La question de la gouvernance

 

par Guillaume Nourrit, président d’Ingénieurs Sans Frontières

 Challenge du Forum Chine Europe, la question de la gouvernance ne se présente pas de la même manière que l’on soit Européen ou Chinois. Les échanges lors de ce forum, ont prouvé malgré ces différences de cultures et de régimes politiques, que les attentes étaient communes face à des gouvernances inadaptées et insuffisantes pour répondre aux enjeux de nos sociétés.

Les problématiques mondiales telles que le réchauffement climatique, la diminution de la biodiversité ou la dernière crise financière et économique témoignent de l’interdépendance de nos sociétés.  Une gouvernance mondiale n’a donc jamais été autant nécessaire. Celle-ci prend forme actuellement à travers les rencontres du G20 qui ne se sont pour l’instant pas traduites en prise de décisions significatives et qui ne possèdent aucune légitimité internationale pour prendre de telles décisions. Les vingt plus grandes puissances du monde ont un rôle majeur à jouer face aux enjeux mondiaux mais cela ne peut se faire hors de toute institution légale et reconnue de tous les pays. Cette institution existe déjà, c’est l’ONU mais la gouvernance de celle-ci date d’une époque révolue et ne semble pas être en capacité à faire respecter des décisions qui y seraient prises.

Les gouvernances « régionales » (Europe, Chine) et « locales » doivent également être plus fortes et plus présentes. Les gouvernements « régionaux » et locaux doivent être en mesure de peser sur les enjeux et les décisions de leur territoire. Au niveau local, cela suppose une reconnaissance d’une plus grande souveraineté des acteurs locaux et une plus grande décentralisation du pouvoir. Plus de gouvernance, cela signifie  aussi un renforcement du respect de la loi qui doit s’appliquer sur tout le territoire et une lutte plus forte contre la corruption. Ce n’est pas forcément les lois qui font défauts mais l’application de celles-ci.

Ces gouvernances renforcées ne doivent pas se faire sans une remise en question des modèles actuels. Du niveau local au niveau international, elles doivent reposer sur le respect de principes assurant leur légitimité mais aussi leur efficacité.

Ainsi, il est essentiel que ces nouvelles gouvernances du niveau local au niveau mondial soient fondées sur le respect de toutes les parties prenantes, et en premier lieu la société civile, le respect du principe de précaution, évitent toute marginalisation et cloisonnement. Elles doivent reconnaître le rôle de la société civile comme acteur des territoires et contribuer à la construction d’une confiance mutuelle en respectant le principe de transparence. Les conditions d’un dialogue étant posées, celui-ci devra s’attacher à ne pas prendre seulement en compte les intérêts sectoriels mais traiter les enjeux globaux. En premier lieu, l’accès aux ressources essentielles (eau, nourriture, …) doit être assuré ainsi qu’un développement durable où les valeurs sociales et la protection de l’individu garantissent l’égalité des chances.

Au même titre que les gouvernements, la gouvernance des entreprises est elle aussi appelée à évoluer et à respecter ces principes, en particulier la place des organisations de salariés en tant que parties prenantes. Cette nouvelle gouvernance questionne le rôle que doivent jouer les entreprises dans nos sociétés et des initiatives telles que les entreprises sociales sont à explorer.

Ces nouvelles gouvernances attendues par Européens et Chinois, sont nécessaires pour assurer un développement harmonieux de nos sociétés mais pas suffisantes. Ainsi lors du forum Chine Europe, un certain nombre d’actions ont été identifiées pour venir soutenir celles-ci.

L’histoire et la culture des sociétés chinoise et européenne sont différentes, cependant des valeurs communes existent. Il faut donc continuer à promouvoir les rencontres entre sociétés pour mieux connaître l’autre et ainsi identifier ces valeurs partagées.