La confection-dépendance de l’économie cambodgienne

La confection-dépendance de l’économie cambodgienne

          Le secteur de la confection est un des plus importants de l’économie cambodgienne, avec l’agriculture et le tourisme. Actuellement, le pays compte quelque 500 usines de confection, employant environ six cent cinquante mille travailleurs, à 90% des travailleuses, parfois très jeunes. La croissance des salaires ouvriers qui accompagne la montée en gamme de l’industrie chinoise a poussé un certain nombre d’entreprises, japonaises et autres, à délocaliser cette activité vers le Cambodge. Récemment, la chaussure et le vêtement représentaient ensemble environ 80% des exportations de biens et les intrants nécessaires à cette industrie 40% des importations. Les ouvrières envoyant la moitié de leur salaire à la famille, on estime que 20% de la population en dépendent.

 

Des « meilleures usines » et des assassinats

 

         Un accord bilatéral sur le secteur du textile entre les États-Unis et le Cambodge a souvent été cité comme exemple de bonne pratique. Signé en 1999 - à l’époque les États-Unis imposaient des quotas d’importations aux pays gros exportateurs de vêtements - et prorogé en 2002, il prévoyait pour le Cambodge un accès au marché étatsunien en échange du respect des normes internationales du travail. Conjointement, le projet du BIT de 2000 Better Factories Cambodia (De meilleures usines au Cambodge) cherchait à réduire la pauvreté dans ce pays, en mettant en place des contrôles afin de rendre compte des conditions de travail dans les usines de vêtements. Il s’agissait d’améliorer à la fois la productivité et les conditions de travail et ainsi d’enclencher un cycle d’amélioration. Le secteur de la confection devenait ainsi le seul à fonctionner avec un salaire minimal fixé nationalement.

         Les ouvrières sont généralement des jeunes – parfois très jeunes -filles de la campagne qui vivent dans des conditions très difficiles en ville et envoient la moitié de leur salaire à la famille restée au village.

         Une enquête de la Banque Mondiale publiée en décembre 2004 estimait que le respect des normes de travail au Cambodge était un élément déterminant pour les grands acheteurs internationaux, qui les incitait à s’approvisionner dans le pays. La situation au Cambodge était considérée comme meilleure qu’au Bangladesh, en Thaïlande, au Vietnam ou en Chine. Dans un rapport de 2005, la BIT écrivait « D’une manière générale, les acheteurs attachent de l’importance au prix, à la qualité, aux délais d’exécution et au respect des normes de travail. Le gouvernement du Royaume du Cambodge et l’Association des fabricants de vêtements du Cambodge se sont efforcés d’occuper un créneau du marché fondé sur le respect des normes du travail. Les conclusions de l’enquête effectuée en décembre 2004 par le Groupe de la Banque mondiale soulignent l’efficacité de cette stratégie. » Notons qu’un article de la Confédération Syndicale Internationale de septembre 2007 faisait état d’une dispersion syndicale et d’organisations « jaunes » : « Le très grand nombre de syndicats enregistrés au Cambodge (plus de 900 dans environ 300 usines) n’aide pas au dialogue social au sein des entreprises, d’autant que certains n’ont de syndicats que le nom. »

         Hors les murs, les menaces et agressions étaient fréquentes. L’assassinat en pleine rue de Chea Vichea, le président du Syndicat libre des travailleurs du textile (FTUKWC) le 22 janvier 2004 à Phnom Penh était suivi en mai de la même année par celui de Ros Sovannareth, président du FTUKWC de l’usine Trinunggal Komara. Le 24 février 2006, c’était le tour de Hy Vuthy, président du syndicat FTUWKC au sein de l’usine de confection Suntex. La justice cambodgienne a arrêté deux quidams qui n’étaient même pas à Phnom Penh le jour de l’assassinat de Chea Vichea et les a condamnés, un juge qui les avait relaxés pour absence de preuve ayant été dessaisi. Après avoir passé des années en prison, les deux hommes ont enfin été relâchés, sans la moindre indemnité. Les trois meurtres n’ont fait l’objet d’aucune enquête sérieuse. Le film documentaire « Qui a tué Chea Vichea ? » réalisé par Bradley Cox, un Américain qui a vécu au Cambodge, est interdit dans ce pays depuis sa sortie en 2010. Une tentative de projection en janvier 2014 a tourné court devant les menaces gouvernementales : expulsion pour les étrangers, prison pour les Cambodgiens. Pour le voir, les Cambodgiens doivent aller sur YouTube, où il est présent en version intégrale khmère.

