Dans la bibliothèque: Management des entreprises et santé des salariés

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On pourrait réduire le trou de la Sécu en traitant mieux les salariés… C’est une des conclusions du livre de Patrick Guiol et Jorge Muñoz, dont la base est l’énorme travail d’enquête qu’ils ont mené pour leur rapport au ministre délégué à la recherche et aux nouvelles technologies (voir article dans La Missive n°20).

 Une première étude auprès des médecins de ville a fait apparaître que «le milieu de travail et le climat social qui y règne sont admis comme des composantes à part entière d'un diagnostic par les omnipraticiens». Une deuxième enquête auprès des médecins du travail a permis de voir que ceux-ci constatent, par le biais du climat social, "une relation graduelle entre le degré d'autoritarisme de la direction et la propension de
l'entreprise à devenir un terrain propice aux pathologies, inversement pour lesétablissements qui bénéficient d’une ouverture participative.
" Le noeud de l’affaire est clair pour les auteurs: "médecins généralistes comme médecins du travail se rejoignent pour faire jaillir un constat, le plus patent, explicatif à bien des égards de la souffrance au travail, celui du besoin essentiel de reconnaissance exprimé par leurs patients."
Une vérification statistique à partir de données de la Caisse régionale d'assurance maladie confirme le lien entre mode de management et santé des salariés. Au prix d’un travail de bénédictin, les auteurs ont comparé deux échantillons d'entreprises opposées par la gouvernance mais similaires par le secteur d'activité et la taille. Il apparaît aussi que, plus la branche est à risque, plus l'incidence du type de management est sensible: c’est dans le BTP et la mécanique lourde que les écarts sont les plus forts.

Il est à noter aussi que l’influence du mode de management n’est pas la même selon les catégories socioprofessionnelles. Ce sont les ouvriers qui ont le plus à gagner à l’instauration d’une gestion participative et les agents de maîtrise le moins. Les mauvaises conditions de travail ont une dimension relationnelle, c’est-à-dire psychosociale et non physique. Le stress au travail touche toutes les catégories de salariés, son intensité est liée à divers facteurs: "les conflits de rôles, l’ambiguïté ou l’imprécision de la définition des responsabilités, les relations interpersonnelles délétères, l’isolement social ou physique et les mauvais rapports avec les supérieurs".

Après avoir lu ce livre, on ne regardera plus ses compagnons de travail tout à fait du même regard, et quand l’un ou l’une d’entre eux "se fera porter pâle", on se demandera si le mode de management de l’entreprise et la propre réaction des collègues n’y est pas pour quelque chose…

MNA

Management des entreprises et santé des salariés, Patrick Guiol et Jorge Muñoz, Presses universitaires de Rennes, collection Res Publica, 2009, 18 euros.