TIC 21: les TIC et le D2

Les associations ACIID, Comité 21 et Planète Ecologie organisaient les 3 et 4 février 2005 " TIC 21 ", la rencontre des TIC -technologies de l'information et de la communication- et du développement durable, à Valenciennes, qui se veut capitale du numérique et du développement durable. Il n'est pas question ici de rendre compte in extenso de ces riches journées, simplement de mettre l'accent sur certains aspects des débats.

 

Le Nord Pas de Calais et singulièrement le Valenciennois ont été victimes du développement non durable, se plait à expliquer le maire, Dominique Riquet (voir "Des friches industrielles et du chômage, vers la culture et la cohésion" dans La Missive n°5). Pour s'inscrire dans une perspective de développement équilibré, la ville de Valenciennes joue la carte des technologies de l'information et de la communication, notamment avec les "ateliers numériques", sorte de pépinière d'entreprises de TIC gérée par la chambre de commerce et d'industrie. L'"anneau citoyen" a commencé par fédérer les sites culturels locaux, ce portail électronique de l'agglomération a grandi et les sites municipaux n'en représentent aujourd'hui qu'une petite partie. Il permet aux Valenciennois de suivre les séances du conseil municipal en direct. Le Nord Pas de Calais a été la première région française à se doter d'un agenda 21, elle a publié en 2004 un atlas régional du développement durable, qualifié, ainsi que le dispositif d'accompagnement des agenda 21 locaux, de "remarquable" par Anne-Marie Sacquet, présidente du Comité 21.

 

Quels rapports entre TIC et D2?

 

Le D2, défini par l'Union européenne dans le traité d'Amsterdam et le traité constitutionnel comme l'intégration de l'environnement dans les politiques publiques sectorielles, est par essence pluridisciplinaire, constate Guillaume Sainteny, maître de conférences à Sciences Po. Les TIC et le D2 sont deux univers différents alors qu'ils devraient être convergents. Ils convergent dans le domaine de la relation au pouvoir car l'un et l'autre déstabilisent les organigrammes, affirme Pierre Radanne, ancien président de l'ADEME. En affaiblissant le pouvoir basé sur le filtrage, en permettant l'information horizontale et la transparence, en décloisonnant la société, ils conduisent à une révolution des méthodes de management. Mais ils divergent dans leur rapport à la vitesse: les NTIC s'en nourrissent, le D2 s'en méfie.

 

Les TIC sont-elles bonnes pour le D2 ? Si certains affirment que travailler chez soi en interactivité avec le monde entier permet de diminuer l'empreinte écologique, d'autres font remarquer que l'extension du "village relationnel" de chacun conduit à un accroissement des échanges de personnes et de marchandises, donc des transports, activités produisant du gaz à effet de serre. Jérôme Bindé, directeur de la prospective de la philosophie et des sciences humaines à l'Unesco, attire l'attention sur les conséquences pour l'environnement et le développement durable d'une société de communication. Les matériels et les réseaux ne sont pas neutres: il faut 45 litres d'eau pour fabriquer une puce électronique, le problème des déchets informatiques n'est pas résolu. La France produit actuellement treize kilos de déchets électroniques par an et par habitant et cette masse croît de 4% par an. Mais qui est responsable du fait que vous devez changer d'ordinateur tous les deux ans? demande Bruno Oudet, qui répond: c'est celui qui fournit les systèmes d'exploitation, par conséquent, on devrait obliger Microsoft à recycler les ordinateurs qu'il rend obsolètes. Outre les problèmes environnementaux, le recyclage pose des problèmes sociaux et les ateliers de désossage peuvent être des lieux de trafic, ce qui explique l'hostilité de certaines autorités locales.

 

Internet et territoires

 

En France, la DATAR cherche à renforcer les réseaux sur le territoire. D'après Alain Ducass qui dirige le pôle numérique de la délégation, 2005 sera l'année de l'ADSL de deuxième génération, 2006 celle de l'UMTS et du WiMax, 2007 verra VDSL et la fibre optique dans les maisons, 2008 peut-être les réseaux pervasifs… Le développement de ces technologies aura des conséquences dans la vie de tous les jours qui ne sont pas nécessairement celles auxquelles on pense. Par exemple, un détecteur de mouvement peut faciliter le maintien à domicile des personnes âgées en donnant l'alerte en cas d'immobilité. Les régions rurales pourraient connaître un regain de développement. Le seul modèle qui fonctionne, rappelle Bruno Cassette de la Commission européenne c'est de commencer le maillage en zone urbaine puis d'aller en zone rurale. Certains disent qu'il est inutile de construire des infrastructures parce qu'il n'y a pas de besoin, toute l'histoire montre le contraire. Le téléphone était un outil professionnel, il est devenu aussi un outil personnel, c'est la même chose pour Internet. Dans le haut débit, les utilisateurs qui s'envoient des fichiers et des photos de vacances sont aussi les producteurs. La Haute Savoie compte plus de pages personnelles que Lille, grâce à un portail d'informations touristiques regroupant les sites des acteurs locaux. Les collectivités locales ont un rôle à jouer dans le développement des réseaux et il n'y a pas lieu de se focaliser sur le modèle économique des TIC. Il est aussi important pour une collectivité d'avoir du haut débit qu'avoir une piscine dont personne ne s'émeut qu'elle soit structurellement déficitaire.