 

La fin de l’accord multifibres et le nouveau rôle du BFC

 

         L’accord commercial bilatéral Etats-Unis Cambodge se termina fin 2004 en même temps que l’accord multifibres. Le BFC changeait alors de nature, continuant ses inspections mais publiant des rapports anonymisés ne faisant état que de généralités. Ainsi, il cessait d’être un inspecteur garant de la conformité des pratiques au droit international dans la plus grande transparence, pour devenir un auditeur présentant ses rapports aux propriétaires de l’entreprise ainsi que, moyennant finances, aux acheteurs internationaux. Il n’y eut alors plus d’incitations pour les uns et les autres à respecter les bonnes pratiques.

         La situation, qui n’était pas idéale, se dégradait ; les prix augmentant, le salaire nécessaire s’écartait de plus en plus du salaire minimal. Essentiellement exportateur, le secteur de la confection est très sensible à la conjoncture internationale, il a ainsi licencié trente mille personnes au cours des trois premiers semestres de 2009 et, selon des sources onusiennes, une partie des ouvrières ayant perdu leur emploi – les estimations varient de 5 à 20% - se seraient alors reconverties dans la prostitution.

         De plus, les dirigeants des entreprises de confection sont généralement issus du monde chinois et il n’est pas rare que les contremaîtres ne parlent pas khmer.

         Resté bloqué à 50 dollars pendant quatre ans, le salaire minimal était passé à 61 dollars au 1er juillet 2010, alors qu’une étude, réalisée en septembre 2009 par le Cambodia Institute of Developement Study et financée par plusieurs ONG, considérait que le salaire nécessaire pour répondre aux besoins d’une ouvrière se situait entre 90 et 120 dollars et qu’en conséquence le salaire minimal devrait être alors de 75 dollars. Les organisations syndicales indépendantes avaient lancé un mot d’ordre de grève, des syndicalistes avaient été licenciés puis réintégrés.

         Une étude de 2011 de R. Robertson pour le BIT affirmait que les visites de contrôle avaient permis d’améliorer les niveaux de conformité aux normes internationales jusqu’à cette date. Se référant entre autres à cette étude, un document du BIT présentait encore en 2013 la situation comme exemplaire, l’Association des fabricants de vêtements du Cambodge (Garment Manifacturers Association in Cambodia - GMAC) étant un acteur responsable et le gouvernement à l’écoute des travailleurs : « Par exemple, au Cambodge, dans le secteur des exportations, l’association des employeurs de l’industrie du textile et de l’habillement peut, en cas de manquement, prendre des mesures visant à exclure une entreprise contrevenante de la liste des exportateurs qualifiés. En pratique, les travailleurs et les syndicats peuvent saisir directement le ministère du Commerce pour dénoncer le non-respect des normes du travail de l’une des entreprises membres du GMAC. S’il juge l’action fondée, le ministère du Commerce peut décider de suspendre les licences d’exportation des sociétés fautives. »

 

« Monitoring on the dark »et le réveil du BFC

 

         L’année 2013 vit une montée de la pression dans le secteur. Une étude de Stanford Law School et de Worker Rights Consortium, publiée en février 2013 après une enquête de terrain et des entretiens avec les parties prenantes, émettait de sérieux doutes sur le fait que les usines cambodgiennes étaient les meilleures de la région du point de vue des salaires et conditions de travail. Les auteurs, qui ont appelé l’étude, « Monitoring on the dark » (titre difficile à traduire, peut-être « une surveillance dans le brouillard » rendrait-il compte de l’appellation) sont assez sévères.

