Management responsable

 

par Michel Dessaigne, responsable d’IRESCA, cheville ouvrière européenne de l’atelier

IRESCA a participé au Forum Chine Europe, organisé à WuHan, la capitale du Hunei, pour une première partie de travail en atelier portant sur le management responsable, et à Hong Kong pour la plénière.

Mais qu’est ce qu’IRESCA ?

En 2003, sept organisations françaises, rejointes par d’autres depuis, ont signé un Manifeste pour la responsabilité sociale des cadres et ont créé de façon assez informelle IRESCA - Initiative internationale pour la REsponsabilité Sociale des Cadres- . Deux constats majeurs ont justifié cette initiative. Il y a d’abord la position particulière des cadres, spécialement dans une période où les contraintes financières et sociales sont fortes. Ils sont soumis à des pressions croissantes et sont confrontés à des dilemmes entre ce qui leur est imposé et ce dont ils se sentent responsables. Il y aussi la nécessité d’un espace de dialogue entre cadres. IRESCA est à cet égard, un lieu tout à fait particulier, puisqu’il rassemble (pour la France) deux organisations syndicales (CFDT Cadres et UGICT CGT), deux organisations patronales (Centre des Jeunes Dirigeants et Centre des Jeunes Dirigeants de l’Economie Sociale), deux ONG (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme et Ingénieurs Sans Frontières) et un établissement d’enseignement supérieur (Ecole de Paris du Management). Dans les échanges internationaux, les différences culturelles, les approches diversifiées du management, les confrontations commerciales et techniques sont autant de défis et d’opportunités pour les responsabilités que les cadres exercent au sein de leurs organisations. En matière de responsabilités sociales, certes la Chine nous interpelle, mais elle constitue également un horizon intéressant pour des évolutions que les Chinois eux-mêmes ressentent comme nécessaires, l’éco développement par exemple.

IRESCA entretient depuis quelques années déjà un dialogue ouvert avec la Chine. A Rome, en 2007, un atelier « dirigeants d’entreprise » auquel participaient aussi EUROCADRES et plusieurs représentants de l’économie chinoise, avait émis des propositions à partir de quatre grands types de questionnements :

- Les perspectives en Chine (transition vers l’économie de marché ; pénurie de RH dans les petites entreprises ; situation des femmes ; conversion des entreprises publiques / privées ; modèles d’organisation ; premiers emplois.)

- Les perspectives européennes (renforcement de la construction de l’Europe ; traité de Lisbonne et compétitivité ; les cadres, la liberté d’expression et les droits de l’homme ; espace européen d’enseignement supérieur et le processus de Cologne ; leadership et multinationales)

- Les regards croisés sur la société chinoise et sur la société européenne (responsabilité sociale ; transparence et dialogue social dans les entreprises ; les besoins des jeunes ; l’environnement ; les droits individuels des travailleurs)

- Les défis communs (dialogue social ; cogestion ; innovation technologique et innovation sociale ; dialogue social et levier démocratique ; le rôle des cadres).

Rendez-vous à WuHan

C’est pourquoi IRESCA, dont l’animateur était « cheville ouvrière » de l’atelier, s’est investie avec force dans l’atelier management responsable. Les autres participants de la délégation européenne étaient deux Français (une consultante et le président d’Ingénieurs Sans Frontières), - une Tchèque, un Roumain, tous deux responsables au sein d’EUROCADRES, un Belge représentant une société de notation extra financière. Côté chinois, la chance voulait que l’atelier soit accueilli à l’Université des langues étrangères de Wuhan par le Directeur de l’institut de recherches sur la langue française. Parmi les représentants chinois, on comptait le PDG d’une entreprise pharmaceutique, une chercheuse de l’Institut des Sciences de l’information de Pékin, le Directeur du centre pour l’environnement de l’Université venu faire une conférence sur le développement durable, des enseignants et chercheurs de l’Université. Surtout, la culture européenne était connue et appréciée par la plupart des Chinois présents, sans oublier pour autant une couleur bien particulière dans les approches, typique de la civilisation chinoise, par exemple dans les références au taoïsme, dans la vision de la nature ou la manière d’appréhender le luxe dans une société de consommation.