 

TIC et développement

 

Comme l'ont fait remarquer les participants indonésien et malien à TIC 21, la priorité de la masse des habitants des pays pauvres est l'accès à l'eau, à la nourriture, à l'habillement. Les TIC ont pénétré dans les villes mais peu ou pas dans les campagnes, principalement parce qu'elles exigent des réseaux d'énergie: avant Internet, l'électricité.

 

D'après Jean-François Soupizet, de la DG société de l'information à la Commission européenne, la fracture numérique s'est élargie à partir de 2002. Les politiques de privatisation et de concurrence entre opérateurs ne suffisent pas à la réduire car même si la contrainte de l'offre est levée, celle de la demande reste. La structure de consommation des gens qui ont peu de moyens n'est pas orientée uniquement vers les produits de base mais leur pouvoir d'achat est limité. La résolution du problème passe par le développement des "petits consommateurs" qui vont dans les télécentres ou les cybercafés et qui utilisent les cartes téléphoniques prépayées, même s'il convient de noter le paradoxe qui veut qu'actuellement, la minute de téléphone coûte plus cher à celui qui l'a payée d'avance. Un nouveau modèle économique est en train de naître, celui du prêt de services, qui ne fonctionne que si le fournisseur est très proche du consommateur.

 

Néanmoins, des communautés isolées peuvent sortir de l'oubli où les maintient l'absence de route carrossable grâce à un ordinateur fonctionnant sur panneaux solaires. Information sur les prix des produits, recherche de nouveaux clients, contacts directs avec la Banque Mondiale, l'information peut changer la vie. Mais cela nécessite une volonté politique de développer les TIC, ce qui n'a pas existé au Sénégal où l'intéressante expérience de Métissacana disparut sous les coups du monopole de l'opérateur historique privatisé.

 

Pour Bruno Lanvin, responsable du financement des TIC à la Banque Mondiale, les TIC qui jouent de plus en plus le rôle d'un moteur économique et social peuvent être un instrument fondamental du développement. Mais les inégalités d'accès s'accroissent avec la sophistication des techniques, ce qui laisse penser qu'il y sans doute plus à faire via la radio et la télévision. Elles sont un outil, rarement une solution. La lutte contre la faille numérique peut se résumer en ABCDE: Accès; Base humaine (éducation, formation); Contenus (cultures locales, langues); Désir (volonté de changement); Engagement (mobilisation de toutes les composantes de la société civile).

 

SMSI, deuxième à Tunis; SMALSI, deuxième à Bilbao

 

Le Sommet mondial sur la société de l'information SMSI se déroule en 2 phases. La première a eu lieu à Genève en décembre 2003. Elle a adopté une déclaration de principes et un plan d'action. La deuxième phase, qui se tiendra à Tunis du 16 au 18 novembre 2005, aura pour objectif de mettre en oeuvre le plan d'action. Des groupes de travail ont été mis en place pour élaborer des solutions et parvenir à des compromis dans le cadre de la gouvernance de l'Internet et des mécanismes de financement. Jean-François Soupizet souhaite qu'au sommet de Tunis les Etats-membres de l'Union européenne s'expriment d'une seule voix. Ce sont les Etats qui se rencontrent au SMSI, comme à tout sommet mondial de l'ONU, mais Christophe Nuttall de l'UNITAR note que le sommet de Johannesburg a vu l'émergence du secteur privé et des collectivités locales. Plutôt que d'avoir un contre sommet, il est meilleur d'associer la société civile, considère Bruno Oudet, en charge de la coordination de la société civile française au SMSI. Ainsi, le sommet de Tunis sera multipartenaire, associant société civile, secteur privé et organisations internationales. La société civile est représentée par les associations de droits de l'homme et les environnementalistes mais il manque les associations de développement durable.
Si le système des Nations Unies considère les collectivités locales comme des ONG, il n'empêche que les pouvoirs régionaux deviennent acteurs et que des solidarités interrégionales tendent à se mettre en place. Le deuxième Sommet mondial des autorités locales pour la société de l'information aura lieu les 10 et 11 novembre à Bilbao, le premier ayant eu lieu à Lyon peu avant le sommet de Genève. Le gouvernement basque est actif dans la solidarité numérique, affirme son représentant Anton Zarraguita, il aide des régions à se développer dans les TIC. La rencontre de Bilbao permettra aux villes d'échanger des expériences sur des sujets précis.

 

MNA