Le livre sacré

Pour les conservateurs d’ultra-gauche, le code du travail est un livre sacré « ni amendable, ni négociable ». Dans ce livre sacré le verset (ou sourate) fondamental affirme « le contrat de travail à durée indéterminée est la forme normale et générale de la relation de travail. » (Article L1221-, 1er alinéa). Hors du CDI, point de salut.

On peut néanmoins noter que le paragraphe suivant stipule : « Toutefois, le contrat de travail peut comporter un terme fixé avec précision dès sa conclusion ou résultant de la réalisation de l'objet pour lequel il est conclu dans les cas et dans les conditions mentionnés au titre IV relatif au contrat de travail à durée déterminée » (même article, 2e alinéa).  

Pourtant, on trouve aussi dans ce texte intangible toutes les formes de contrat spécifiques, travail temporaire, mise à disposition, portage salarial… Honnies mais bien présentes dans ce qui ne doit pas être transformé. 

Le code dans sa septième partie détermine les spécificités de certaines professions et activités, des journalistes aux concierges, des professions du spectacle aux travailleurs à domicile. Et la protection sociale de certains d’entre eux, notamment les intermittents du spectacle, est « exorbitante du droit commun », ce qui n’empêche nullement les mêmes de voir rouge si on s’interroge sur la pertinence de faire financer cette partie de la culture par le seul secteur privé et non par l’ensemble de la collectivité nationale.
Et de nombreux actifs ne relèvent pas du code du travail, les fonctionnaires bien sûr mais aussi les contractuels et vacataires de ces mêmes fonctions publiques, les assistants maternels (la loi ne connait que le masculin) régis par les règles du code de l’action sociale et des familles, les salariés agricoles relevant du code rural, d’autres sans doute qui ont échappé à notre vigilance.
Sans parler des indépendants, qu’ils le soient réellement ou seulement de manière formelle, ces derniers parfois sous la menace ou dans l’espoir d’une requalification en salariat.
Un magnifique exemple du refus de prendre en compte les réalités du XXIe siècle a été apporté par le secrétaire général de la CGT lors du débat avec son homologue de la CFDT le 30 mars sur RTL. Philippe Martinez a expliqué que le compte personnel d'activité préconisé par Laurent Berger, qui permettrait à un actif d’acquérir et de garder des droits en matière de formation, de de pénibilité et de chômage, et ce quel que soit son statut, n'était pas franchement intéressant. Pour le cégétiste, la solution réside dans la sécurité sociale professionnelle qui permettait que tout salarié puisse « garder sa qualification, son salaire et son ancienneté » quand il change d'entreprise.
 
Y a-t-il une vie hors du lien de subordination ? Ne pourrait-on pas imaginer un code réellement du travail et non pas seulement de l’emploi salarié dans le secteur privé ?