Dans le débat, Jacques-Noël Leclerc d'Amnesty International fait remarquer que l'année 2004 voit une évolution des rôles des uns et des autres, avec la possible création d'un partenariat sur les droits humains et syndicaux entre organisations syndicales et ONG. Les syndicats ont des alliances nouvelles à créer, avec les ONG et d'autres forces, estime Jean-François Dupont. Les syndicats envisagent-ils d'associer les ONG au CIES? demande Maurice Ronai, chercheur en sciences sociales. Et pourrait-on imaginer que l'ensemble des fonds se concertent pour réagir face à une entreprise au comportement inadmissible? Les indicateurs sont parfois difficiles à apprécier, affirme Michel Lamy de la CFE-CGC et du CIES: un constructeur qui fabrique des véhicules peu polluants dans des usines très polluantes est-il plus ou moins responsable que son confrère qui fait l'inverse?

 

Certains universitaires membres d'ATTAC considèrent qu'il est pervers d'essayer de civiliser la finance, rappelle Eric Loiselet, consultant. Au Royaume Uni, la caisse de retraite par capitalisation des professeurs d'université s'est préoccupée du coût économique et environnemental des futures retraites et les principes d'investissement ont fait l'objet d'une déclaration de principes. Le grand absent de l'IRS à la française est la démocratie, poursuit-il, comment organiser une politique de placement de l'épargne des citoyens, y compris dans le fonds de réserve des retraites? L'entreprise est un corps monarchique, note Jean-François Dupont, et la question de la démocratie économique est posée. Mais celle-ci doit-elle passer par les outils de l'épargne salariale responsable? La démocratie sociale suppose la démocratie politique, souligne Patrick Teil, dont le mouvement cherche d'abord à faire évoluer la loi, même s'il reconnaît que l'évolution des comportements dans l'entreprise a son importance. 

 

Responsable socialement, donc efficace?

 

Les tenants de la RSE s'appuient parfois sur des postulats non démontrés, précise Michel Capron, rien ne prouve qu'une entreprise socialement responsable soit plus efficace qu'une autre. Mais Martine Léonard affirme aux entreprises que la participation du personnel, le dialogue et le bien-être ont un impact positif sur la compétitivité, car on ne peut faire la promotion de la RSE sans cela. Faute de chiffres, on a pas de preuves mais on a une présomption de meilleure compétitivité, affirme-t-elle : les salariés viendront plus facilement et seront moins soucieux, l'entreprise aura de meilleurs ambassadeurs puisque les commerciaux auront de meilleurs arguments, toutes choses qui se retrouvent dans les parts de marché et l'évolution des coûts. Mais pour Patrick Teil, la difficulté de démontrer si la RSE apporte de la compétitivité est un faux problème car il convient de se placer sur le seul terrain des externalités.

 

La mission du CFIE est de participer à l'évolution des méthodes de management dans les entreprises en vivifiant les échanges entre l'entreprise et son milieu, expose Martial Cozette, son directeur général, et ses métiers sont de fabriquer des outils et de former des acteurs. Le groupe CFIE comporte deux structures complémentaires: une association orientée vers la recherche et la sensibilisation, une société dédiée à la production d'outils opérationnels. CFIE Association fait de la veille, de la formation et réalise des études thématiques, CFIE Conseil procède à des analyses d'entreprise, accompagne les entreprises dans la conduite du dialogue, élabore et met en œuvre une démarche de progrès en utilisant le Bilan Sociétal. CFIE Conseil est filiale à 50% de l'association les autres actionnaires étant Axylia, société de conseil en gestion de fonds éthiques, à hauteur de 17,5% et quatre personnes physiques. Avec six salariés, dont quatre analystes, aidés par divers stagiaires, le groupe ne parvient pas encore à des résultats équilibrés. En 2004/2005, la CFIE se recentre sur des axes de développement plus ciblés: identifier des problématiques, les approfondir et associer les compétences et les acteurs.

 

Il a mis récemment en place une nouvelle mouture de son site internet.

 

MNA