Délocalisation fiscale chez Colgate

Le site de Colgate France affiche fièrement le message du président: "Colgate s’engage dans le monde entier à assurer trois valeurs fondamentales: Respect, Travail en équipe et Amélioration continue". L’entreprise s’est dotée d’un code de conduite et affirme que "la réputation de Colgate est fondée sur des normes d’éthique les plus élevées. Ensemble, nous partageons la responsabilité de préserver et d’améliorer cette réputation. Notre but a toujours été de respecter les principes d’intégrité, d’honneur et de souci des autres tout en se conformant rigoureusement à la loi."

 

Le groupe met en exemple son engagement dans plus de 80 pays pour "aider plus de 46 millions d’enfants à acquérir des réflexes d’hygiène à travers un programme d’éducation sur la santé bucco-dentaire". De mauvais esprits pourraient ne voir dans ce programme qu’une campagne marketing bien faite, les enfants éduqués à se brosser les dents avec des produits Colgate devenant des consommateurs à vie, contrairement à leurs parents qui entretiennent leur dentition avec le traditionnel et gratuit bâtonnet frotte-dents.

 

Mais revenons à l’Europe. C’est certes en se conformant rigoureusement à la loi que le groupe étatsunien a transféré son siège européen de France, pays d’implantation historique, en Suisse où la loi fiscale est particulièrement intéressante. Jean-Claude Rech, secrétaire du Comité d’entreprise européen de Colgate Palmolive, dénonce cette "délocalisation fiscale" qui détruit des emplois en France. Il est persuadé que de nombreux groupes internationaux sont sur cette même stratégie, qui inclut l’opacité des décisions prises à la holding de tête; le paiement minimal d’impôts grâce à la localisation dans les paradis fiscaux; la séparation du marketing et du financier d’une part, de la production et des tâches considérées comme périphériques de l’autre, celles-ci étant dévolues à des filiales dépendantes ou à la sous-traitance; enfin toujours plus d’exigence en matière de rendement financier: Jean-Claude Rech parle pour Colgate d’un objectif de 60% pour la marge brute et de 25% pour la marge nette.

 

L’helvétotropisme des multinationales s’accélère depuis deux ans, comme le constatent les nombreuses sociétés suisses de conseil à l’implantation. Lesquelles insistent sur les facilités fiscales –un taux d’impôt sur les sociétés autour de 20% du revenu net, parfois beaucoup moins dans certains cantons, contre 30 à 40% dans les pays voisins- mais aussi sur la flexibilité de la main d’œuvre polyglotte, productive et allergique aux grèves, son long temps de travail, la facilité avec laquelle on peut lui imposer des heures supplémentaires et la licencier, le tout pour un coût global dans la moyenne européenne. Les groupes d’origine française n’y échappent pas, surtout lorsque les capitaux internationaux montent en puissance dans le capital. "Alcan a déjà son siège en Suisse" fait remarquer Jean-Claude Rech, "dès que Nestlé aura pris le contrôle de L’Oréal, le siège de celui-ci partira aussi".

 

MNA