Responsabilité de l’État et du donneur d’ordre

 L’effondrement du bâtiment Rana Plaza à Dacca au Bangladesh (voir http://gestion-attentive.com/?q=node/465) a fait plus d’un millier de morts répertoriés, sur les quelques trois mille personnes qui y travaillaient. Ce genre de catastrophe fait désordre pour la réputation des marques occidentales qui faisaient appel, souvent par le biais d’une cascade de sous-traitance, aux entreprises situées dans cet immeuble. Certaines disent qu’elles vont indemniser les familles des victimes ; elles pourraient aussi aller voir ailleurs, faire appel à des sous-traitants dans des zones où les normes de sécurité sont un peu mieux respectées.

Attention à ne pas punir les pauvres en privant les hommes et les femmes de la région de la possibilité de gagner leur vie. La responsabilité du donneur d’ordres est de s’assurer que ses articles sont fabriqués dans les conditions du travail décent définies par l’Organisation internationale du travail, pas de vagabonder en fonction de la répercussion médiatique d’une catastrophe de masse.
Pour que les conditions de travail soient décentes et les bâtiments industriels sécures, il faut que des lois soient édictées et qu’elles soient respectées, pour cela il faut un corps d’inspecteurs du travail et des organisations syndicales, libres et efficaces.
 
Nous nous permettons de rappeler que la catastrophe de Courrières (Pas-de-Calais) en 1906 fit officiellement 1099 morts, que des survivants remontèrent à la surface par leurs propres moyens vingt jours après la catastrophe et que les émeutes qui suivirent et la crise politique afférente ne furent pas pour rien dans le réinstauration du repos hebdomadaire dominical (oui, réinstauration, il avait été supprimé en 1880).
 
On trouvera ci-dessous le communiqué de presse de Peuples Solidaires et du Collectif Ethique sur l'étiquette, auquel nous souscrivons, et une note sur le BSCI.  
 
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Effondrement du Rana Plaza : Plus d'un million de personnes demandent aux marques qui se fournissent au Bangladesh de signer l'Accord de prévention des incendies et de sécurité des bâtiments avant le 15 mai.
 
Plus d’un million de personnes ont signé les pétitions appelant les marques qui se fournissent au Bangladesh à approuver sans délais l’Accord de prévention des incendies et de sécurité des bâtiments. Les consommateurs et consommatrices du monde entier adressent un message clair aux marques comme Mango, Gap, C&A, H&M, Benetton ou encore Carrefour: elles doivent prendre des mesures immédiates pour assurer la sécurité des usines d’habillement, afin de prévenir de nouvelles tragédies comme celles du Rana Plaza.
 
Ces signatures ont été collectées par une coalition de syndicats et d’organisations de défense des droits des travailleurs dans le monde : la Clean Clothes Campaign (dont le Collectif Ethique sur l’étiquette est le membre français), IndustriALL Global Union, UNI Global Union, International Labor Rights Forum (ILRF), United Students Against Sweatshops (USAS), Maquila Solidarity Network (MSN),War on Want, People and Planet, SumOfUs.org,Change.org, Credo Action, Avaaz et Causes. L’Accord prévoit des inspections indépendantes des bâtiments ; la formation des travailleurs à leurs droits par les syndicats; la publication des rapports d’enquêtes et des rénovations obligatoires des bâtiments. Il est unique en ce qu’il est soutenu par l’ensemble des représentants des travailleurs du secteur au Bangladesh et internationalement.
 
Depuis 2005, plus de 1700 ouvriers de l’habillement sont morts au Bangladesh en raison de l’état déplorable des bâtiments. Les récentes tragédies mettent en lumière, une fois encore, le besoin urgent d’action et l’échec des systèmes reposant sur des audits sociaux. Deux des usines du Rana Plaza avaient été auditées par le Business Social Compliance Inititiave (BSCI), et nombre des autres marques clientes ont recours à des systèmes d’audits. Pourtant, toutes ont manqué d’identifier l’illégalité et l’insécurité des bâtiments.
 
Pour Dorothée Kellou, de Peuples Solidaires / Collectif Ethique sur l'étiquette : "Les marques ne peuvent ignorer cette mobilisation internationale massive. Nous poussons pour des mesures obligatoires et indépendantes depuis de trop longues années. Il est temps que cesse cette hécatombe. L'Accord soutenu par cet appel public mondial est la seule mesure concrète qui peut prévenir que de futures vies soient sacrifiées.".
 
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Mis en place par une plate-forme européenne de commerçants, industriels et entreprises d’importation, le Business Social Compliance Initiative (BSCI) est un système de qualification et d’audit visant l’application de normes sociales au sein des entreprises sous-traitantes.
Des audits du BSCI avaient été effectués dans deux ateliers sis dans le Rana Plaza mais les audits ne comprennent pas le contrôle de la solidité du bâtiment. BSCI demande aux autorités locales de mettre en œuvre et de contrôler les règles nationales de construction.