Responsabilité sociale et compétitivité

Existe-t-il des liens entre la responsabilité sociale des entreprises et la compétitivité des entreprises et des nations qui la pratiquent? C'est la question à laquelle le colloque "Compétitivité responsable" organisé le 19 avril à Bruxelles par la DG emploi et AccountAbility, tentait de répondre.

 

Pour Odile Quintin, directeur général de la DG Emploi affaires sociales et égalité des chances, la RSE fait partie de la stratégie de Lisbonne révisée, qui cherche à faire de l'Union la zone la plus compétitive du monde dans le respect de son modèle social. Introduisant le colloque, Odile Quintin rappelait que ce modèle social européen, qui entend allier économie performante, niveau élevé de protection sociale et d'éducation, recherche du plein emploi et cohésion sociale, suppose partenariat et dialogue. La RSE combine des instruments législatifs, financiers et volontaires, elle n'est ni philanthropie ni opération de relations publiques. Elle n'est pas un substitut aux relations sociales ni aux politiques publiques mais consiste à aller au-delà des règles et à innover. Le Forum a créé les conditions d'un dialogue entre les entreprises, acteurs majeurs dans une économie mondialisée, et leurs parties prenantes. Ce travail doit se poursuivre et les parties prenantes doivent disposer d'une information sûre et vérifiable de manière indépendante. La Commission soutient un cadre européen de référence. Pour une mondialisation plus équitable, l'Union mène une politique extérieure mêlant échanges et partenariats; il existe un lien explicite entre les Objectifs du millénaire des Nations Unies et la stratégie de Lisbonne.

 

L'Union apporte son soutien au travail de l'OIT et promeut avec elle le concept de travail décent.

 

La Commission apportera son soutien aux initiatives volontaires et présentera dans les prochains mois une communication sur la RSE.

 

Anna Diamantopoulou, ex-directeur de la même Direction, aujourd'hui membre du Parlement européen et ministre des affaires étrangères dans le "gouvernement fantôme" de Grèce, considère que la notion de RSE ne doit pas rester cantonnée aux entreprises. La stratégie de Lisbonne, comme le développement durable, exige la mise en place de stratégies nationales et régionales. Le partenariat, le dialogue entre l'entreprise et ses parties prenantes, permettront d'aligner les valeurs de l'entreprise sur celles de la Société. Lors du débat sur le pacte de stabilité, le réel effort de l'Union européenne pour mettre particulièrement l'accent sur la compétitivité et l'emploi dans la stratégie de Lisbonne conduit à intégrer la notion de compétitivité responsable.

 

Simon Zadek, secrétaire général de l'ONG AccountAbility, réseau soutenu depuis de longues années par la DG Emploi, reconnaît que l'on s'est trop polarisé sur les entreprises et que la responsabilité a aussi des aspects plus larges. Comment la RSE est-elle liée à la compétitivité des nations, des régions, des villes? Il faut mêler des stratégies intelligentes tant en matière de commerce qu'en matière politique. La RSE peut-elle contribuer à la compétitivité? La réponse pour lui est "oui, dans l'ensemble", si on sait s'affranchir des stratégies marketing à court terme. Au niveau macroéconomique aussi la RSE est un facteur de compétitivité, il en voit l'exemple dans le développement de l'économie noire en Afrique du Sud, les exportations de fruits et légumes du Chili et le tourisme dans la ville de Londres. AccountAbility entend explorer les liens entre la RSE, microéconomique, et la compétitivité nationale et régionale. Pour lui, la RSE peut expliquer certains facteurs de compétitivité et AccountAbility a mis au point un indice pour mesurer la RSE et la comparer aux performances de commerce international. Il en conclut que le Danemark et le Costa Rica ont un surplus de responsabilité significatif et la Chine, le Japon, la Corée et les Etats-Unis un déficit. Il déplore que les Etats et régions ne connaissent pas mieux les entreprises et que celles-ci n'agissent pas plus au niveau macroéconomique. Si BP et Shell regroupaient les autres pétroliers, elles pourraient agir sur le changement climatique. L'Europe est peut-être arrivée à un stade où la RSE uniquement volontaire n'est plus suffisante, la réglementation et le business interfèrent l'un sur l'autre, la question est de savoir quelle est la bonne combinaison de stratégies pour que la RSE contribue à l'augmentation de la compétitivité. A cela, Anna Diamantopoulou réplique que, si la réglementation répond à un besoin, la RSE ne peut pas être tirée par elle mais nécessite un travail important en amont, dans le domaine des normes.

 

Dirk Pilat, économiste en chef à l'OCDE, regrette que l'Europe ait une mauvaise utilisation de sa main d'œuvre - pas assez de personnes sur le marché de l'emploi et qui travaillent moins longtemps qu'ailleurs - et n'investisse pas assez dans les technologies de l'information qui induisent une augmentation de la productivité. L'Europe est à la traîne parce qu'elle n'innove pas suffisament. La RSE peut faire la différence dans un certain nombre de domaines : un meilleur accès au marché des capitaux, des ressources humaines plus motivées et plus qualifiées, des clients plus exigeants, des marques meilleures, une plus grande flexibilité. Cependant, elle est difficile à mettre en œuvre pour les PME et les autonomes (" self employed "). A la question de savoir si la RSE réduit ou gonfle les profits et la productivité, il n'y a pas de réponse claire.

 

Selon certains investisseurs, l'entreprise est une entité pour maximiser le profit sous contraintes, la législation faisant partie de celles-ci ; pour d'autres les relations non financières avec les parties prenantes augmentent la compétitivité à long terme. Le secteur énergétique est au cœur des débats sur le réchauffement climatique, note Peter Cornelius, économiste en chef chez Royal Dutch Shell. Le groupe s'engage à contribuer au progrès des pays dans lesquels il travaille, il y est présent pour des décennies et a donc besoin de stabilité institutionnelle. L'indice de classement de la soutenabilité environnementale (environnemental sustainability), l'indice du développement humain et celui de la corruption des pays producteurs de pétrole sont moyennement corrélés. L'éthique des affaires est parfois supérieure à la réglementation, en particulier dans le domaine de la corruption. Peter Cornelius souligne que les pays qui se sont spécialisés dans l'exportation de ressources naturelles ne font pas de bonnes performances en matière de croissance du PIB, comme l'a montré le "désastre hollandais" des années 70. La dotation en ressources naturelles peut saper le développement par l'effet de rente, en freinant la modernisation et en confortant les disparités.

 

Henderson Global Investors est un gestionnaire d'actifs de taille moyenne dont la philosophie allie durabilité (sustainability) et responsabilité. Nick Robins, chef des fonds ISR, affirme qu'il existe un lien entre responsabilité et compétitivité, notamment dans le secteur pharmaceutique. Cependant, les Etats-Unis accusent un fort déficit de responsabilité mais sont très forts dans l'innovation. L'union européenne, qui a introduit implicitement la RSE dans la stratégie de Lisbonne, doit innover plus afin d'être attractive pour les investisseurs.

 

MNA