Questions chinoises: Chine brune ou Chine verte?

L’"atelier du monde" connaît une croissance accélérée mais ne fait pas preuve de développement durable. Pour le moment du moins, car les effets sociaux, sociétaux et environnementaux de la course à la richesse sont tels que le mode de production actuel n’est pas tenable à long terme. Au-delà de l’Empire du Milieu, c’est toute la planète qui
est concernée.

Jésuite et docteur en science politique, Benoît Vermander dirige à Taïwan l’Institut Ricci et anime le mensuel électronique www.erenlai.com (en mandarin et en anglais) qui a pour vocation d’être une plateforme de recherche et de débats à propos de l’Asie en général et de la Chine en particulier, dans la perspective du développement durable. Son plus récent ouvrage, Chine brune ou Chine verte, sous-titré les dilemmes de l’Etat-parti, est publié aux Presses de la Fondation nationale des sciences politiques à Paris.

 Pénurie d’eau, pollution atmosphérique, perte de terres cultivables par érosion et pluies acides mais aussi par urbanisation et construction de barrages, très mauvaise efficacité dans l’utilisation des ressources, salaires impayés, travail forcé d’enfants, inégalités croissantes, corruption évaluée à 5% du PIB par le Premier ministre, au triple par certains observateurs, refus du débat avec la société civile, le tableau de la croissance chinoise montre de nombreux points noirs. La productivité de l’agriculture est faible et les prix des produits agricoles de base sont largement supérieurs aux prix mondiaux, la population rurale est sous-employée; le système des entreprises d’Etat qui assurait à la population urbaine sécurité et contrôle a été démantelé après 1997; la privatisation et les réformes ont provoqué "une collusion, une confusion même, entre dirigeants de l’Etat-parti et patrons d’entreprise", alors que les segmentations de la classe ouvrière ont empêché celle-ci de se constituer en contre-pouvoir effectif. Et l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce en décembre 2001 a posé à ce pays de redoutables défis.

 La réorientation du modèle de croissance est apparue indispensable aux autorités car la ponction opérée sur  l’environnement, les tensions sociales liées aux inégalités et à la corruption, la raréfaction des terres et les pollutions accidentelles menacent en profondeur le modèle de développement chinois. Le 11e plan couvre la période 2006- 2010, il n’a valeur que d’orientation mais affiche la volonté de l’Etat-parti de faire prendre à la Chine le tournant du développement durable.

 Des projets comme la ville écologique de Dongtan près de Shanghaï ou l’intention proclamée d’être le leader mondial de l’automobile verte sont-ils les signes d’une réorientation ou un habile habillage permettant de recevoir des subventions?

 Pour l’auteur, "la Chine oscille entre une ouverture "verte" (libéralisation politique, développement durable et coopération internationale) et une stratégie "brune" (maintien du contrôle social, d’un fort taux de croissance quelque en soit le coût, et maximisation immédiate des avantages de son ascension)". Il appelle l’Europe à jouer un rôle original, car les choix que la Chine effectue constituent des enjeux planétaires.

 MNA