Assiette et planète

Quand les commerçants et les restaurants, petits ou grands, conjuguent lutte contre le gaspillage alimentaire et intérêt bien pensé.

Flunch et Too Good To Go

Le directeur du restaurant libre-service Flunch Brest Iroise en avait assez de jeter des produits alimentaires en fin de journée, son équipe et lui ont proposé à la direction du groupe de restauration rapide de rejoindre l’application Too Good To Go. Cette initiative pouvant s’inscrire heureusement dans la stratégie RSE et Développement durable, le siège a accepté, devenant ainsi la première chaîne de restauration à s’associer à l’application. Après une phase de test en Bretagne, le groupe a incité d’autres restaurants à rejoindre ce partenariat. L’opération est limitée pour le moment à ceux qui proposent le service Flunch Café. Les clients de l’application peuvent avoir accès à des paniers composés de sandwiches, pâtisseries, parfois de salades et de viennoiseries. En trois mois, lors des débuts de la montée en puissance de l’opération, « 3250 paniers ont été sauvés » communique le groupe. Soixante-quinze restaurants (sur un total de 265 en France) devraient être dans le coup en septembre 2018.

Chasse au gaspi

« RÉDUIS LE GASPI, MANGE À PETIT PRIX. Sauve les invendus surprise des commerçants près de chez toi, apaise ta faim à petit prix, lutte contre le gaspi ! Un repas dans ton assiette, un geste pour la planète ! » C’est ce qu’annonce Too Good To Go, une plateforme pour lutter contre le gaspillage alimentaire née au Danemark. Too Good To Go existe en Allemagne, Belgique, Danemark, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse.
L’entreprise est née de la colère de jeunes Danois contre le gaspillage alimentaire : un tiers de la nourriture produite dans le monde n’est pas consommée et cela a des conséquences sur l’environnement. « Si la nourriture gaspillée était un pays, elle serait le troisième émetteur de gaz à effet de serre, derrière les États-Unis et la Chine ».
La loi contre le gaspillage alimentaire début 2016 offrit l’opportunité de l’extension en France. Lucie Basch, une ingénieure centralienne travaillant dans l’industrie alimentaire, quitta le géant qui l’employait pour lancer la filiale française de la start-up. Cette loi de 2016, issue d’une proposition de loi du député socialiste Guillaume Garot qui elle-même faisait suite à un rapport, entendait lutter contre le gaspillage alimentaire. L’objectif le plus médiatisé de cette loi a été d’empêcher la grande distribution de jeter de la nourriture ; elle incitait les hypermarchés, plutôt que d’arroser d’eau de javel les invendus afin de les rendre impropres à la consommation, à nouer des partenariats avec les associations caritatives.
Too Good To Go fonctionne d’une manière différente, qui rappelle les étiquettes « - X0% » apposées par certains épiciers sur des produits de leur rayon frais lorsque la date de consommation optimale approche. Il s’agit de vendre directement à des clients ordinaires des produits consommables mais qui ne peuvent pas attendre plus de quelques heures.
 
Comment ça marche ?

Le commerçant se connecte sur l’application Too Good To Go, se crée un compte et rédige un descriptif de présentation ; l'utilisateur se connecte aussi, se géolocalise, choisit le commerçant et passe commande pour un panier surprise à récupérer sur une plage horaire définie (normalement en toute fin de période d’ouverture) du magasin.
Le client ne sait pas ce qu’il aura lorsqu’il passe sa commande puisque par définition il s’agira de ce qui reste mais il le paye à prix réduit. Quant au commerçant, il retire une petite somme de ses invendus, que Too Good To Go France lui propose d’ailleurs de reverser à l’association Action contre la faim. Côté utilisateur, il est aussi possible de donner quelques euros pour faire profiter des SDF ou des associations des invendus. Et le commerçant n’éprouve pas que de la satisfaction d’agir pour la planète ; comme le souligne le site, il fait découvrir ses produits à de nouveaux clients.
Too Good To Go prélève un pourcentage du prix de vente afin de faire fonctionner la structure, qui bénéficie aussi de l’aide de partenaires institutionnels.
La cible de l’application est manifestement celle des jeunes urbains branchés, smartphone dans une main et carte bancaire en poche. Bien sûr il y a quelques commerçants qui trichent, vite dénoncés par les utilisateurs, bien sûr il y a quelques couacs, mais globalement l’application semble fonctionner correctement.
 
Tout un symbole
 
Cette histoire nous semble assez caractéristique de la socio-économie actuelle en Europe: une certaine prise de conscience des aberrations de la surconsommation qui se transforme en opportunité de business ; la chaîne économique mêlant la mondialisation (application et smartphone) et le très local (le panier au coin de la rue).
Ce n’est ni la mort de l’économie de marché ni la fin du gaspillage ni celle de la pauvreté, mais c'est un vol de colibri. 
 
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