Le développement durable à l'espace Mendès-France de Poitiers

L'espace Mendès France de Poitiers organise un cycle de débats sur le développement durable. Lors de la séance du 8 décembre 2004, l'auteur de ces lignes a apporté une contribution au nom du groupe de travail Outils de gestion de la CFDT Cadres.


Le développement durable est un concept macro qui se décline en micro par la RSE. Les trois piliers sont les mêmes (économique et pas seulement financier; social et sociétal; environnemental), même si souvent le développement durable est compris comme le simple souci de l'environnement.

 

La RSE est arrivée en France par l'ISR, d'origine anglo-saxonne et basée sur un système d'exclusion, avant d'évoluer vers la comparaison.

 

Dans les entreprises, la RSE arrive par la tête: que se soit pour des raisons d'image ou par conviction, c'est toujours la direction qui décide de s'occuper de RSE. Ni l'ensemble des salariés ni les cadres ne donnent l'impulsion.

 

La définition donnée par le Livre Vert de la Commission européenne (aller au-delà des lois) a des effets pervers: une entreprise qui en fait peu dans un pays où la législation est absente serait mieux notée qu'une entreprise qui en fait beaucoup dans un pays où le législation est étendue.

 

Le syndicalisme français est entré dans le mouvement au niveau national et international, les principales organisations ont créé le CIES -Comité Intersyndical pour l'Epargne salariale-, la Confédération européenne des syndicats en fait un axe important de son action.

 

Le patronat européen des grandes entreprises a formé CSR Europ puis certains milieux patronaux ont tenté de jouer les ONG contre les organisations syndicales mais l'UNICE a eu une attitude bloquante au forum multiparties prenantes. Du coup, a eu lieu une réconciliation des organisations syndicales et des ONG contre le patronat. En aval, on note la création en France en novembre 2004 du forum citoyen pour la RSE.

 

Néanmoins, la coopération public privé, préconisée à Joburg, se met en place. Des accords-cadres internationaux sur la RSE sont signés entre des multinationales et la fédération internationale de leur secteur. Il s'agit presque uniquement d'entreprises européennes, dont les Français Carrefour, Danone, Accor, Renault. Les comités d'entreprise européens jouent parfois un rôle important. Mais on retrouve la difficulté des grandes entreprises à traduire la vision en action, les buts stratégiques en objectifs opérationnels.

 

Pour que la RSE soit intégrée par le management, il faut qu'elle soit partie intégrante de la stratégie et pas un supplément d'âme, que les cadres (middle management) aient des objectifs RSE dans leurs objectifs opérationnels, avec les moyens y afférent, et qu'ils soient jugés dessus. D'où la nécessité de tableau de bord multicritères.

 

Le modèle du "business case", du tout gagnant, a des limites: certes les économies d'énergie améliorent les comptes et la motivation du personnel est une bonne chose mais de nombreuses contradictions demeurent et ne sauraient être niées. On peut noter aussi l'ambiguïté de l'attitude des donneurs d'ordre vis à vis de leurs fournisseurs dépendants: là aussi, il ne faut pas nier les contradictions, sinon on risque de mettre une contrainte supplémentaire sur un partenaire, voire le soumettre à des injonctions paradoxales.

 

Dans les PME, la RSE est surtout le fait d'entrepreneurs militants qui se situent d'abord en tant que citoyens ou de "Monsieur Jourdain" qui se considèrent comme entrepreneur responsable parce qu'ils subventionnent le club de football local. Pourtant, l'intégration des principes de RSE dans le tissu des PME européennes est indispensable.

 

Petites ou grandes, les entreprises européennes sont appelées à pratiquer le Management européen responsable préconisé par Eurocadres, basé sur quatre piliers:

  • management basé sur des valeurs (valeurs idéologiques pas valeur pour l'actionnaire)
  • engagement des parties prenantes
  • entreprise en tant que lieu de développement personnel (apprentissage tout au long de la vie; associations locales; dialogue social interne)
  • entreprise amenée à rendre compte.

 

La reddition ne doit pas être une simple communication, on peut juger de son essence en voyant à qui est rattaché "monsieur RSE", à la communication ou à la direction générale. Chaque direction dialogue t-elle avec les parties prenantes qui la concernent en propre ou y a t-il une consultation multi parties prenantes? Les salariés sont-ils une partie prenante comme les autres ou les parties prenantes internes ont-elles des relations de nature différentes que les parties prenantes externes? D'une façon générale, au delà du volontariat, de la bonne volonté de l'entreprise, de la décision unilatérale, il convient de ne pas laisser le droit mou (soft law) prendre la place du droit.

 

MNA