Risque d'intégrité, risque majeur pour l'entreprise

 DarsaC'est "en haut de la pyramide des risques" que Jean-David Darsa place le risque d'intégrité.  Dans la troisième édition de son ouvrage "la gestion des risques en entreprise" (GERESO Edition), cet auteur fait le tour des risques courus par une entreprise, et il en existe de toutes sortes.

Il les rassemble en treize classes : risques géopolitiques, économiques, stratégiques, financiers, opérationnels, industriels, juridiques, informatiques, sociaux et psychosociaux, d'image et de réputation, de "knowledge management" (gestion de la connaissance), autres risques et en "en haut de la pyramide des risques", le risque d'intégrité. 

 "Il apparait (...) nécessaire au dirigeant de se pencher en profondeur sur une notion-clé, constitutive d'un risque immense pour son entreprise quique constitutif d'une volonté ou d'une démarche individuelle : l'intégrité."

Pour l'auteur, il s'agit d'abord de respecter les lois et réglementations en vigueur mais aussi la déontologie et même l'éthique. "Cette dimention éthique, cette exigence morale incombe bien évidement au chef d'entreprise, notamment au titre de sa responsabilité pénale potentiellement engagée en cas de malversations éthiques ou de démarches peu déontologiques. Mais pas uniquement à lui."

Il s'agit donc pour l'entreprise de s'assurer que ses activités sont conformes aux obligations légales et réglementaires, d'"identifier et traiter chaque non conformité ou dysfonctionnement recensé", de "former et sensibiliser ses collaborateurs aux enjeux de la déontologie, de l'éthique et de l'intégrité individuelle, vecteurs essentiels de la pérennité éthique de l'entreprise". 

Car "L'intégrité individuelle constitue le risque ultime et individuel susceptible de remettre en cause la pérennité de l'entreprise. Pots-de-vin, commissionnements occultes, pratiques concurrentielles  illicites, démarches discriminatoires, communication financière frauduleuse, pratiques trompeuses, ventes forcées, ventes à perte... l'intégrité concerne tous les salariés, tout le temps. 
Et ce risque peut immédiatement remettre en cause le bel édifice, construit patiemment. les affaires récentes le rappellent à tous, amérement. 
Combien de salariés, combien de vies détruites par défaut l'intégrité des dirigeants? 
A chaque acteur, du plus humbre au plus puissant, d'assurer la plus grande intégrité à la moindre de ses actions, afin de prémunir l'entreprise, quelle qu'elle soit, d'un risque inadmissible, car, au final, purement éthique
."

Pour maîtriser ce risque, il conviendra de déployer des plans de formation, de mettre en place des mécanismes internes permettant d'identifier et de traiter toute dérive d'intégrité, volontaire ou involontaire, de favoriser un climat serein de confience et de communication, de déployer une véritable culture de l'intégrité dans l'entreprise. 

Car l'auteur considère que rien "aucune situation, aucun enjeu, aucun objectif ne saurait justifier un risque d'intégrité."
Il va même jusqu'à affirmer que "il y va de la pérennité de l'entreprise, indépendamment des risques individuels et/ou collectifs potentiellement encourus (impact image, condamnations civiles et/ou pénales associées aux délits, impacts financiers, juridiques, fiscaux, sociaux, commerciaux, etc.)"

C'est une position éminemment respectable mais le constat nous parait un peu optimiste.
Certes Enron et Arthur Andersen ont disparu, mais le Crédit Lyonnais a continué sous un nom un peu différent, Siemens a vu sa réputation entachée pour des faits de corruption mais cela ne l'empêche pas de vivre sa vie, la Société Générale n'a guère souffert de l'affaire Kerviel dont les conséquences sont été reportées en bonne partie sur le fisc, des dirigeants incapables partent avec un parachute doré et une retraite chapeau... 

Croire qu'un comportement éthique est rentable par nature nous parait être - hélas - hors de la réalité.