La QVT, la FTQ et la CFTC

Le colloque «Psycho 2016» organisé le 26 mai 2016 par Psya «votre partenaire RPS et QVT», soit un cabinet spécialisé en prévention et gestion des risques psychosociaux, comportait notamment une table ronde intitulée «De la stratégie à la pratique : quelles déclinaisons opérationnelles des démarches en Santé Qualité de vie au travail?». Le témoignage d’un syndicaliste CFTC importateur de méthodes québécoises nous a paru particulièrement intéressant.


Diplômé d’HEC, Jean-Paul Vouiller a travaillé chez Danone puis chez Hewlett-Packard, deux entreprises qu’il considère n’être «pas comme les autres». Il est entré en 1985 chez l’entreprise informatique, attiré par l’HP Way qui mettait au même niveau salariés et actionnaires. Mais après le décès des fondateurs, les nouveaux dirigeants ont donné la priorité aux actionnaires. Ce changement idéologique et la mise en place d’un plan social en 2001 ont conduit Jean-Paul Vouiller à devenir syndicaliste et élu du comité d’entreprise.

L’entreprise, le C.E., l’organisation syndicale

Il y a six organisations syndicales à Hewlett-Packard Enterprise France (HPEF), dont la plupart travaillent en bonne intelligence. Lors des plans sociaux qui se sont succédés, le dialogue social a toujours permis d’obtenir que les départs se fassent sur la base du volontariat, car la pire épreuve psychosociale est le licenciement. Et le départ négocié a permis «de belles aventures de vie», d’anciens collègues ont refait leur vie au Canada ou en Polynésie.

Jean-Paul Vouiller a «trois visions» : celles du comité d’entreprise idéal, «on n’est pas très loin chez HP», du syndicat idéal, qui serait un syndicalisme de service, ce que fait la CFTC, qui compte 16% d’adhérents à HP, du monde idéal «mais là, c’est plus compliqué».

Il a été marqué par le suicide d’un salarié qui avait tenté de se confier à lui mais dont il n’avait pas mesuré la souffrance ; à la suite de ce drame, il a développé, en se basant sur un manuel québécois, une méthode d’écoute personnelle qu’il a ensuite, à la demande d’un médecin du travail, exposée dans un colloque à l’hôpital de la Salpêtrière.

Souffrance au travail

La souffrance au travail est présente dans le monde entier, et l’Organisation mondiale de la santé, qui évalue que 30% des travailleurs dans le monde sont touchés, pense que cette proportion va monter à 50% en 2022 si des mesures de sont pas prises, explique Jean-Paul Vouiller. En France, l’Institut de veille sanitaire considère qu’un quart des hommes et un tiers des femmes souffrent au travail. Ceci a conduit une psychologue, Marie Pezé, à créer la première consultation « Souffrance et travail » en 1997 ; il existe maintenant 35 consultations de ce type et un site internet, souffrance-et-travail.com.

Peut-être parce que le coût de l’absentéisme se monte à 4% de la masse salariale, les entreprises prennent conscience du problème, on y parle de QVT et de RSE (qualité de vie au travail et responsabilité sociale de l’entreprise). II est nécessaire que la démarche de l’entreprise soit sincère, affirme Jean-Paul Vouiller, mais aussi que l’action soit menée au plus près des salariés. La prise de conscience s’étend aussi aux médias, aux syndicats, aux politiques. Mais s’il y a des milliers de secouristes répertoriés sur les lieux de travail, qui savent quoi faire quand un salarié a un malaise, il n’y a personne qui sait quoi faire quand un salarié pleure…

Les délégués sociaux de la FTQ

En octobre 2015, Jean-Paul Vouiller est parti se former auprès de la FTQ - Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, la plus importante fédération syndicale de la Belle province, qui a organisé depuis plus de trente ans un réseau de syndicalistes spécialisés dans l’écoute et l’entraide, appelés « délégués sociaux ».

Ces délégués sociaux ont été imaginés par la FTQ au moment de la grande crise économique de 1980 ; les usines fermaient, le chômage concernait 14% des actifs, les taux d’intérêt s’élevaient à 20% l’an, ce qui conduisait à une augmentation de la consommation d’alcool et de drogues et à un grand nombre de divorces.

La force des délégués sociaux réside dans leur fonctionnement en réseau et dans le cahier de ressources qui permet de faire des propositions. Ce cahier répertorie les ressources internes à l’entreprise ou qui en sont proches (au niveau régional) ou moins (niveau national).

Le système est exporté dans ce que les Québécois s’amusent à appeler le ROC (rest of Canada) mais aussi, grâce à Jean-Paul Vouiller, en France où il a obtenu pour la CFTC le monopole de la formation des délégués sociaux selon les méthodes québécoises.

MNA

Psya : https://www.psya.fr/

Les « réseaux des délégués sociaux et des déléguées sociales » de la FTQ : http://ftq.qc.ca/entraide-syndicale/

Mal-être et environnement psychosocial au travail, étude (2009) à télécharger : http://www.invs.sante.fr/pmb/invs/(id)/PMB_1253 ou http://opac.invs.sante.fr/index.php?lvl=notice_display&id=1253

Le site de de l’association Diffusion des Connaissances sur le Travail Humain : http://www.souffrance-et-travail.com/