         Á l’exception des organisations syndicales, tous les acteurs du secteur, les propriétaires des usines, les marques et les distributeurs internationaux qui achètent leurs produits, le gouvernement cambodgien et le Better Factories Cambodia lui-même, affirmaient que le système d’inspection et de rendre-compte avait considérablement amélioré les conditions de travail des salariés des usines de confection. Cependant, d’après les chercheurs, la réalité serait bien différente depuis 2005 et la fin des quotas. Les acteurs ont vécu sur leur réputation alors que les salaires réels ont baissé, que les heures supplémentaires sont devenues excessives, que la santé et sécurité au travail ne se sont pas améliorées et qu’il n’existe pas de réelle négociation collective entre employeurs et salariés. Les longs horaires de travail (heures supplémentaires obligatoires et mal payées) et une alimentation insuffisante (liés aux faibles rémunérations) ainsi que les conditions de travail délétères (utilisation de produits toxiques et mauvaise aération des locaux) ont notamment pour conséquence des évanouissements au travail qui peuvent affecter des centaines de travailleurs d’un même atelier.

         En mai, trois semaines après l’effondrement de l’immeuble Rana Plaza au Bangladesh (plus de mille morts), l’effondrement du plafond d’une usine cambodgienne de fabrication de chaussures appartenant à un fournisseur taïwanais d’un groupe japonais causait deux morts et plusieurs blessés. Le fait passa inaperçu à l’étranger mais pas au Cambodge.

         En juillet, une responsable du programme BFC mettait le point d’inflexion plus tard mais reconnaissait que la situation s’aggravait. Elle déclarait que « après une amélioration régulière des conditions de travail de 2005 à 2011, les conditions désormais se détériorent » et que des mesures étaient nécessaires pour inverser cette tendance, sinon le pays prendrait le risque « de perdre les avantages liés à une réputation de conditions de travail décentes ».

         Le rapport de Stanford fit du bruit et l’OIT décida fin septembre qu’à partir du 1er janvier 2014 le programme BFC allait de nouveau publier les résultats nominatifs de ses inspections, selon la procédure du « name and shame » (désigner et blâmer). Ceci provoqua une très vive réaction du GMAC. Le rôle du BFC étant, selon l’association patronale, de faire des rapports et non pas de faire appliquer la loi, ce qui est du ressort de l’État, elle donna pour consigne aux entreprises adhérentes de refuser l’entrée des inspecteurs du BFC s’ils ne venaient pas accompagnés d’un membre du ministère et d’un représentant du GMAC. Le gouvernement avait la même position que les employeurs à propos des inspections. Le sous-secrétaire d’État représentant au BFC expliquait que si les acheteurs recevaient ces informations et décidaient de rompre les relations commerciales, « l’usine perd, le travailleur perd, le Cambodge perd ».

         Des grandes marques occidentales telles Levi’s, Puma, Gap, H&M, Nike, se disaient « troublées » par ces consignes et demandaient au GMAC de les retirer, dans l’intérêt à long terme bien compris des échanges commerciaux.

         Le GMAC continuait à jouer la vertu. En novembre, l’état-major du groupe Li & Fing, une société de négoce basée à Hong-Kong, effectuait une visite au Cambodge sur le thème de la sécurité au travail, présentée sous le nom de « mission RSE ». Avec plus de cent usines dans le pays, ce groupe, dont le chiffre d’affaires est le double du PIB cambodgien, est un des principaux acheteurs des productions locales. Se félicitant « de la participation active et de la réactivité des ministères du Commerce, du Travail et de l’Aménagement du Territoire », l’entreprise et le GMAC entendaient « envoyer un message clair au monde : en matière de sécurité des travailleurs, le Cambodge est un pays complètement différent, en dépit des idées fausses » ; dans la même période, une usine Co Base Factory Ltd, filiale de Chinakey (HK) Ltd, elle-même étant la branche tricot du groupe Addchance, recevait le label d’éco-usine de la part du distributeur britannique Marks & Spencer.

