Laboratoire de l’Égalité : Femmes et numérique

 

La réunion du Laboratoire de l’Égalité le 24 mai 2016 à la mairie du Xe arrondissement de Paris (voir post précédent) portait notamment sur la question "femmes et numérique".  Maryse Huet nous en livre la substantifique moelle..


 
Catherine Coutelle, députée de la Vienne et présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes de l’Assemblée nationale, a présenté les principaux enseignements du rapport d’information sur les femmes dans l’économie numérique rédigé par cette délégation à l’occasion de la préparation du projet de loi sur le numérique (http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i3348.asp).
Elle a évoqué la place réduite et décroissante des femmes dans l’emploi du secteur (24%) et les professions d’informaticien (11% contre 24% dans l’ensemble des écoles d’ingénieur), l’impact incertain sur l’emploi du développement du numérique, l’absence d’études à propos de l’impact sur le travail féminin, à l’exception d’une portant les caissières. Les propositions d’action, s’inspirant du rapport européen sur les femmes dans les TIC, portent sur la sensibilisation des familles et des interventions auprès des jeunes, mais aussi sur des objectifs chiffrés d’embauche par les entreprises. Elle a fait part de ses réserves sur le télétravail, dont le développement doit être régulé, sans négliger l’apport du numérique pour le développement de nouvelles formes d’action pour les militantes féministes.
 
Dominique Méda, philosophe et sociologue, s’est interrogée sur les facteurs possibles de l’absence de femmes dans les métiers du numérique présentés dans le rapport Coutelle. La première peut être que  les femmes méconnaissent le contenu et le sens de ces métiers, comme c’est observé pour les emplois d’ingénieur. Une autre serait la place trop réduite des filles dans les formations, liée à une moindre pratique dans l’enfance des jeux video et du « bidouillage » informatique.
 
Guy Mamou-Mani est le président de Syntec Numérique, organisation professionnelle des entreprises du secteur informatique,  qui compte une commission Femmes. Il a mis l’accent sur l’impact des stéréotypes sur la faible présence des femmes dans les métiers de l’informatique et évoqué les actions menées par le syndicat professionnel pour attirer davantage de femmes, essentiellement des expériences de coding  (écriture d’applications en langage informatique) dans les lycées et collèges. Il refuse le principe de quotas dans les embauches, estimant que ceci dévalorise les femmes, malgré les effets positifs enregistrés dans d’autres domaines (politique, fonction publique, CA) et considère que le secteur, avec la possibilité de travailler 24/24 heures et 7 /7 jours a un impact très positif sur la conciliation vie professionnelle vie familiale. Le public lui a rappelé l’inégal partage des responsabilités familiales entre hommes et femmes ne donnant pas à celles-ci la disponibilité totale permise aux hommes et les éloignant des emplois où elle est requise.
La question a été posée de la mise en œuvre dans les entreprises du numérique du droit à la déconnexion, introduit dans le projet de loi El Khomry. Le président de Syntec Numérique a signé un accord sur le sujet (sans la CGT) et en fait la promotion au plan mondial, mais il n’y adhère pas personnellement, considérant que la liberté totale apportée par le numérique est souhaitée par les salariés et que le droit est impossible à mettre en œuvre. Le responsable CFE-CGC Ile de France sur l’égalité a évoqué les troubles psycho-sociaux des salariés, en lien notamment avec les difficultés de conciliation vie professionnelle vie familiale, et la faiblesse des accords signés dans la branche en général.
 
Guy Mamou-Mani a lancé le mouvement « Jamais sans elles » qui regroupe principalement des chefs d’entreprise du numérique mais pas uniquement. Ces habitués des débats et colloques refusent d’y participer si aucune intervenante féminine n’est prévue.

 

Maryse Huet