L'extrême-droite et le monde du travail

L'extrême droite allemande franchit parfois les portes des conseils d'entreprise en Allemagne, notamment dans l'industrie automobile, malgré la force du DGB.
En France, où le paysage syndical est éclaté, l'extrême droite n'a pas - pour l'instant - réussi à passer via des syndicats propres, car les juges ont appliqué l'article L 411-1 du code du travail qui stipule que « les syndicats professionnels ont exclusivement pour objet l'étude et la défense des droits ainsi que des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu'individuels, des personnes visées par leur statut ». Alors elle fait de l’entrisme (nous ne donnerons pas de nom mais chacun les reconnaitra) ou les contourne (Bastion social à Clermont-Ferrand).
 
En Allemagne donc, un papier de la Friedrich Ebert Stiftung (traduit en français sur le site de la fondation Friedrich Ebert Paris) fait le triste constat. Rappelons que, fondée en 1925, la FES est la plus ancienne fondation politique d’Allemagne. Elle doit son nom, son existence et sa fonction à l'héritage politique de Friedrich Ebert, le premier président allemand élu démocratiquement.
« Que ce soit au niveau fédéral ou dans les Länder, le parti d’extrême droite AfD s’est durablement installé dans le système parlementaire allemand. En se saisissant de la question sociale, il enregistre une forte progression dans le vote ouvrier et redéfinit des lignes de conflit politiques en fonction d’une logique populiste qui associe déclassement social et ressentiment xénophobe.
Les mouvements populistes et de la droite identitaire, constitués en réseau ayant des liens étroits avec l’AfD, tentent d’infiltrer le milieu ouvrier et syndical. Cette stratégie délibérée a récemment pris la forme d’une campagne médiatique visant à concurrencer les syndicats traditionnels lors des dernières élections professionnelles de 2018. Le syndicat d’extrême droite Zentrum Automobil, a ainsi obtenu des mandats dans les comités d’entreprises de certaines usines de la région de Stuttgart ou de Leipzig.
Face à cette stratégie et aux tentatives d’intimidation et de provocation de l’extrême droite, une mobilisation des délégués du personnel et des salariés sur le terrain est nécessaire. Avec le soutien des syndicats et leurs programmes de formation, c’est par la confrontation directe avec les agitateurs populistes et le dialogue quotidien au sein de l’entreprise que pourra naître un socle de valeurs communes susceptible de contrarier l’essor des idées populistes d’extrême droite. »