 

Les grèves illégales du tournant de l’année

 

         Tout ceci se déroulait dans un contexte politiquement sensible, l’opposition criant que les fraudes lui avaient volé la victoire lors des élections législatives de juillet 2013.

         En décembre, les travailleurs  du textile entamaient une série d’actions, arrêts de travail et manifestations dans la rue. La Commission consultative du travail sur l’augmentation du salaire mensuel minimal des ouvriers de la confection ayant pris le 24 décembre une résolution pour porter ce minimum à 95 dollars américains en 2014 puis d’augmenter de 15 dollars chaque année jusqu’à arriver à 160 dollars en 2018, le ministère du travail affirmait qu’il mettrait en place « un mécanisme pour suivre toutes les activités des syndicats et des employeurs dans la mise en œuvre de la résolution de la Commission consultative du travail et prendr[ait] des mesures strictes contre les contrevenants. »

         Les arrêts de travail et manifestations continuant, les autorités jouaient la division des travailleurs. L’agence officielle AKP affirmait le 27 : « de nombreux syndicats ont exprimé leur soutien à la résolution de la Commission (…), ont exhorté tous les ouvriers à réfléchir de façon approfondie, à garder le calme, à continuer leur travail comme d’habitude et à ne pas participer aux activités qui affectent l’ordre social, la sécurité nationale, la sécurité du travail et l’atmosphère de l’investissement. En plus, ils ont appelé le gouvernement royal du Cambodge à prendre des mesures légales strictes contre ceux qui incitent et menacent les ouvriers et les employés à protester contre la résolution de la Commission consultative du travail. (…) Le fait que certains syndicats s’opposent à la résolution de la Commission consultative du travail signifie qu’ils vont à l’encontre de la loi et aux principes de la démocratie ainsi qu’à eux-mêmes car ils ont tous participé à la réunion et à l’adoption de la résolution, a souligné le communiqué, ajoutant que les syndicats qui incitent les ouvriers à protester contre la résolution doivent être responsables devant la loi, les ouvriers et les employés, et des conséquences qui peuvent se produire. »

         Le Parti du salut national du Cambodge (CNRP) mêlait aux revendications sociales des ouvriers du textile sa propre demande d’élections anticipées, et de nombreux cortèges dans les rues de Phnom Penh demandaient la baisse du prix de l’essence, l’octroi de licences pour des télévisions non gouvernementales, l’amélioration du système éducatif, la fin des expulsions, voire la démission du gouvernement.

         Tandis que le ministre de l’information « dénon[çait]les manœuvres perfides du Parti d’opposition », le ministre du Travail et de la Formation professionnelle demandait le retour au travail : « Tous les syndicats doivent coopérer avec les employeurs et aider à créer des conditions favorables pour les travailleurs et les employés afin qu’ils puissent reprendre leur travail le 2 janvier prochain », ajoutant que « Les autorités prendront des mesures légales sévères contre ceux qui continuent d’inciter et de perturber les travailleurs, les employés et les usines ». Le même ministère demande des explications écrites au Parti du salut national du Cambodge et à six syndicats à propos de « la violence et des actes illégaux » commis par certains groupes « qui ont affirmé faire partie du CNRP et de ces syndicats ». Le même jour, l’Association patronale de la confection textile au Cambodge (GMAC) demandait au gouvernement « de prendre des mesures légales d’urgence contre ces groupes extrémistes qui ont continué à perturber et à menacer les ouvriers à participer aux grèves » et appelait « les dirigeants de ces six syndicats de ne pas lier les investisseurs privés au conflit politique ».

         Le 31 décembre, le ministère du travail décidait de passer immédiatement le salaire minimum à 100 dollars à partir du 1er février (contre 95 prévus au 1er avril quelques jours auparavant et 160 réclamés immédiatement).

