Emmanuel Macron pour un capitalisme productif et responsable

 

Le Ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique apportait la conclusion de la conférence Vigeo-Eiris du 14 juin 2016. 
Refusant l'hyperfinaciarisation, le manque de régulation, la rente, il a appelé à un capitalisme productif et responsable, à l'intérieur duquel la RSE apporterait le sens de l'intérêt général et du long terme.

 

 



Pour Emmanuel Macron, la RSE interroge le cœur du système capitaliste. Nos sociétés connaissent des risques financiers, sociaux, environnementaux, de gouvernance, démocratiques. Face à cette société du risque, il y a à construire une société des responsabilités.

Nous ne sommes pas dans la situation où les entreprises mèneraient leurs affaires et où les pouvoirs publics seraient seuls gestionnaires des risques.

Nous vivons une crise du capitalisme mondial. Le capitalisme de l’innovation est une bonne chose mais l’hyperfinanciarisation, l’accumulation de capital sans régulation, la rente, posent problème. Nous avons besoin de repenser quelques communs et ne pas laisser le capitalisme à la cupidité. 

Partisan d’un capitalisme productif, le ministre pense qu’en quelques années le débat s’est enrichi, dans la sphère publique et aussi dans l’entreprise. La RSE est devenue un sujet du quotidien et la transparence est de plus en plus exigée par la société civile. Cette sensibilité croissante de la société civile sur ces questions conduit les entreprises en relation avec le public, dites «B to C» à être plus enclines à se préoccuper de social et d’environnemental, une entreprise «B to B» comme Lafarge étant un heureux contre-exemple.

Pour lui, la performance sociale et environnementale est une condition de la performance économique, ainsi il convient de valoriser les bonnes pratiques d’entreprise, la notation extrafinancière, les codes de conduite. Les pouvoirs publics peuvent agir notamment par le biais de la commande publique et par les investissements. L’État a revu les règles de la commande publique, y intégrant des aspects RSE afin d’éviter le moins disant au profit du mieux disant. Et le portefeuille de l’État va être totalement évalué dans ses aspects extra-financiers par l’Agence des participations de l’État.

En matière de droit des sociétés, il existe trois niveaux d’action : le national, où les pouvoirs publics tentent de progresser dans la RSE, la loi de transition énergétique conduisant à l’obligation de rendre compte, le communautaire, où existe une volonté de faire, l’international qui est plus délicat.

La proposition de loi portée par Dominique Potier a pour objectif une vraie transparence et l’effectivité du devoir de vigilance. Néanmoins, en la matière comme dans d’autres, il faut suivre «un chemin de progression réaliste».

Le niveau d’action communautaire est le plus pertinent pour éviter les distorsions de concurrence entre les grandes économies européennes, mais le processus européen est toujours plus long. La Directive RSE doit être transposée dans les prochains mois. Quant à la Directive révisée sur les droits des actionnaires, il est prévu d’inciter les investisseurs institutionnels à plus de transparence, notamment sur la rémunération des dirigeants. À ce propos, la mise en débat de cette rémunération dans le débat en assemblée générale des actionnaires va dans le bon sens mais il faudrait aller au bout du «say on pay».

Quant au niveau international… Pascal Lamy disait que le national était à l’état solide, l’européen à l’état liquide et l’international à l’état gazeux, La donne doit être changée par les gouvernements mais les entreprises ont un rôle fondamental pour évangéliser leurs actionnaires et leurs clients. Sur tous ces sujets, il n’y a pas de réponse monolithique.

Emmanuel Macron se reconnait deux ennemis, l’inaction et le cynisme. La RSE transforme le système en son sein ; le volontarisme et le réalisme conduiront à une société de responsabilité, ayant le sens de l’intérêt général et du capitalisme de long terme. Pour cela, il faut transformer le comportement des acteurs, «avec détermination et constance». 

 MNA