Le Forum citoyen pour la RSE

Le Forum citoyen pour la RSE s’est présenté au public le 23 novembre 2004 à la mairie du XIIe arrondissement de Paris. Jean-Pierre Guis, maire-adjoint du 12è Arrondissement, Vice-Président d’Anticor, l’association des élus républicains contre la corruption, insistait au préalable sur l’importance de la lutte contre la corruption, en France et ailleurs. Le débat, introduit par Eric Loiselet et animé par Guillaume Duval, rédacteur en chef adjoint du magazine Alternatives Economiques, réunissait des représentants d’associations de solidarité et des organisations syndicales.

 

Le forum citoyen pour la RSE est une alliance de type nouveau en France, affirmait Eric Loiselet. Indépendant des entreprises, des pouvoirs publics et des administrations, sans personnalité juridique ni moyens propres, il entend grouper des expertises en provenance des organisations membres. Sa première action est de faire le bilan de la loi NRE, en résonance avec le bilan confié à l’ensemble ORSE/OREE/EPE. Le champ de la reddition en matière de RSE devrait être plus large que les seules entreprises cotées, d’autre part le périmètre n’est pas assez précis et il n’est rien demandé sur le cycle de vie des produits et services.

 

Un sondage réalisé à la demande de la Nouvelle Vie Ouvrière, publication de la CGT, fait apparaître que les salariés considèrent le D2 comme la chose du patron, celui-ci préférant l’autorégulation à la réglementation. "La puissance des multinationales entraîne un besoin de régulation, il faut ouvrir de nouveaux droits aux citoyens" explique Bernard Saincy pour qui "la RSE n'a de sens que si elle est contrôlée par les citoyens." Les organisations syndicales ne peuvent être l’unique contre pouvoir face aux multinationales, elles ont besoin d’alliances; le forum participe de ce mouvement.

 

Jacques-Noël Leclercq de la commission "entreprises" d’Amnesty International France s’efforce de convaincre les entreprises que les droits de l’Homme font partie de leur paysage. Soixante multinationales font référence à la DUDH dans leur charte mais d’autres considèrent qu’avoir signé le Pacte Mondial les exonère de tout effort supplémentaire. Pour Aurèle Coutencin de Greenpeace France, le drame de Bhopal a démontré le lien entre conditions sociales et environnementales.

 

Marc Deluzet affirme que la CFDT se situe dans une démarche offensive sur la RSE. Les entreprises ont besoin de capitaux et les marchés financiers tiennent de plus en plus compte des risques sociaux et environnementaux. Certaines entreprises en font un outil de marketing, d’autres anticipent, s’intéressent à la prévention et non seulement à la réparation. La CFDT, participant depuis longtemps à la campagne "de l’éthique sur l’étiquette" au nom des valeurs de solidarité, s’est ensuite engagée dans le CIES et a participé à la création d’une agence de notation sociétale. Si les salariés considèrent que la RSE ne les concernent pas, c’est parce qu’elle n’est pas débattue en interne. La loi NRE est positive et nécessaire, c’est un élément d’innovation et de compétitivité pour les entreprises françaises. Elle est reconnue comme une avancée, en Europe et dans le monde. Il faut l’améliorer et la lier aux indicateurs européens et internationaux. Les entreprises sont notées financièrement, elles doivent l’être en matière sociale et environnementale ; les indicateurs doivent avoir une base solide pour permettre l’accès aux capitaux sur les marchés financiers.

 

Sylvain Gérand des Amis de la Terre raconte la tentative vaine de faire condamner en France Rougier S.A. pour la destruction de cultures vivrières au Cameroun. Cette société familiale qui travaille dans le bois produit un fort joli rapport développement durable.

 

Le CRID - Centre de recherche et d’information pour le développement – regroupe en France soixante organisations de solidarité internationale. Son intérêt pour les droits économiques, sociaux et culturels l’a conduit à la RSE. Pierre Castella reconnaît que lorsque les associations de solidarité internationale se sont mêlés des droits de l’Homme au travail, cela a posé des problèmes avec les syndicats locaux. Mais maintenant, il existe un vrai partenariat entre syndicats du Nord et du Sud et ONG de solidarité internationale ou de défense des droits humains. Les pays du Sud ne voulant pas d’interférence venues du Nord, une idée pourrait être, plutôt qu’une clause sociale, des points de situation dans les comptes-rendus de l’OMC.

 

MNA