Commerce équitable et consommation responsable

Commerce équitable et consommation responsable"Il faut sortir le commerce équitable de la logique uniquement commerciale. Si le commerce équitable veut garder sa cohérence, il devra s'inscrire dans le mouvement plus large de la consommation responsable et, pour y arriver, il devra nécessairement réaffirmer sa dimension politique."

C'est la conclusion du livre collectif dirigé par Corinne Gendron, Arturo Palma Torres et Véronique Bisaillon, "Quel commerce équitable pour demain? Pour une nouvelle gouvernance des échanges", publié conjointement par les éditions Ecosociété et par les éditions Charles Léopold Mayer, avec l'appui de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable de l'Université du Québec à Montréal (CRSDD ESG UQÀM).



Les auteurs annoncent la couleur : "Cet ouvrage se veut l'amorce d'une réflexion nécessaire qui, même si elle est fondée sur des constats, ne se limitera pas à un simple diagnostic, mais débouchera sur des propositions concrètes. Il s'agit en quelque sorte de repenser l'innovation socio-économique qu'est le commerce équitable qui, bien qu'exceptionnelle, menace de se figer et de perdre son dynamisme propre. Pour éviter d'être totalement récupéré par une logique exclusivement marchande qui en tuerait l'essence, le mouvement doit, selon nous, adopter une posture autocritique afin de conserver son potentiel de renouvellement au chapitre des régulations économiques et de participer à une nouvelle gouvernance des échanges. C'est à cette réflexion que cet ouvrage souhaite contribuer, en s'attachant à découvrir ce qui se cache derrière les logos, la définition et les critères du commerce équitable et en révélant les enjeux et les défis auxquels il fait face."

 

Chaque chapitre commence par l'exposé d'un cas qui sert d'illustration pour un propos plus conceptuel, ainsi l'ouvrage est à la fois concret et théorique. Il ne cache pas les ambiguïtés du secteur et conduit le lecteur à se poser des questions. Le commerce équitable s'est-il définitivement dépouillé de ses liens avec la charité de la part des ONG du Nord? Ne revient-il pas dans certains cas à un marketing intelligent et à un effet de différenciation par la qualité? S'agit-il simplement de remplacer les commerçants usuriers par des coopératives? L'arrivée dans le jeu de la grande distribution conduit-elle à la démocratisation ou à la banalisation du commerce équitable? La certification, notamment "bio" se fait au Nord, elle est différente d'un pays consommateur à l'autre, elle coûte fort cher; ne faudrait-il pas la repenser? Et le mouvement équitable est démuni devant certains gouvernements prédateurs de leur peuple… Faut-il se satisfaire de l'amélioration du revenu des petits producteurs qui embauchent des saisonniers du pays voisin encore plus pauvre que le leur? L'achat d'un paquet de café bio et équitable dans son supermarché est-il un acte militant?

 

Le commerce équitable n'est ni un idéal ni une fin en soi, il ne peut pas résoudre à lui seul les problèmes des producteurs du Sud, il doit s'ouvrir à la démarche coopérative, aux autres mouvements associatifs, à l'aide au développement lorsqu'elle est bien comprise et, on nous permettra de le souligner, à l'action syndicale.

 

"Au terme de ce périple, disent les auteurs, nous proposons au lecteur une série de propositions permettant selon nous de repenser le commerce équitable non seulement comme système, mais aussi comme mouvement et comme idéologie à un moment où les préoccupations des autres mouvements sociaux et les transformations à l'oeuvre sont propices à des métissages, à des collaborations et à une coordination des efforts pour une gouvernance économique plus en phase avec les besoins des populations en regard des formidables défis qui s'annoncent pour le siècle prochain." Ainsi sont exposées dix propositions: réformer les institutions internationales du commerce équitable; articuler les initiatives locales et les instances internationales du commerce équitable; redéfinir les principes et les critères et revoir le processus de leur formulation ou de leur révision; viser une meilleure répartition Nord-Sud de la valeur ajoutée des produits équitables; prévoir des exigences pour les acteurs du Nord qui se revendiquent du circuit équitable; inscrire clairement l'éducation comme critère du commerce équitable; instaurer un dialogue et des partenariats avec les autres initiatives; fortifier et unifier le discours du commerce équitable; s'inscrire dans une perspective partenariale de coopération Nord-Sud; préciser et confirmer une perspective du commerce équitable comme nouveau modèle de développement plutôt que comme consécration du système économique actuel.

 

MNA