Le CFIE, les rapports "loi NRE" et les indicateurs

"Loi NRE, année II, les entreprises sont-elles plus transparentes?", fin octobre, le Centre Français d'Information sur les Entreprises (CFIE) présentait son rapport. D'emblée, son directeur Martial Cozette précisait que l'analyse avait porté sur le niveau de transparence des informations données par les entreprises et que le CFIE n'en avait pas vérifié la correspondance avec la réalité. Dix-huit rubriques concernant trois volets (le social, le sociétal et l'environnemental) ont été examinées sous les deux critères de l'exhaustivité et de la précision. Le CFIE considère que, sous cet angle, 56% des rapports sont satisfaisants, versus 43% en 2003.

 

Dans le débat qui suivait, Marc Deluzet, secrétaire confédéral CFDT, affirmait que la RSE s'impose aux grandes entreprises, du fait du risque environnemental et du risque d'image. Soulevant une question importante -comment vérifier que les indicateurs correspondent bien à un progrès des entreprises?- il appelle à un contrôle des engagements directoriaux par les représentants des salariés. Comment fabrique t-on un indicateur? se demande Jacques Khéliff, directeur du développement durable de Rhodia. Pour sa part, l'entreprise chimique est partie de son métier, qui est un métier à risque. Les indicateurs qui existaient avant la loi NRE, tels que rejets et incidents, sont améliorés, même s'il est plus facile de construire un indicateur par chiffre d'affaires que par tonne produite. Il faut des indicateurs qui permettent un reporting dans l'entreprise qui soit suivi dans le temps. La consolidation des données doit avoir un sens, alors même que l'absentéisme ou la formation ne recouvrent pas la même chose d'un pays à l'autre. Il est nécessaire que les indicateurs soient partagés par le management, par les syndicats de l'entreprise, par les observateurs extérieurs. Rhodia a fait le choix de discuter des indicateurs avec les organisations syndicales, non pas tellement à la demande de celles-ci mais à celle du management, et travaille avec l'ICEM, la fédération internationale des travailleurs de la chimie. Rhodia, dont le rapport de développement durable est audité par Price Waterhouse Cooper, est favorable au développement de la notation extra financière. Pour Jacques Kheliff, il faudra aller vers la convergence des indicateurs au niveau sectoriel. Aujourd'hui, chaque entreprise se choisit ses indicateurs ; il faudra les nommer et dire ce que cela recouvre.

 

Responsable des entreprises au Comité 21, Nicolas Blanc souhaite que les indicateurs du GRI deviennent la norme. Néanmoins, la consolidation poussée à l'extrême générant des indicateurs désincarnés, il pense qu'il faut ajouter des indicateurs locaux et sectoriels. Il désire aussi des indicateurs sur l'interaction entre l'entreprise et ses territoires. Dans un cas de délocalisation, il faut savoir comment l'entreprise a géré les interactions avec le territoire dont elle est partie et avec celui où elle est arrivée.

 

Sans s'opposer franchement au GRI, Jacques Kheliff considère qu'il est trop général et trop anglo-saxon pour être utilisé tel quel mais qu'il constitue cependant une base intéressante de discussion. Pour Marc Deluzet, le GRI est assez pertinent mais le monde patronal français refuse la convergence des indicateurs et le monde syndical ne fait pas du référentiel sa priorité. Les indicateurs doivent faire l'objet d'une appropriation. Si le syndicalisme opère une profonde mutation en s'intéressant désormais à l'avenir de l'entreprise, le monde patronal n'est pas prêt à ouvrir aux salariés et à leurs représentants les portes de la stratégie et du conseil d'administration.

 

MNA