         Les 2 et 3 janvier, les manifestations donnaient lieu à des affrontements violents et la police tirait à balles réelles. « La Municipalité de Phnom Penh a condamné la violence et d’autres actes illégaux causés par certains groupes anarchiques les 2 et 3 janvier 2014.Ces actes n’ont pas été initiés par les ouvriers de la confection, mais par les groupes opportunistes, en particulier des hommes politiques qui ont utilisé la volonté des ouvriers pour provoquer le chaos, le désordre et la violence qui affectent les intérêts légaux des ouvriers, des investisseurs, et la sécurité et l’ordre social »

         Au total, 23 personnes - ouvriers, syndicalistes et défenseurs des droits de l’homme - furent arrêtées durant ces deux journées et inculpées de «violences volontaires avec circonstances aggravantes» et de «destruction volontaire de biens avec circonstances aggravantes», encourant ainsi une peine de cinq ans de prison ferme et une amende de 1 000 $US à 2 500 $US. La municipalité de Phnom Penh interdisait au Parti de sauvetage national du Cambodge d’organiser des manifestations quotidiennes, rendant le parti d’opposition responsable de la violence. Les deux chefs de l’opposition, convoqués chez le procureur de la capitale, ressortaient sans être inculpés.

         Pour sa part, le GMAC sonnait le tocsin fin décembre, affirmant que l’industrie textile et de la confection du Cambodge avait perdu quelque 275 millions de dollars à cause des grèves de deux semaines. D’après elle, les destructions des biens ont coûté environ 75 millions de dollars, tandis que la perte sur les ventes a été estimée à 200 millions de dollars, « l’ordre d’achat connaîtrait également une baisse de 20 à 30% cette année à cause de ces grèves » et les investisseurs effrayés quitteraient le Cambodge. Dans les faits, il semble que certaines entreprises, qui ont des filiales dans différents pays d’Asie, aient reporté sur le Bangladesh les commandes qu’elles ne pouvaient honorer du fait des grèves. Les machines n’étaient pas délocalisées dans l’immédiat pour autant.

         D’après les données du GMAC, le nombre de jours de travail perdus pour cause de grève serait de 139 513 en 2011 (en baisse par rapport à l’année précédente), de 542 827 en 2012 et de 888 527 en 2013, ce dernier chiffre ne comprenant pas « les quinze jours de grève illégale et de manifestations conduits par cinq unions et une association à la fin de 2013 et au début de 2014 ».

         A la fin du mois de janvier néanmoins, changement de ton, « en 2013, le Cambodge a exporté des vêtements et des chaussures d’une valeur de 5,53 milliards de dollars américains, soit une hausse de 20% par rapport à 2012, a rapporté le ministère du Commerce » et « l’exportation des produits de confection continuerait à augmenter malgré la crise politique et les manifestations réclamant l’augmentation de salaire minimum mensuel des ouvriers. » Selon le président de l’Institut d’Etudes pour le Développement du Cambodge, l’exportation des produits de confection en 2014 « connaîtra plus d’augmentation que l’année précédente si la crise politique est réglée tôt ». Cette évolution peut être comprise comme liée à la lettre envoyée au gouvernement cambodgien, non seulement par les organisations syndicales et des ONG internationales mais cosignée par les grands acheteurs.

 

Appel à la grève générale et intervention internationale

 

         En effet, les manifestations au Cambodge recevaient un écho en dehors des frontières, la catastrophe du Rana Plaza au Bangladesh et la réaction alors plutôt molle des donneurs d’ordre occidentaux étant présentes dans quelques mémoires.

         Les syndicats internationaux, CSI, UNI et IndustriALL ainsi que des organisations non gouvernementales telles Clean Clothes Campaign et International Union League for Brand Responsibility adressaient le 17 janvier une déclaration commune au Premier Ministre cambodgien lui demandant notamment de respecter la liberté d’association et de reprendre les négociations salariales.          Plus original, cette lettre était cosignée par trente marques et enseignes, principaux clients de l’industrie de l’habillement au Cambodge : Adidas, Asda, American Eagle Outfitters, Bonmarché, C&A, Debenhams, Esprit, Fifth Pacific, Gap, H&M, Inditex, Levi Strauss & Co., Lululemon Athletica, Marks & Spencer, Next, Migros, N Brown Group, New Balance, New Look, Nike, Orsay, Pprimark, Puma, PVH, Tchibo, Tesco, The Jones Group, The Walt Disney Company, Under Armour et Walmart.