WuHan est une ville de onze millions d’habitants, la douzième ville de Chine, une des deux grandes agglomérations de l’intérieur du pays. On y voit des quartiers anciens rasés pour laisser pousser de grandes tours, des artères éventrées pour le futur métro et une université sur un immense campus généreusement planté d’arbres et de pelouses que ne renieraient pas leurs homologues américaines. WuHan, c’est aussi un centre industriel où les marques européennes sont représentées : PSA-Citroën par exemple.

Une ligne directrice pour les travaux de l’atelier

La proposition de la délégation européenne était d’aborder les thèmes du management responsable selon une approche assez classique : la loi (d’abord respecter les règles – OIT, etc.) ; la philanthropie (image de l’entreprise) ; l’intégration dans les pratiques du management. C’est ce schéma qui a été adopté. Toutefois, la méthode utilisée pour conduire la production de l’atelier laissait une large part à la créativité et à la spontanéité, ce qui a parfois conduit à s’éloigner de ce schéma.

Des échanges

Pour les Chinois de l’atelier, majoritairement des universitaires mais aussi une dirigeante d’entreprise, le management responsable c’est à la fois ce qu’en Europe nous avons appelé le paternalisme et aussi les groupes semi-autonomes, l’actionnariat salarié. « Confucius et Max Weber » dit le professeur Luo. L’entreprise pharmaceutique dont la présidente, madame Li Hong, participait à l’atelier est une entreprise au management très responsable parce qu’elle recrute des chômeurs, des 40/50 (les personnes de ces âges qui ont été licenciées et ne retrouvent pas de travail) et des handicapés à qui sont confiés des travaux légers. Quand un travailleur a un problème, il s’adresse au syndicat qui rencontre le management. Mais le syndicat « représente très souvent l’employeur » nous dit un participant en aparté alors qu’un autre affirme « Il sert à organiser des excursions, donner des œufs et emmener les gens au cinéma ». Les œuvres sociales du comité d’entreprise, dirions-nous en France.

 

Des résultats

Le travail du groupe a permis de dégager cinq propositions majeures qui ont alimenté le débat et ont été intégrées aux travaux de la plénière les jours suivants, à Hong Kong: Rendre effective l’application des conventions fondamentales de l’OIT avec dispositif de surveillance ; Elargir la protection sociale pour les groupes défavorisés ; Aider les entreprises à remplir leurs devoirs sociaux dans le long terme ; Rapporter le montant des contributions « volontaires », en cas de catastrophe, à la taille et à la richesse des entreprises ; Avoir une vision globale des enjeux et des impacts du management responsable.

On peut certes affirmer que ces réflexions et propositions ne sont pas exactement situées dans le périmètre de ce que nous appelons en Europe et en France notamment le « management responsable ». Mais, d’une part, nous savons bien qu’existent des ambiguïtés derrière cette expression : la plupart des colloques sur ce thème auxquels nous assistons en Europe ramènent le problème à l’engagement pour le développement durable affiché par l’entreprise. D’autre part, il y a pluralité de points de vue en Europe même sur ce qu’est le « management ». Sans parler des notions de responsabilité qui ont des racines différentes selon les cultures. Les propositions qui sont sorties des travaux ont un grand accent de réalisme – sans doute une marque du pragmatisme chinois - et de sincérité. Par exemple, nos interlocuteurs chinois étaient choqués par le comportement d’une grande entreprise de BTP qui, à la suite des destructions causées par de graves inondations, avait fait grand bruit autour d’un don à vrai dire très faible, rapporté à sa taille et à la publicité qu’elle en retirait.

Un regret malgré tout...et des perspectives

La délégation européenne était majoritairement constituée de syndicalistes. Or la question syndicale n’a pratiquement pas été abordée, ce qui était très en retrait par rapport à la réunion du Forum Chine-Europe à Rome en 2007. Comment parler de l’évolution des pratiques de management sans évoquer l’indispensable rôle des syndicats ? C’est un long chemin pour la Chine. Un peu moins peut-être pour l’Europe... où il reste malgré tout fort à faire. En fait, un beau sujet de dialogue et d’enrichissement mutuel !