Moyen-âge et greffiers au séminaire du CNAM-LIPSOR

Le Laboratoire d’Investigation en Prospective, Stratégie et Organisation, au sein du Conservatoire National des Arts et Métiers, organisait en 2003/2004 un cycle de conférences sur la RSE. La séance de juin portait sur le sujet "Performance sociale et critères sociaux".


Jacques Igalens, professeur à l’Université de Toulouse 1, président de l’Institut de l’Audit Social, comparait les rapports NRE à la peinture médiévale.

 

La reddition, c’est-à-dire l’obligation de rendre des comptes, est une obligation juridique pour les entreprises soumises à l’article 116 de la loi NRE. Mais les rapports NRE sont mal faits et peu crédibles, du fait de l’absence de certification par tierce partie. "On est au Moyen-Age, âge de la pensée magique et de l’incantation" dans les rapports NRE, on ne se décrit pas, on décrit l’idéal de soi. "C’est aussi l’âge de la contamination": on croit qu’il suffit d’un cas exemplaire qui va faire tache d’huile. "Et on n’a pas encore inventé la perspective, il n’y a pas de relief": les rapports mettent tout sur le même plan, du fondamental à l’anecdotique. Comment améliorer la qualité des rapports, comment passer du Moyen-âge à la Renaissance? Il faut réfléchir à la hiérarchie des enjeux. Il n’est pas intéressant de savoir au litre près quelle est la consommation en eau des institutions bancaires, ils est plus intéressant de savoir si celles-ci ont mis en place des systèmes de micro crédit ou comment elles traitent les pauvres. Autre point : il faut arriver à des référentiels, il y en a trop actuellement qui sont ethnocentrés; il faudra poser la question des différences culturelles de RSE.

 

Un autre problème est celui de la crédibilité des informations contenues dans les rapports: pour l’instant tout est auto déclaratif, les entreprises sont à la fois juge et partie. Qui peut certifier ces rapports, et comment?

 

Alexandra Minvielle, en cours de thèse en sociologie de l’innovation à l’École des Mines raconte –elle n’a pas dit que cela mais cette histoire étant à la fois bonne et originale, elle mérite qu’on la cite- l’histoire des chats.  Il était une fois une entreprise d’insertion qui procédait au tri de déchets textiles. Des chats vivaient sur le terrain autour de l’atelier et chassaient les souris potentiellement dévoreuses de textiles. Mais un jour, une association, l’école des chats, somma l’entreprise de prendre ses responsabilités envers les félins. Elle apporta de la nourriture, en demandant à l’entreprise de financer, puis installa des pièges pour attraper les chats et les stériliser (l’association "lutte contre la prolifération en pratiquant la stérilisation pour éviter le problème des chats sans maître") Mais les chats méfiants évitaient les pièges, les personnes en insertion s’irritaient de voir le budget de l’entreprise mis à contribution… Finalement la direction de l’entreprise pria l’association pro chat d’aller voir ailleurs et les greffiers libérés continuèrent à manger les souris et se reproduire. Alexandra Minvielle pose les questions: quelle était la responsabilité de l’entreprise? celle de l’association? et d’abord, quelles étaient les parties prenantes? Les chats étaient une partie prenante muette, l’association s’était auto proclamée leur porte parole mais n’hésitait pas à les mutiler pour leur bien. Est-ce la même chose pour certaines ONG qui disent représenter la nature ou se soucier des générations futures?

 

MNA