Tourisme de masse, tourisme social, tourisme responsable

Le tourisme, aujourd'hui une des très grandes branches économiques mondiales, est parfois farouchement décrié: transports polluants, destruction des écosystèmes naturels, bétonnage du littoral et de la montage et dénaturation du patrimoine culturel local sont portés à son passif. Ses défenseurs font état du grand nombre d'emplois créés, de l'amélioration de l'habitat, de la prospérité économique apportée, de l'ouverture à la modernité…

 

Dans les régions où l'eau est rare, on peut légitimement penser que la création d'un golf n'est sans doute pas la meilleur allocation sociale de la ressource mais il en est strictement de même de la culture de bananes. Le tourisme crée de l'emploi, il en détruit; il modifie les paysages, l'ordonnance urbaine. Comme toute activité de production de biens et de services, il entraîne des modifications dans l'économie et la société du pays concerné; comme activité largement transfrontière, il emporte villes et campagnes dans la spirale de la mondialisation. C'est d'ailleurs pour éviter aux sociétés qu'ils entendent contrôler d'être entraînées par cette vague de fond, plus que pour frapper l'Etat au portefeuille, que les mouvements politico-religieux radicaux luttent contre le tourisme en s'en prenant aux voyageurs occidentaux.

 

Si le tourisme de masse peut transformer le paysage en décor et la culture en folklore, ce n'est peut-être pas obligatoire. Les formes de tourisme sont diverses: il y a la tendance "sea, sex and sun" - jusqu'au tourisme ouvertement sexuel dans certaines régions - et la tendance "monuments historiques et paysages" - jusqu'au tourisme culturel haut de gamme avec conférencier diplômé - , les parcs à touristes isolés du reste du pays, le logement chez l'habitant… Certaines pratiques sont condamnables, comme le tourisme d'exploitation sexuelle enfantine, mais dans la grande diversité des pratiques touristiques légales, il peut y avoir des comportements plus ou moins responsables. Ainsi l'Organisation Mondiale du Tourisme veut elle encourager le développement d'un "tourisme durable, conscient de ses responsabilités et accessible à tous, avec pour objectif de contribuer au développement économique, à l'entente internationale, à la paix, à la prospérité et au respect universel des droits de l'homme et des libertés fondamentales".

 

L'OMT est une institution spécialisée des Nations Unies mais, d'origine professionnelle, elle est la seule institution intergouvernementale à recevoir l'affiliation de personnes morales de droit privé telles que compagnies aériennes, chaînes d'hôtellerie et de restauration, voyagistes mais aussi banques, compagnies d'assurance et sociétés d'assistance. Portant particulièrement attention aux intérêts des pays en voie de développement, l'OMT favorise les transferts de technologie et la coopération internationale, développe les partenariats entre les secteurs publics et privés et encourage la mise en œuvre du Comité Mondial d'Ethique du Tourisme. Il s'agit de maximiser "les effets économiques, sociaux et culturels positifs du tourisme" et de minimiser "les répercutions négatives sur la société et l'environnement".

 

Très engagé, le Bureau International du Tourisme Social est le réseau fédérateur des organismes de tourisme social. Le tourisme social se définit comme le droit au repos et aux loisirs touristiques pour tous, y compris les citoyens les moins favorisés. Faisant partie de l'économie sociale et solidaire, il se dit "facteur de cohésion sociale", "acteur de l'aménagement du territoire et du développement local" et "partenaire des programmes de développement mondial". Peuvent revendiquer leur appartenance au tourisme social toute entreprise "dont l'acte fondateur ou l'objectif principal indique clairement poursuivre un projet d'intérêt général et rechercher l'accessibilité du plus grand nombre aux loisirs touristiques, se démarquant ainsi de la recherche du seul profit maximal". Historiquement créé pour les travailleurs modestes des pays industrialisés, le tourisme social s'intéresse de plus en plus aux effets de ses actions sur le territoire, passant ainsi du social au sociétal.

 

Alors qu'un voyagiste français fait sa campagne publicitaire de l'été 2005 sur "l'obsession des prix", transformant colonnes antiques et poisson zèbre en code barre, d'autres concepts font leur chemin, à bas bruit mais obstinément: écotourisme, tourisme responsable en environnement, charte du voyageur, transport écologique, économie solidaire.

 

MNA