         Ce même jour, la Fédération internationale des Droits de l’Homme envoyait une lettre à la Fédération patronale de l’habillement pour protester contre l’encouragement à la répression que donnait le patronat cambodgien, avec copie au premier ministre et aux ministres du Commerce et du Travail. Deux jours auparavant, c’était six fédérations patronales étatsuniennes et canadienne de la confection qui envoyaient une lettre ouverte pour demander l’arrêt des violences et la reprise des négociations. Aux uns comme aux autres, la GMAC répondait que la commission consultative du travail (Labour advisosy committee) était la seule instance légitime, que les manifestations étaient illégales et que les émeutiers devaient être punis mais aussi que les organisations syndicales appelant à la grève étaient minoritaires et que la majorité des travailleurs étaient heureux de l’augmentation prévue.

         Le 10 février, à la veille de l’examen par la cour d’appel de la demande de libération des personnes arrêtées les 2 et 3 janvier, une journée mondiale d’action était organisée par la Confédération syndicale internationale (CSI), des manifestations ayant lieu devant l’ambassade du Cambodge de chaque capitale. Le lendemain, cette demande de libération des 21 personnes détenues (deux d’entre elles dont un jeune homme de 17 ans avaient été relâchées sans explication), était examinée par la cour d’appel en l’absence non seulement des accusés mais aussi de leurs avocats. Les juges ont refusé toute libération au motif que cela pourrait affecter l’ordre public et que les accusés pourraient fuir le pays. Le 12, les principaux syndicats décidaient d’un plan d’action : ne plus effectuer les heures supplémentaires du 24 au 28 février, organiser un forum public sur le salaire minimum avec un comité tripartite le 8 mars. Si cela n’aboutissait pas à un accord et si les revendications n’étaient pas satisfaites, un appel à la grève générale serait lancé.

         Les revendications portaient sur sept points : la libération des 21 manifestants détenus, l’établissement d’un salaire minimum à 160 dollars, le lancement de poursuites judiciaires contre les forces de l’ordre qui ont tué quatre personnes lors des manifestations, l’annulation des poursuites contre les responsables syndicaux qui ont appelé à la grève en décembre, la levée de l’interdiction de se rassembler et de manifester, le paiement des salaires durant les journées de grève. L’appel à la grève pour la mi-mars inviterait les ouvriers à rester chez eux plutôt que de descendre dans la rue et le mot d’ordre cette fois n’était pas adressé aux seuls ouvriers du textile mais à l’ensemble des travailleurs.

         Le 19 février, une réunion entre les envoyés de grandes marques internationales de vêtements (étaient présents des représentants de C&A, Gap, Puma Inditex, H&M), des organisations syndicales internationales (IndustriALL Global Union et la Confédération syndicale internationale) et des membres du gouvernement (le vice-premier ministre Keat Chhon, assisté du ministre du travail et de plusieurs secrétaires d’État) eut lieu à Phnom Penh. Les représentants internationaux mettaient l’accent sur quatre points : le respect des droits des syndicalistes et employés du textile emprisonnés, le respect des droits afférents à la liberté d’association, une loi-cadre sur les syndicats en adéquation avec les conventions du Bureau international du travail et définissant clairement les responsabilités des syndicats et celles des employeurs et la mise en place d’un mécanisme de fixation du salarie minimal. Les représentants gouvernementaux auraient avancé, au moins verbalement, sur le salaire minimal et une loi sur les syndicats mais pas sur les personnes emprisonnées. Une nouvelle rencontre devrait avoir lieu en mai.

 

« Le soutien de marques de mode aux demandes des syndicats ne laisse pas le choix au gouvernement cambodgien», a déclaré Sharan Burrow, Secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale. « Si le gouvernement ne vient pas avec une solution, ce n'est pas seulement dramatique pour les travailleurs qui doivent survivre avec un salaire de misère, c’est également préjudiciable à long terme pour l'industrie cambodgienne de l'exportation. »