Une fin et un commencement

 


par Michel Dessaigne

Le Forum Chine Europe s’est terminé par une réunion plénière à Hong Kong, du 12 au 14 juillet 2010. Il est difficile de ramener à quelques phrases la richesse d’un évènement où, avec un enthousiasme, une inventivité et une spontanéité qui ont surpris les quelques six cents participants eux-mêmes, ont été jetées les bases non seulement d’un échange entre deux continents, mais inévitablement, des perspectives pour une certaine idée du monde que nous devons laisser aux générations futures.

Etait-ce un point d’orgue – puisqu’il s’agissait de la troisième édition de ce forum – ou le début de quelque chose d’autre – car, compte tenu des résultats obtenus, il faut désormais aller plus loin et faire autrement ?

Un défi mondial

D’abord, le défi devait être clairement exposé : celui d’une crise des valeurs qui remet en cause nos modèles de développement et en appelle de nouveaux, dans une situation d’interdépendance entre Etats peuples et cultures qui doivent coopérer dans la diversité à laquelle tout le monde aspire. Et puis des choix à effectuer, entre unité et diversité, entre croissance et harmonie, entre libéralisme et volontarisme. Il faut non seulement de nouveaux modèles économiques et politiques, mais une nouvelle éthique. Il faut une vision pour le monde qui permette le plus grand nombre de rêves individuels.

 

Des questions politiques

Aucun changement important dans la vie des gens et des Etats, aucun changement économique majeur ne sont possibles non plus si ne sont pas mises en place les conditions politiques adaptées.

Ces politiques doivent savoir choisir le bon équilibre entre des intérêts contradictoires, entre épargne et consommation, demande intérieure et exportations. A l’intérieur d’un pays, cela implique que la société civile soit intégrée à la démarche de changement et, au niveau international, que des organismes aient suffisamment d’autorité pour mettre en place les conditions d’une juste répartition des sacrifices et des moyens

Un des déséquilibres les plus dommageables est celui qui existe entre zones géographiques et populations, entre groupes ethniques et sociaux. L’un des thèmes récurrents dans les ateliers fut l’inégalité de traitement pour les gens entre ville et campagne. Les villes de Chine croissent énormément. Dans le système actuel, le pouvoir politique local n’est pas justement réparti entre zones urbaines et rurales. Les cultures locales et régionales, qui constituent pourtant une richesse, ne reçoivent pas l’attention qu’elles méritent, par exemple, le système permettant de racheter les terres est inadapté. Les dispositions institutionnelles de gouvernance locale sont donc à revoir ; l’instauration de nouvelles politiques foncières est également un préalable pour une juste politique du logement en faveur des pauvres et des populations vieillissantes.

Cela pose in fine le problème du modèle de démocratie. Il faut partir de la base de la société et mettre en place des modèles de gouvernance participative

Un nouveau modèle

De nouveaux modèles économiques sont bien entendu eux aussi nécessaires. D’abord, par la promotion de la responsabilité sociale des entreprises et l’enseignement du management responsable. Il ne s’agit pas simplement du domaine écologique mais de toutes les dimensions de l’entreprise et de son environnement, incluant les aspects sociaux et sociétaux. L’éthique des affaires, quant à elle, doit trouver les moyens d’accroître son audience, notamment via la formation des futurs cadres. On peut penser également à d’autres modèles comme celui de l’économie sociale, ce qui nécessite d’en avoir une meilleure connaissance, d’organiser des échanges avec des pays qui, en Europe, ont donné leur place aux entrepreneurs sociaux. Enfin, il faut que les normes de responsabilité sociale de l’entreprise soient prises en compte dans les accords internationaux.

Faire évoluer les mentalités est un exercice difficile. C’est pourquoi il faut attacher une grande importance à la formation mais également à ce qui en est la condition d’exercice efficace, la démocratie, l’information. La formation doit se fixer comme l’un de ses objectifs majeurs le développement de la pensée critique. Tous les sujets qui sont concernés par l’évolution d’une société doivent pouvoir être abordés, comme la liberté d’expression, celle de la presse, la place des femmes dans la société, la pauvreté et l’exclusion.

La Chine se rapproche du capitalisme à un moment où celui-ci, en Europe, aux Etats-Unis et dans d’autres parties du monde dit développé traverse une grave crise. Il va donc falloir apprendre à construire ensemble une nouvelle communauté mondiale, basée sur les responsabilités humaines.