Syndicalisme et gouvernance: La CSI et la gouvernance mondiale

Issue en 2006 de la fusion de la Confédération Internationale des Syndicats Libres et de la Confédération Mondiale du Travail, la Confédération Syndicale Internationale (CSI) a aussi regroupé un certain nombre de centrales nationales sans affiliation internationale. Guy Rider, son secrétaire général, était à Paris le 18 décembre à l’invitation de l’Association Française d’Etudes des Relations Professionnelles (AFERP).

 

Le capitalisme est mondialisé, le syndicalisme doit l’être aussi, affirme Guy Ryder. Dans une économie mondialisée, l’internationalisme syndical n’est plus seulement un réflexe de solidarité mais une question d’efficacité; les grandes centrales nationales du Nord l’ont compris. La mondialisation n’a pas été à l’avantage des travailleurs, le pourcentage du PIB leur revenant est en baisse, il est au même niveau que dans les années trente. Les salaires ne suivent pas les hausses de productivité. Dans le pays qui gagne le plus à la mondialisation, les Etats-Unis, le revenu familial moyen est en baisse depuis 1999 alors que les bénéfices des entreprises montent parfois en flèche et que les rémunérations des grands chefs d’entreprise sont irréalistes. Le syndicalisme international avait besoin de se renouveler et de rapprocher l’action locale, régionale, nationale et internationale.

 

Pour une autre mondialisation, un syndicalisme efficace

 

La CSI est confrontée à deux défis: changer le modèle de mondialisation, agir syndicalement de manière plus efficace.

 

Il ne s’agit pas de chercher à arrêter la mondialisation ni à revenir en arrière mais d’opérer un changement fondamental. Ce n’est pas une utopie, la CSI a des idées. La mondialisation telle qu’elle existe aujourd’hui n’est pas une fatalité, il existe une demande populaire pour le changement. Les polémiques stériles entre anti et pro mondialisation sont terminées; le vrai problème est de créer un modèle politique alternatif.

 

La CSI entend améliorer sa collaboration avec les dix fédérations sectorielles internationales et aussi avec la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC). Pour une meilleure solidarité, l’aide matérielle aux syndicats dans les pays du Sud doit s’améliorer mais le plus difficile est de réconcilier des intérêts qui semblent divergents entre travailleurs du Nord et du Sud. La CSI veut travailler mieux avec les ONG et les partis politiques qui partagent sa vision du monde et ses objectifs, tout en préservant l’indépendance de chacun.

 

Il faut prendre au sérieux la gouvernance de la mondialisation et engager mieux les affiliés dans l’action syndicale internationale car il y a trop de distance entre ce qui est fait à la CSI et ce qui l’est dans les syndicats de base. Pour mobiliser les affiliés sur les objectifs de la CSI, le 8 octobre 2008 sera une journée internationale de mobilisation pour appuyer l’action du BIT en faveur du travail décent.

 

Les grandes questions de gouvernance mondiale

 

Le changement climatique et la lutte contre celui-ci entrainent des modifications dans le système productif et ont des effets sur l’emploi, aussi la CSI a-t-elle décidé d’en faire une de ses priorités. Les gouvernements doivent impliquer les syndicats et les employeurs, les Nations Unies l’ont compris, ainsi le PNUE travaille avec la CSI.

 

Le monde a aussi besoin d’un cadre international pour mettre de l’ordre dans les migrations internationales, qui doivent se faire de manière légale et dans des conditions acceptables. La CSI veut protéger les droits des migrants en montant des partenariats entre organisations affiliées dans les pays envoyeurs et récepteurs.

 

La CSI accorde aussi beaucoup d’importance à l’organisation des travailleurs dans le secteur informel, dans lequel travaillent neuf Africains sur dix et sept Latino-Américains sur huit. La Self Employed Women Association rassemble huit cent mille femmes dans le Gujarat en Inde, ce n’est pas un syndicat classique mais il est affilié à la CSI. Certaines organisations syndicales ne s’intéressent pas au secteur informel, d’autres ne savent pas comment s’y prendre, mais la représentation des travailleurs est l’affaire des syndicats, pas celle des ONG, même si celles-ci peuvent jouer un rôle utile.

 

Le syndicalisme international n’a pas réussi à introduire la clause sociale lors de la création de l’Organisation Mondiale du Commerce. Certains pays en développement y voyaient du protectionnisme déguisé de la part des travailleurs du Nord, il a fallu les convaincre que ce n’était pas le cas. La CSI donne une priorité absolue audéveloppement des syndicats du Sud.

 

La CSI est une organisation pluraliste mais ne veut pas être "les Nations Unies du mouvement syndical international", basée sur les principes du syndicalisme démocratique et indépendant, elle considère que les centrales syndicales nationales qui ne sont ni démocratiques ni indépendantes n’y ont pas leur place. C’est le cas des syndicats chinois contrôlés par l’Etat. Cependant, il se passe tant de choses dans ce pays que Guy Ryder a reçu mandat d’explorer un possible dialogue avec les syndicats chinois. La Chine est une société qui connaît de fortes transformations, elle connaît des milliers de conflits du travail. Comment la CSI peut-elle intervenir pour faire bouger les choses dans le bon sens? Si on part dans le dialogue avec les syndicats chinois, il faudra pénétrer au niveau le plus bas possible, celui des entreprises. Par la suite, les rencontres avec les grands chefs légitimeront ces actions. Il n’y a pas de correspondance automatique entre la libéralisation économique et la libéralisation politique. Le marché libre n’entraîne pas la société libre. Les multinationales chinoises commencent à jouer un rôle majeur, elles sont partout en Afrique et les affiliés de ce continent demandent à la CSI d’intervenir. En Roumanie, trois mille Chinois travaillent dans le secteur textile, le mouvement syndical ne peut pas être indifférent. Les syndicats birmans qui demandent aux multinationales occidentales de se retirer affirment que les Chinois n’ont pas la capacité de remplacer Total du jour au lendemain.

 

L’étude conjointe (février 2007) de l’OMC et du Bureau International du Travail "le commerce et l’emploi" est un pas vers la cohérence de la politique menée par les grandes organisations internationales. Le FMI, qui était la bête noire du syndicalisme international dans les années 90, n’a plus grand monde à contrôler et se cherche une raison d’être. Le FMI n’a pas de gouvernance démocratique, ce sont les technocrates qui prennent les décisions mais son nouveau directeur se dit attentif au mouvement syndical.

 

Pour un dialogue social international


La CSI donne beaucoup d’importance au dialogue social international, elle n’est pas encore arrivée à construire des négociations sociales internationales mais les Accords Cadres Internationaux passés entre des multinationales et des fédérations syndicales internationales sont un premier pas dans ce sens. Mais ira-t-on vers de véritables conventions collectives internationales? Il n’existe actuellement que celle des gens de mer, dont l’activité est par nature internationale. La CSI et l’Association Internationale des Employeurs ont conclu un accord à propos du VIH. Guy Rider espère que les employeurs vont comprendre que tout le monde aurait à gagner à des négociations sociales internationales.

 

MNA