Les 50 ans de Chèque Déjeuner

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La célébration des cinquante ans du plus grand groupe coopératif français, Chèque Déjeuner, comporte la parution d'un ouvrage aux Editions du Cherche-Midi, intitulé "Un billet pour l'utopie". Rédigé par Philippe Merlant et Anne-Corinne Zimmer, ce livre raconte la naissance d'une coopérative de consommateurs qui se transforma en SCOP et devint, par créations de filiales françaises et acquisitions internationales, un des acteurs majeurs des services prépayés. 

Comme souvent dans ce genre d'exercice, le texte est assez hagiographique, mais le sommet est atteint par l’introduction signée de Benoît Hamon. En effet, l’invention du titre restaurant est attribuée par l'ancien ministre de l'économie sociale et solidaire à Chèque Déjeuner : « Faciliter l’accès aux repas de qualité pour les salariés grâce à une "monnaie affectée" fut une invention géniale, à tel point qu’elle est désormais devenue un "classique" largement répandu, et présent partout dans le monde. En 2014, le Groupe Chèque Déjeuner n’est plus seul sur son marché, de puissants concurrents l’ont imité, c’est la rançon du succès. »
Cependant, dans le corps du texte, les auteurs disent très explicitement que le fondateur de l’entreprise sociale, Georges Rino, qui a travaillé chez Chèque Restaurant, a imité cette formule de titre-restaurant, elle-même inspirée du Luncheon voucher créé en 1954 au Royaume-Uni.
 
Croissance et diversification
Commencée donc par la facilitation du repas des salariés lors de la pause déjeuner, l'activité de la coopérative s'est étendue au fil des ans au financement des livres scolaires et à l'incitation à la lecture avec le Chèque-lire, puis à d'autres formes de consommation plus ou moins culturelle (disques, sorties et spectacles, cadeaux avec Cadhoc). Le Chèque Domicile permet de rémunérer du personnel à domicile pour les tâches domestiques que les salarié(e)s préfèrent externaliser, faute de temps ou d'appétence et Terre Bien-être permet d'« accéder à des professionnels du bien-être du corps et de l’esprit (massage, remise en forme, balnéothérapie, relaxation) »
 
Le poids du modèle national
L’acceptation du chèque prépayé partiellement financé par l’entreprise (que ce soit par l’employeur ou le comité d’entreprise qui gère les œuvres sociales) est très liée à la conception nationale des rapports entre l’entreprise et le salarié et donc finalement celle de la nature de l’entreprise. Est-ce à l’employeur de financer le repas des salariés, leur culture, leurs loisirs, leur vie familiale ? C’est probablement pour avoir tenté de reproduire un modèle trop exclusivement français que le groupe a connu des déboires lors de ses premiers essais de déploiement à l’international, qui furent suivis de replis. Puis le groupe réussit un développement en Europe, la chute du Mur de Berlin ouvrant des opportunités en Europe centrale et orientale. Ce développement continua vers les pays situés à moins de trois heures de Paris, avant que le groupe se lance dans des acquisitions, notamment au Mexique, et envisage des projets en Amérique latine et en Asie.
Il est à noter que malgré cette internationalisation, la langue du groupe demeure le français.
Le groupe s'apprête aujourd'hui, comme ses confrères, à passer à la dématérialisation des titres. Tout est prêt techniquement mais alors même que le pas à a été franchi par de nombreuses filiales du groupe à l'étranger, il existe en France des réticences sociétales, où le compte électronique est ressenti comme un outil de surveillance.
 
De la gouvernance
D’abord coopérative de consommation puis SCOP, la société tête de groupe appartient résolument à l’économie sociale. La participation aux bénéfices est essentielle, il n’y a pas de versement de dividendes mais des réserves impartageables, le conseil d’administration est composé de onze membres élus par les salariés et de trois représentants des organisations syndicales nationales (CFDT, CGT, FO) ; trois représentants du comité d’entreprise y assistent avec voix consultative. L’ensemble du groupe n’a pas le même statut, les filiales ne sont pas des coopératives mais des sociétés commerciales. Néanmoins, toutes les entités du groupe se réclament des mêmes valeurs : engagement, innovation, solidarité, entreprenariat, équité.
Les dirigeants proclament qu’ils peuvent faire du social grâce aux performances économiques. Et ces performances économiques sont liées au social – les salariés ne font pas grève, ils sont impliqués et motivés dans leur travail - on a donc affaire à un cercle vertueux de performance. « La réussite économique est étroitement liée à la satisfaction des salariés et à la gouvernance démocratique » affirme le Président Landriot.
 
Les limites de la solidarité 
La responsabilité économique repose sur « deux piliers, la redistribution de la richesse créée et les relations avec les clients et les fournisseurs, qui sont caractérisées par « la confiance, le respect et le soutien mutuels ». Malheureusement, le cercle vertueux incluant des salariés motivés et bien payés ainsi que des clients respectueux des valeurs de la solidarité ne fonctionne pas toujours. L’histoire de Restocop en apporte la preuve. Georges Rino, voyant que les grands groupes de la restauration collective se mettaient à émettre des titres restaurant, imagina de faire l’inverse et d’aller sur leur marché, très concurrentiel. Fidèle à ses principes, l’entreprise assurait un treizième mois à ses salariés, sa masse salariale était donc supérieure de 8% à celle des autres et en conséquence les repas étaient proposés à un prix légèrement supérieur à ceux du marché. Le groupe coopératif croyait que sa démarche sociale convaincrait les comités d’entreprise de se montrer solidaires et de payer un peu plus cher pour assurer des salaires décents, ce ne fut pas le cas et il dut se retirer du secteur.