Les deux extrémités de l’Eurasie

 

 La Chine et l’Europe communautaire occupent les deux extrémités du continent eurasiatique, terres très anciennement peuplées et industrialisées, elles se reconnaissent mutuellement depuis des siècles un haut degré de civilisation mais présentent aussi des caractères fort contrastés. Il n’est pas question ici de se livrer à un exercice de comparaison, indiquons simplement quelques traits.

Á l’est un État fort, héritier d’un empire ancien, ce qui n’empêche pas la puissance des pouvoirs régionaux, notamment dans le domaine économique, à l’ouest une coordination plutôt molle d’Etats souverains qui ne mettent que peu de chose en commun ; une économie de marché qui date d’une génération d’un coté, qui est beaucoup plus ancienne mais plus tempérée de l’autre ; en Europe une société civile s’organisant dans une myriade de partis, de syndicats, d’associations, de rassemblements éphémères ou pérennes, en Chine une socialisation qui passe plus par le lieu de vie et de travail dans le cadre d’une État-Parti omniprésent, une expansion économique poussive d’un coté, proche de la surchauffe de l’autre. On a beaucoup parlé du fait que le PIB chinois avait dépassé celui du Japon mais si on le compare à celui de l’Union européenne prise comme un tout, il n’en représente que le tiers et le PIB per capita cinq ou six fois moins… Cependant, si on se fixe sur les réserves de change, alors on comprendra cette assertion qui nous a été donnée sur les bords du Yangtsé « la Chine est le pays le plus riche du monde ».

L’été 2010 a vu plusieurs évènements marquant des contacts entre les sociétés civiles de Chine et d’Europe, notamment la troisième biennale du Forum China Europa et un séminaire conjoint des comités économiques et sociaux chinois et européen.

Les conseils économiques et sociaux sont des institutions non législatives censées représenter la société civile organisée, notamment les partenaires sociaux, mais, quoique de manière différentes, ne sont pas totalement détachés des autorités publiques.

Le Forum China-Europa, qui existe depuis 2005, est une initiative indépendante conçue et soutenue par la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme (FPH) « Il associe sans exclusivité toutes les composantes des deux sociétés à la réflexion sur l’avenir : l’avenir de chaque société, l’avenir des relations entre elles et, plus largement, l’avenir d’un monde profondément interdépendant dans lequel Chine et Europe auront à assumer leurs responsabilités d’acteurs mondiaux majeurs. »

Parmi les quelques soixante ateliers qui ont précédé la séance générale du Forum à Hong Kong, trois portaient sur des questions de responsabilité sociétale. Des animateurs et participants à ces débats ont bien voulu nous livrer le fruit de leurs réflexions, que l’on trouvera dans les pages suivantes. On notera particulièrement les réflexions d’un universitaire chinois sur le concept d’harmonie, considéré comme la forme chinoise de la responsabilité sociale. Nous souhaitons nous aussi qu’un dialogue s’instaure à ces sujets.

RSE, gouvernance, développement durable à la mode chinoise, vastes questions dont ce numéro n’a pas l’ambition de vouloir faire le tour (les lecteurs anciens se rappelleront qu’ils ont déjà été abordés notamment dans les Missives 21 et 28). La conférence mondiale de l’ONU en 2012 « Rio + 20 » aura pour secrétaire général un représentant du gouvernement chinois, nous aurons certainement l’occasion d’en reparler.